La conseillère Nathalie Lemieux a laissé entendre que les musulmans étaient des terroristes potentiels, à l’affût d’une occasion de foncer dans une foule au volant d’un poids lourd.

Ces gens-là

CHRONIQUE / Que faire contre la bêtise crasse, celle qui fait dire d’un même souffle à une élue de Gatineau que l’islamophobie n’existe pas au Québec… et qu’on a raison d’avoir peur des musulmans ?

« Ces gens-là, a ajouté la conseillère Nathalie Lemieux en parlant des musulmans, ces gens-là font beaucoup de choses mal, avec leurs camions et toutes ces choses-là, et c’est normal d’en avoir peur. »

J’étais sidéré en lisant les propos de Mme Lemieux, une jeune politicienne fraîchement élue en 2017, qui a rapidement gravi les échelons pour siéger au comité exécutif de la Ville de Gatineau et obtenir le titre de maire suppléante.

En quelques phrases bien tassées, elle vient probablement de torpiller sa carrière politique. Même une rétractation ne la sauvera pas. Pas dans une ville comme Gatineau, dont le maire a fait du vivre-ensemble et de l’intégration des immigrants un point d’orgue de son programme.

En voulant féliciter le premier ministre François Legault de sa position sur l’islamophobie, Mme Lemieux a plutôt fait étalage d’un racisme larvé, révélant au monde ses préjugés sur les musulmans. « Ce peuple ne s’intègre pas », a-t-elle ajouté, après avoir laissé entendre que les musulmans étaient des terroristes potentiels, à l’affût d’une occasion de foncer dans une foule au volant d’un poids lourd.

Je lisais les propos de Mme Lemieux qui parlent de « ces gens-là » pour désigner les musulmans. Et je me suis demandé si elle incluait dans sa grande généralisation les six victimes de la tuerie de la mosquée de Québec. Est-ce que « ces gens-là » incluent Aymen Derbali, survivant de cette fusillade, qui est venu participer plus tôt cette semaine à une cérémonie de commémoration à la mosquée de Gatineau ?

M. Derbali s’est pris sept balles en tentant de maîtriser le tueur, Alexandre Bissonnette. Un geste héroïque qui a contribué à sauver des vies, mais qui l’a aussi condamné à se déplacer en fauteuil roulant. Même s’il avait toutes les raisons d’être désabusé, cynique et amer, M. Derbali continue de parler d’ouverture aux autres, de tolérance et même de pardon face au tireur. Un bel exemple de résilience et d’humanisme, à une époque qui en a beaucoup besoin. Et qui démontre assez éloquemment que ces « gens-là » ont des choses intéressantes à partager avec leur société d’accueil.

Mme Lemieux voulait donner raison à François Legault qui soutient qu’il n’y a pas de « courant » islamophobe au Québec. Jusque là, j’étais d’accord. Je pense que les Québécois sont en général tolérants envers les musulmans. La question des signes religieux, notamment le port du hijab, a le don d’en agacer plusieurs. 

Mais pourvu que la religion demeure une affaire privée et individuelle, ils ne feront pas de chichis.

Il n’y a pas de courant islamophobe, mais il y a des actes qui le sont. En témoignent ces 117 crimes haineux ciblant des musulmans rapportés au Québec en 2017. Il ne faut pas fermer les yeux, ça existe. Mais la pire réaction est de blâmer tout le monde. 

De mettre tout le monde dans le même panier. Ça a pour effet d’exciter les sots, comme le dirait Kipling.

C’est là un réel danger et c’est ce qu’a fait Mme Lemieux avec ses malheureuses déclarations. Ce faisant, elle représente bien mal Gatineau, l’Outaouais et le Québec, comme l’a signalé fort à propos le député libéral André Fortin. Sur les délicates questions d’immigration, on attend de nos politiciens qu’ils élèvent le débat au-dessus des préjugés. Pas qu’ils y plongent tête première.