Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Selon la vérificatrice générale de Gatineau, 40 % des rues de la ville sont en mauvais ou en très mauvais état.
Selon la vérificatrice générale de Gatineau, 40 % des rues de la ville sont en mauvais ou en très mauvais état.

Au grand bonheur des asphaltistes

CHRONIQUE / À première vue, ce rapport de la vérificatrice générale de Gatineau fera le bonheur des «asphaltistes» — ces élus municipaux qui réclament sans cesse plus d’investissements dans le pavage des rues.

Ainsi, 40 % des rues de Gatineau sont en mauvais ou en très mauvais état, relate Johanne Beausoleil dans son rapport 2019. Un constat qui ne surprendra guère les automobilistes habitués à zigzaguer entre les nids-de-poule sur le boulevard Saint-Raymond…

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En fait, ce rapport de la VG, touffu et bien documenté, trace le portrait d’une Ville qui court après sa queue depuis des années.

Un portrait un peu décourageant d’ailleurs: Gatineau a beau investir toujours plus dans l’entretien de ses chaussées, rien à faire. Non seulement la Ville n’arrive pas à combler son déficit d’infrastructure, celui-ci s’accentue d’année en année.

Nos rues continuent de se détériorer malgré des investissements records de 27 millions dans le pavage en 2020. Malgré cette taxe spéciale de 1% que la Ville de Gatineau prélève sur nos comptes de taxes chaque année…

Frustrant, dites-vous?

Sans aucun doute.

Mais avant de crier au scandale et à la mauvaise gestion, précisons que ce n’est pas une réalité propre à Gatineau. Bien d’autres villes québécoises vivent une situation similaire, voire pire qu’ici. Au Québec, relate la VG dans son rapport, 45 % des chaussées seraient en mauvais ou très mauvais état. Quand on se compare, on se console… un peu.

Gatineau a l'habitude de réparer en premier les rues les plus endommagées.

De toute manière, le plus intéressant dans le rapport de Johanne Beausoleil, c’est qu’elle identifie la source de cette coûteuse fuite en avant. Depuis des années, Gatineau emploie une méthode «minimaliste» pour décider des rues qu’elle répare en premier: les plus endommagées d’abord. On pare au plus pressé en donnant une cote de détérioration à chaque rue. Toutes les rues qui obtiennent une cote de 25 ou moins sont reconstruites en premier.

Rien de plus logique, non?

En apparence, oui. Sauf que cette approche, qu’on nomme en anglais worst-first priorization, est critiquée. La VG cite d’ailleurs plusieurs études démontrant son inefficacité: «Cette méthode concentre beaucoup de ressources sur peu d’interventions. Elle empêche d’entretenir à temps les autres chaussées. Celles-ci se détériorent, se transforment en besoin de travaux lourds… et viennent augmenter le déficit d’entretien accumulé…»

Autrement dit, pendant que Gatineau consacre l’essentiel de ses ressources et de son argent à reconstruire ses rues en piteux état, le reste de son réseau routier se dégrade faute d’entretien adéquat. Plus on attend pour entretenir les rues, plus les travaux de restauration seront importants… et coûteux.

D’où la recommandation centrale de la VG: considérer plus souvent des travaux d’entretien préventifs. Intervenir plus tôt dans le cycle de vie des chaussées. Après tout, il existe, selon elle, toutes sortes de techniques de réhabilitation moins onéreuses que la reconstruction. «On a commencé à en voir un petit peu à la Ville de Gatineau, dit-elle. Comme cette technique de la ‘lichette’ pour combler les nids-de-poule.»

Si Gatineau a besoin d’inspiration, elle peut jeter un oeil de l’autre côté de la rivière. La Ville d’Ottawa est souvent considérée comme un leader au Canada en gestion d’actifs, note-t-elle. De l’autre côté de la rivière, seulement 30 % des rues sont en mauvais état. Un bilan enviable attribuable à un suivi mieux documenté, et à des critères de priorisation mieux adaptés qu’à Gatineau.

La beauté de l’affaire?

Les «asphaltistes» se plaisent à réclamer toujours plus d’argent pour réparer les nids-de-poule. Pourtant, nuance la VG, un entretien plus régulier des rues feraient chuter, à lui seul, les besoins en maintien et en rattrapage de 80 à 60 millions par année à Gatineau.

Une économie appréciable…