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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin

Nemaska: la manière, sans les manières

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CHRONIQUE / Elle sera longue à digérer pour Shawinigan cette décision de construire à Bécancour la future usine de Nemaska Lithium dans laquelle le gouvernement du Québec investira 300 millions$, autant que sa recrue britannique Pallinghurst.

Et ce courroux ne risque pas de s’apaiser dans quelques années quand les wagons remplis de spodumène provenant de la mine nordique de Whabouchi traverseront la ville, comme pour narguer, en direction de Trois-Rivières où on devra transférer le produit dans des camions pour le livrer à Bécancour.

À moins que ce chargement à bord des camions ne se fasse à Shawinigan... question de faire valoir qu’on y profitera aussi de quelques retombées économiques directes du projet, même si ce n’était que des miettes.

On comprend que ce n’est pas du Centre-de-la-Mauricie que va s’élever le plus de voix pour défendre le ministre «en suspens» de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, au cœur en ce moment d’une forte tempête politique sur toute la question du code d’éthique imposé aux parlementaires québécois.

Le dépôt d’un quatrième rapport de la commissaire à l’éthique sur la non-conformité du ministre, au lendemain de l’annonce du choix du parc industriel et portuaire de Bécancour, n’est que fortuit.

Si la contestation politique apparaît aussi vive, c’est peut-être effectivement parce que Pierre Fitzgibbon en menait large dans le gouvernement caquiste, mais l’opposition n’aurait peut-être pas autant de prise sur lui s’il avait adopté un style moins seigneurial dans l’exercice de ses responsabilités.

S’il avait surtout appris à tenir un langage public moins cru, moins cassant et, dans certains cas, moins blessant. Il ne s’agit pas de se réfugier dans la langue de bois, mais de donner un peu de rondeur à certains propos.

Quand il a qualifié de «patente à gosse» le projet de Nemaska Lithium à Shawinigan, dans une partie des installations de l’ancienne usine Laurentide, c’était un peu insultant pour tous ceux qui ont cru dans le projet.

C’était aussi offusquant pour les 25 000 petits (tout étant relatif) investisseurs qui ont placé des économies, parfois toutes leurs économies, dans l’entreprise sans que le ministre ne semble éprouver quelques émotions à leur endroit, même si la mise sous protection des tribunaux allait signifier une perte totale de leurs placements.

Ils n’ont pas été considérés comme des limités en matière d’analyse économique, mais ça ressemblait à ça. Ils auraient dû comprendre que si les investisseurs institutionnels avaient retiré leurs billes de Nemaska, c’est qu’ils devaient s’échapper de cet actionnariat.

Pierre Fitzgibbon a été sans nul doute d’une grande efficacité jusqu’à présent dans la mission que lui a confiée François Legault de développer le Québec sur le plan économique pour qu’il rejoigne au moins l’Ontario, peut-être un jour la moyenne canadienne et, on peut rêver, le niveau de nos voisins américains.

Le «ministre» a la manière, mais pas les manières.

Non seulement il a évacué du revers de la main une certaine obligation morale à privilégier Shawinigan pour la nouvelle mouture de Nemaska, mais la façon dont il s’en est justifié a été à la fois froide, drue et dommageable à l’image de Shawinigan comme endroit où implanter une entreprise industrielle de grande taille.

On a bien sûr évoqué le port en eau profonde de Bécancour, comme facteur décisionnel. On ne savait pas qu’on avait des intentions d’exportation. Si c’est le cas, les écolos vont faire un moyen tintamarre.

Ce que le «ministre» a expliqué, c’est qu’on n’implante pas une telle usine de produits chimiques en milieu urbain, mais aussi que sur le plan de la superficie du terrain nécessaire, des possibilités d’expansion, d’accès, etc., «Shawinigan n’a, honnêtement, aucun mérite», a-t-il dit à Toujours le matin, à Radio-Canada Mauricie.

Comme si ce n’était pas suffisant, il a précisé que de tous les emplacements étudiés, celui de Shawinigan était arrivé dernier.

D’abord, s’il y a une ville qui a un grand passé dans le secteur industriel, et en particulier de produits chimiques, c’est bien Shawinigan. Shawinigan Chemicals, est-ce que ça dit quelque chose?

Surtout, cela envoie comme signal que si vous avez un beau grand projet industriel, oubliez Shawinigan, qui a pourtant été l’une des plus glorieuses villes industrielles du Québec.

Malgré tout, si toute la Mauricie avait apporté son appui à l’implantation de la nouvelle Nemaska Lithium à Shawinigan, il serait embêtant, en dehors du Centre-de-la-Mauricie, de se plaindre du choix de Bécancour.

Ç’aurait pu être Mirabel où Lion Électrique compte fabriquer ses batteries pour ses camions et autobus et y développer un écosystème.

Trois-Rivières avait appuyé, avec conviction, Shawinigan. Les relations sont bonnes entre les deux villes.

Mais elles sont aussi très tissées serrées entre Trois-Rivières et Bécancour.

Les deux villes partagent une entente de développement sous l’égide d’IDE Trois-Rivières.

Pour tenter de décanter un peu l’atmosphère surchargée, le maire Jean-Guy Dubois a parlé de zone 4-17, ce qui réunit le nord et le sud. Mais dans ce cas-ci, on devrait plutôt parler de la Zone économique naturelle entre les deux villes.

Trois-Rivières, comme capitale régionale, aurait beaucoup profité, en retombées multiples, d’une implantation à Shawinigan. Mais ça reste sans comparaison avec Bécancour.

Entre 70 et 80 pour cent des fournisseurs, entreprises sous-traitantes et futurs employés de la Nemaska bécancouroise vont provenir de Trois-Rivières. Délicat dans les circonstances pour un maire comme Jean Lamarche de critiquer le gouvernement et le choix de Bécancour.

Ce qui n’empêche pas le maire Michel Angers, qui ne décolère pas, de réclamer, non pas compensation, mais rien de moins que «réparation».

Sous quelle forme? Peut-être que Shawinigan soit finalement reconnue Zone d’innovation, ce qui serait très avantageux.

Mais avec Nouveau Monde Graphite, Nemaska Lithium et éventuellement British Volt à Bécancour, qui va fortement concurrencer Shawinigan pour une désignation de Zone d’innovation?

Crise d’apoplexie à redouter!

Coup de cœur: La toune hilarante qui fera assurément l’été trifluvien: «Prends ton temps, j’suis pas pressé...», en vélo, à pied ou en char, interprétée par QW4RTZ.

Coup de griffe: OK Montréal ! Prendre un p’tit coup après 20h... c’est à Trois-Rivières que ça se fait... mais jusqu’à 23h30.