La ministre déléguée aux Affaires francophones, Caroline Mulroney, fait preuve d’une belle solidarité ministérielle ces jours-ci.

Caroline Mulroney : alliée ou ennemie ?

CHRONIQUE / Dans quelle équipe Caroline Mulroney joue-t-elle au juste ?

Les Franco-Ontariens doivent sérieusement se demander dans quel camp la ministre déléguée aux Affaires francophones se range ces jours-ci. Est-elle une alliée ou une adversaire de la francophonie ?

En public, Mme Mulroney fait preuve d’une solidarité ministérielle irréprochable depuis ce qu’on a appelé le « jeudi noir » de la francophonie ontarienne. Elle a repris à son compte la rhétorique du gouvernement de Doug Ford qui juge nécessaire d’abolir le Commissariat aux services en français sous sa forme actuelle, de même que le projet d’université francophone. Tout cela sous prétexte de juguler un déficit structurel de 15 milliards hérité des libéraux.

La ministre Mulroney fait preuve d’une belle solidarité ministérielle et cela n’a rien d’étonnant dans un système politique comme le nôtre, où la loyauté au chef et au parti a préséance sur toute autre considération. La question est de savoir quel rôle la ministre a joué en coulisses, dans les jours qui ont précédé la divulgation de l’énoncé budgétaire de jeudi dernier.

Entre les branches, on entend que Mme Mulroney a été avisée à la dernière minute des coupures que le gouvernement de Doug Ford comptait effectuer dans les services en français de l’Ontario. Comment a-t-elle réagi en privé ? A-t-elle défendu bec et ongles les intérêts des Franco-Ontariens avant de se rallier, par solidarité ministérielle, au discours officiel du gouvernement Ford ?

Cette question, les leaders de la francophonie ontarienne ont dû se la poser le week-end dernier, alors qu’ils se réunissaient pour organiser la « résistance » face à la pire menace à guetter leur communauté depuis la fin des années 1990.

De prime abord, c’est difficile de croire que Mme Mulroney a cautionné sans rien dire les coupes dans la francophonie. Parce qu’elle a décidément l’air un peu folle dans cette histoire.

Pas plus tard qu’en septembre dernier, alors que le déficit « caché » de 15 milliards des libéraux était connu, Mme Mulroney promettait encore de faire « avancer » le dossier de l’université franco-ontarienne. Si elle avait eu le moindre doute que le projet serait annulé deux mois plus tard, pourquoi se serait-elle avancée de la sorte ?

Quant au Commissariat aux services en français, la ministre Mulroney était prête, lundi, à transférer non seulement tous les employés, mais aussi le poste du commissaire François Boileau au bureau de l’ombudsman. Si on garde le commissaire et tous les employés, comment ce gouvernement espère-t-il faire des économies ? Cela n’a ni queue ni tête. Mme Mulroney est trop intelligente pour ne pas le réaliser.

Alliée ou adversaire ? Dans la lutte qui s’annonce contre le gouvernement de Doug Ford, le statut de la ministre déléguée aux Affaires francophones est incertain pour l’instant. Qui sait si Mme Mulroney ne sera pas en mesure, dans les mois qui vont suivre, d’exercer une influence positive sur un premier ministre qui démontre, lui, décidément bien peu de sensibilité aux défis que doit affronter la minorité francophone de sa province.