Jean-Marc Beaudoin
C’était un défi ouvert lancé au gouvernement qui continuait de garder tout le monde dans l’ignorance sur ses intentions quant au déconfinement devenu de plus en plus urgent pour un secteur économique qui dépend de la belle saison pour assurer sa survie pour le reste de l’année, surtout de l’hiver.
C’était un défi ouvert lancé au gouvernement qui continuait de garder tout le monde dans l’ignorance sur ses intentions quant au déconfinement devenu de plus en plus urgent pour un secteur économique qui dépend de la belle saison pour assurer sa survie pour le reste de l’année, surtout de l’hiver.

On va fêter fort sur des Forges et la 5e

CHRONIQUE / On pourrait remercier Laurent Proulx, non pas pour avoir forcé la main au gouvernement pour une ouverture des restaurants et de leurs terrasses, mais pour l’avoir contraint à confirmer que c’était là son intention... en laissant filtrer que ça pourrait se faire, pour les régions du Québec, à partir du 15 juin ou dans les jours suivants.

Bref, avant la fête nationale des Québécois.

Comme on le sait, Laurent Proulx est ce restaurateur de la région de Drummondville qui menaçait d’installer des tables et des chaises sur le stationnement de son restaurant, le Vieux Saint-Charles, en respectant la distanciation physique de deux mètres, avec ou sans l’autorisation des autorités, y compris de celle de la Santé publique.

C’était un défi ouvert lancé au gouvernement qui continuait de garder tout le monde dans l’ignorance sur ses intentions quant au déconfinement devenu de plus en plus urgent pour un secteur économique qui dépend de la belle saison pour assurer sa survie pour le reste de l’année, surtout de l’hiver.

Ce qui était intéressant de la part de Proulx, c’est peut-être qu’il appuyait son argumentation sur l’absence de contraintes en distanciation sociale qui avait été tolérée dimanche à Montréal lors de la manifestation antiraciste.

Comment concevoir en effet que des milliers de gens puissent manifester coude à coude serré, comme cela s’est produit, sans problème, alors qu’on impose un écart de deux mètres à tout le monde.

On oublie les images des manifestations américaines, qui nous ont habitués à leurs bains de foule pandémiques. Mais là, on était à Montréal, dans l’épicentre, pour ne pas dire dans le dernier centre d’éclosion sévère de COVID-19 au Québec.

Dur en effet à comprendre que des manifestants, peu en importe la justesse de leur cause et les émotions qui la soutiennent, seraient soudainement immunisés contre l’infection alors que le risque de contagion serait extrêmement accru pour des parents ou des amis installés autour d’une table dans un restaurant. On a finalement donné en haut lieu un coup de téléphone à Laurent, qui en était rendu à se comparer avec Elon Musk en le paraphrasant: «Vous viendrez m’arrêter si ça vous pose un problème».

On l’a suffisamment rassuré en lui promettant un déblocage imminent du dossier.

On n’aurait pas dû se surprendre qu’une telle bravade puisse venir de Laurent Proulx.

Il faisait partie de la fameuse troupe 3-2 du 12e Régiment blindé de Trois-Rivières, composée de soldats de la région, de La Tuque à Drummondville, dirigée par le capitaine Pascal Croteau, qui est allée en Afghanistan, en véritable zone de guerre, affronter les assauts des talibans.

À leur première mission, la troupe, qui avait été reçue à l’hôtel de ville de Trois-Rivières, avait emporté avec elle le drapeau de la ville pour le hisser sur leur char d’assaut, le puissant Léopard-2.

Cela forme le caractère. On ne s’était donc pas étonné que lors du printemps érable, Proulx arborait non pas un «carré rouge» comme le faisait avec conviction une grande partie de la jeunesse étudiante du Québec, mais le «carré vert» des opposants. Un détail, sauf qu’il s’est présenté seul en Cour supérieure pour réclamer une injonction interlocutoire afin d’obtenir un accès libre à ses cours à Laval. Elle lui a été accordée malgré l’opposition des sept avocats qui lui faisaient face.

Proulx a plus tard joint l’équipe Labeaume et a été élu conseiller municipal de la ville de Québec.

Il a finalement regagné les terres familiales de la région de Drummondville et continué dans la tradition familiale de la restauration.

On lui a fait entendre qu’il avait intérêt à patienter un peu, ce qu’il a compris. Les amendes auraient pu être salées et ses permis, compromis.

Il a quand même été un révélateur, si cela était nécessaire, des inquiétudes qui rongeaient jusque-là tout le secteur de la restauration et des exaspérations justifiées qu’on entendait un peu partout.

Même ici dans la région, on vivait jusqu’à il y a peu une certaine incertitude. On avait beau faire partie d’un projet pilote pour Trois-Rivières et Shawinigan, on n’avait toujours pas de date pour passer à l’action.

L’un des principaux promoteurs de ce projet, Claude Villemure, le président du Regroupement des gens d’affaires du centre-ville de Shawinigan avait senti le besoin de venir à quelques reprises sur la place publique pour réclamer une date de départ.

Déjà que la Ville de Drummondville avait ouvert un de ses parcs où les gens pouvaient s’attabler pour manger les repas achetés dans les restaurants du voisinage.

À Québec, Régis Labeaume avait aussi prévenu qu’il permettrait cet été que les gens puissent se sustenter dans plusieurs parcs de la ville et accompagner leur repas d’un verre de vin, de bière ou du liquide que vous préférez.

On espérait qu’à Trois-Rivières et Shawinigan, on serait un peu privilégié, en raison de nos projets-pilotes, et qu’on partirait le bal un peu avant tout le monde.

Tous les restaurants, ou presque, vont pouvoir ouvrir en même temps. Mais la grande différence c’est que l’entente conclue avec la Régie des alcools permettra ici d’élargir les terrasses en profitant de l’espace public. On respectera l’écart de deux mètres entre clients, mais on pourra y accueillir autant de convives qu’avant parce qu’on débordera sur les trottoirs, plates-bandes, place publique et même sur certaines rues.

Trois-Rivières et Shawinigan nous promettent pour l’été qui vient, une expérience unique, qui nous amènera peut-être «ailleurs», dans une «ville nouvelle» comme nous l’a suggéré vendredi matin Jean Lamarche, le maire de Trois-Rivières, alors qu’on dévoilait dans ses grandes lignes l’allure que prendra le centre-ville cet été.

Est-ce que ces façons de faire serviront de modèle pour le reste du Québec? C’est plus que probable et, tant qu’il y aura pandémie, souhaitable.

Et s’il y a des petits détails à corriger, on les corrigera. Le beau temps sera déterminant.

En attendant, on a tous une faim dévorante de vivre l’expérience.

Coup de cœur: C’est tout le Québec qui va avoir les yeux rivés sur Trois-Rivières, pas juste pour les terrasses, mais aussi le soir du grand spectacle de la fête nationale.

Coup de griffe: 4000 victimes, ce n’est semble-t-il pas suffisant pour SNC-Lavalin.