Il y a sûrement moyen de mieux diriger le trafic à travers les embouteillages, les zones de travaux et les accidents de circulation.

Comment gérer le réseau routier?

CHRONIQUE / C’est l’enfer depuis quelques semaines sur les routes d’Ottawa-Gatineau.

Les politiciens nous proposent de bâtir un nouveau lien interprovincial ou de nouvelles routes. Ou encore d’investir des milliards dans de gros projets de transport en commun. Un peu tout le monde a sa solution pour réduire les embouteillages monstres qui se forment aux approches des ponts interprovinciaux.

Mais avant d’investir des milliards dans de l’asphalte et du béton, il faut se demander si la région tire le meilleur parti de son réseau routier actuel. Je vous parie que non. Il y a moyen de mieux diriger le trafic à travers les embouteillages, les zones de travaux et les accidents de circulation. Peut-être même que la grande région d’Ottawa-Gatineau devrait se doter d’un plan de gestion des embouteillages comme à Toronto.

Chose certaine, la technologie moderne permet de ruser avec les embouteillages sans nécessairement renoncer aux voitures et sans bâtir de nouvelles routes, avance Ilham Benyahia, une chercheuse de l’UQO spécialisée dans les problèmes de circulation. Les derniers développements en matière de systèmes de transport intelligents ont donné des résultats spectaculaires ailleurs dans le monde.

À Toronto, des chercheurs ont réussi à réduire significativement les bouchons de circulation en contrôlant à distance la durée des feux de circulation. Le temps d’attente aux intersections testées a baissé de 20 %, tandis que les temps de déplacement d’un point à l’autre ont chuté de 40 %.

À Moscou, une des villes les plus congestionnées du monde, un système intelligent développé par des Japonais a fait des miracles. Il a réduit de 40 % les bouchons dans la capitale russe grâce à un vaste réseau de capteurs et de caméras qui gère le trafic en temps réel.

En France, les autorités fonctionnent par numéros de plaque d’immatriculation pour décongestionner les routes dans la région parisienne.

Une journée, les nombres pairs ont l’autorisation de se déplacer. La journée suivante, ce sont les nombres impairs.

À Vancouver, un système commercial mis au point par des Australiens analyse les interactions entre les différents tronçons routiers et les intersections. Le système intelligent gère les feux de circulation en conséquence. Il indique aux automobilistes les meilleures routes de contournement grâce à des panneaux configurables.

« Dans le fond, il faut voir le réseau routier comme une ressource à gérer dans le temps et l’espace, reprend le professeur Benyahia. Si on laisse tout le monde l’utiliser simultanément, on ne contribue pas à résoudre le problème des embouteillages. Il faut que les autorités interviennent. Que des règles de fonctionnement soient établies pour partager la route. La gestion du réseau ne doit pas se faire individuellement. Il faut un plan collectif. »

Un plan collectif?

Je l’écoutais, et c’est vrai que les autorités d’Ottawa-Gatineau interviennent très rarement pour empêcher les gens de prendre la route tous en même temps.

On l’a fait lorsque les inondations ont forcé la fermeture de l’autoroute 50, en 2017. On l’a fait aussi lors de la mégatempête de neige de l’hiver dernier.

C’est donc possible de gérer le réseau routier comme une « ressource commune ».

Mais on ne le fait pas. On laisse les gens circuler comme ils l’entendent. C’est un non-sens quand on y pense.

La région d’Ottawa-Gatineau devrait au minimum se doter d’un plan de gestion des embouteillages. Ces jours-ci, il prévoirait des mesures pour inciter les employeurs à favoriser le télétravail et à accorder des horaires flexibles à leurs employés.

On ferait des campagnes demandant aux gens de se déplacer davantage en autobus, à pied ou à vélo.

On pourrait aussi songer à se doter d’un système de transport intelligent. Qui sait, ça coûterait peut-être moins cher qu’un nouveau pont ?