Brigitte Breton
La ministre de la Santé, Danielle McCann
La ministre de la Santé, Danielle McCann

Pas le temps de se diviser

CHRONIQUE / Si vous aviez une tumeur au cerveau, vous aimeriez sans doute qu’un neurochirurgien soit à l’hôpital et vous opère rapidement, plutôt que de le savoir en mission humanitaire dans un CHSLD, en train de faire boire un malade ou de laver des planchers.

Gardons cette situation en tête avant de tirer des tomates aux médecins et de les croire insensibles à l’appel à l’aide du premier ministre Legault et de sa ministre de la Santé, Danielle McCann.

La situation est grave et insupportable dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée, tant publics que privés. Il y a urgence, c’est indéniable. 

Il faut 2000 paires de bras.

Mais justement, parce qu’il y a urgence et que le Québec est en crise, c’est encore plus important que les bonnes personnes soient à la bonne place au bon moment.

Le Dr Horacio Arruda n’a pas à se rendre au chevet des malades dans les CHSLD. Tout le monde conviendra qu’il est plus utile ailleurs. 

Ce n’est surtout pas le temps d’alimenter des querelles et de chercher des boucs émissaires à la situation catastrophique vécue dans les CHSLD et les résidences pour personnes âgées. 

Les CHSLD ont besoin de bras, pas d’une autre partie de bras de fer entre le gouvernement, les fédérations médicales et la population.

C’est facile et c’est toujours tentant de lancer des pierres aux médecins, particulièrement les médecins spécialistes, ces «gras durs» du système de santé québécois. 

D’autant plus, lorsqu’on apprend que ces derniers, déjà très bien rémunérés, toucheront 211 $ de l’heure s’ils acceptent de se déplacer dans les centres d’hébergement durant la pandémie.

À écouter mercredi le point de presse de François Legault et de Danielle McCann, c’est à croire que les médecins omnipraticiens et spécialistes refusaient de venir en aide au personnel débordé des centres d’hébergement et de soins de longue durée qui peine à soigner des centaines de personnes âgées vulnérables et infectées par la COVID-19.

C’est à croire aussi que tous les professionnels et employés du réseau sont facilement interchangeables. Le médecin spécialiste appelé à la rescousse fait le travail de l’infirmière, celle-ci fait celui de la préposée aux bénéficiaires et celle-ci fait l’entretien ménager et le tour est joué. Nancy Bédard, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé, a rappelé que ce n’est pas aussi simple. En effet.

Avant de généraliser et de traiter les médecins de tous les noms, il vaut la peine d’écouter les entrevues que Diane Francoeur et Louis Godin, les deux présidents des fédérations médicales, ont accordées à Paul Arcand mercredi matin.

Les deux médecins soulèvent des nuances et des points auxquels M. et Mme Tout-le-Monde ne seront pas insensibles.

La présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Diane Francoeur, spécialiste en gynécologie et obstétrique, affirme notamment qu’elle est prête à faire le travail de préposée aux bénéficiaires. Elle est prête aussi à ce qu’un neurochirurgien lave des planchers dans les CHSLD s’il le faut.

Diane Francoeur signale toutefois qu’elle préférait que le neurochirurgien recommence peu à peu à voir des patients et ce, de façon sécuritaire.

Elle aimerait aussi que des anesthésistes puissent reprendre leurs activités, notamment en soins pédiatriques. 

Bien des Québécois seront d’accord avec elle.

Des examens médicaux et quelque 30 000 chirurgies ont été reportés à cause de la pandémie. À la fin juin, ce nombre atteindra 50 000.

Louis Godin, le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, rapporte pour sa part que des patients retardent leur consultation depuis quatre semaines. 

Il faudra bien un jour que des médecins et des spécialistes voient ces malades. Il y a des besoins dans les CHSLD, mais il en existe  aussi ailleurs dans le réseau de la santé. 

Il est sûrement possible d’éteindre les feux dans les CHSLD sans en allumer d’autres ailleurs qui auront des conséquences aussi funestes.

Les deux présidents disent que leurs membres sont prêts à donner un coup de main. Pourquoi en effet seraient-ils si différents de milliers de Québécois qui manifestent empathie et solidarité depuis le début de la crise sanitaire?

Diane Francoeur répète que ça fait des semaines qu’elle offre son aide. Elle et M. Godin rappellent aussi que des étudiants en médecine et en soins infirmiers ont levé la main. 

Encore faut-il que ces personnes soient déployées sur le terrain et puissent s’arrimer au personnel déjà en place.  

«Tous unis pour un même combat celui de la lutte à la COVID 19 et la santé et bien être de nos concitoyens», a tweeté en fin de journée Horacio Arruda, que Diane Francoeur avait gauchement interpellé plus tôt.

Espérons que c’est le message du directeur de la santé publique que les médecins, la population et les politiciens retiendront.