Michel Vastel avait cette habitude de parler à tout le monde, surtout en campagne, pour prendre le pouls de l’électorat.

Vastel vous dirait d’aller voter

CHRONIQUE / Quelque part en mars 2003, on était au restaurant d’un hôtel de Montréal, je ne pourrais pas vous dire lequel au nombre d’escales qu’on a faites en 45 jours.

C’était pendant la campagne électorale.

Je couvrais la deuxième moitié de la campagne à partir de l’autobus de l’Action démocratique du Québec, dans le temps où Mario Dumont essayait de faire une brèche dans le bipartisme. Dumont refusait obstinément de dire s’il était souverainiste ou fédéraliste, on lui posait la question à chaque mêlée de presse, il la contournait systématiquement, même quand je lui ai demandé s’il voulait mourir dans une province ou dans un pays.

Ça me fait penser à quelqu’un.

Jean Charest, lui, n’avait que la «santé» à la bouche. On lui aurait demandé sa couleur préférée, il aurait répondu la santé.

C’était l’année où une déclaration de Jacques Parizeau dans un rassemblement à Shawinigan avait fait capoter la campagne du Parti québecois, Charest avait sorti le lapin de son chapeau en plein débat télé.

Bernard Landry n’avait eu comme réponse qu’une locution latine, audi alteram partem, écoute l’autre.

C’était l’époque où Michel Vastel chroniquait pour Le Soleil. Vieux routier de la politique comme il ne s’en faisait déjà plus, il pouvait joindre en quelques heures tous les premiers ministres des provinces. J’en ai été témoin une fois, au sortir d’une conférence fédérale-provinciale, il a tout de suite su ce qui s’était dit.

J’aurais payé cher son «Rolodex».

J’étais donc à table avec Vastel, dans ce restaurant de cet hôtel, un souper bien arrosé, Vastel aimait le bon vin. Et Vastel avait cette habitude de parler à tout le monde, surtout en campagne, pour prendre le pouls de l’électorat. 

Il se fiait plus à ça qu’aux sondages. 

Notre serveuse ne savait pas trop quoi lui répondre, elle ne suivait pas trop la politique, voulait simplement qu’on lui donne nos commandes.

Vastel insistait.

Il lui a demandé si elle allait, au moins, aller voter, elle était loin d’être convaincue, vu qu’elle n’en avait rien à cirer. Vastel a pris le temps de lui faire un résumé rapide de ce que promettaient les partis, en insistant sur l’importance d’aller voter. 

«Donnez-moi votre numéro, je vais vous appeler le jour du vote.»

Vastel a sorti le petit calepin qu’il traînait partout, il a noté le prénom de notre serveuse et ses coordonnées. En lui répétant qu’il allait vraiment l’appeler le 14 avril, que ça ne l’obligeait à rien, mais qu’il trouverait bien dommage qu’elle n’y aille pas. Un peu plus et il promettait d’aller la conduire au bureau de vote. 

Je n’ai jamais oublié ça.

Ça et plein d’histoires, que je garde pour moi.

Vastel avait plus d’années de métier que j’avais d’années de vie, et il avait cette foi inébranlable en l’importance de faire entendre sa voix. Peut-être que ça lui venait de son service militaire français fait à la Guerre d’Algérie, allez savoir, d’avoir dû combattre un peuple qui réclamait son autodétermination.

Et qui l’a payée de 300 000 vies.

Une semaine avant l’élection, Vastel avait fait ce constat. «Les Québécois sont en passe de devenir de véritables analphabètes de la politique. Est-ce la couverture des réseaux de télévision? Ou le manque de charisme des chefs politiques dont le plus populaire est aussi celui dont une majorité veut se débarrasser? Toujours est-il que, les trois partis politiques s’étant donné la peine de publier des programmes électoraux détaillés et soigneusement chiffrés, l’exercice électoral se résumera à faire une croix en face d’un nom!»

Le taux de participation, en 2003, a été de 70,4 %.

Il a été de 71,4 % en 2014.

Je suis retombée sur une autre chronique, celle du 6 mars 2003, sur les élections à date fixe et tout le mal qu’il en pensait. «La tenue d’élections à date fixe, que veut apparemment recommander le Comité directeur des États généraux sur la réforme des institutions démocratiques, n’est que de la poudre aux yeux. Claude Béland veut-il ainsi camoufler son manque de courage face à une autre réforme, beaucoup plus significative celle-là, visant l’introduction d’une forme de représentation proportionnelle?»

La question se pose toujours.

Jusqu’à son tout dernier souffle — Vastel a rendu l’âme en août 2008 —, il aura travaillé à combattre l’apathie et le cynisme ambiants, avec un énorme respect pour la chose politique, surtout pour les hommes et les femmes qui se présentent à chaque élection. Cela sans complaisance.

C’est pour ça qu’il prenait le temps de discuter avec les gens, surtout les indécis et les désabusés, de l’importance d’aller voter. 

Le chapeau vous fait?

Allez-y donc.


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