Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
Une photo prise à l’Halloween. Ils sont tous déguisés comme des vacanciers à la plage.
Une photo prise à l’Halloween. Ils sont tous déguisés comme des vacanciers à la plage.

Un secondaire 5 sans au revoir

CHRONIQUE / Le vendredi 13 mars, Émilie Perrault et les autres membres du comité de l’album des finissants ont envoyé le document chez l’imprimeur.

Le même jour, les écoles ont fermé.

C’était officiellement une fermeture à cause du mauvais temps, et le lundi, le gouvernement a annoncé que toutes les écoles primaires et secondaires étaient fermées pour deux semaines, puis au moins jusqu’au 1er mai. Le 27 avril, le premier ministre Legault a annoncé que les écoles primaires hors Montréal allaient rouvrir le 11 mai.

«Quand il y a eu l’annonce, on a figé. Moi et des amis, on a fait un Facetime et on a pleuré pendant une heure», me raconte Émilie au bout du fil. «On était certains que ça allait ouvrir, même les profs se préparaient pour ça. On s’attendait vraiment à y retourner, on avait vraiment espoir.»

Émilie allait à la polyvalente de Charlesbourg, elle y a passé quatre ans, elle a fait son secondaire 2 dans une autre école. «Je suis partie après le secondaire un et je suis revenue parce que j’aimais ça. Je croisais mes profs de secondaire 1, on se saluait, on était très proches. C’est une belle gang, une belle école.»

Et là, c’est fini.

Pouf.

Émilie sait bien qu’à l’échelle des drames que connaît le Québec et le reste de la planète, la fin en queue de poisson de son secondaire 5 n’est pas la fin du monde. Mais c’est la fin de son monde quand même, elle est partie de l’école le 12 mars comme tous les autres jours et n’a pas pu y remettre les pieds. «Avoir su que c’était notre dernière journée, qu’on ne se reverrait plus, on aurait fait quelque chose…»

Elle pourra y retourner cinq minutes pour vider sa case. «Ils nous font venir à tour de rôle, on ne pourra même pas se croiser.»

Certains y vont avec leur tenue de bal.

Elle aimerait pouvoir y retourner quelques heures avec tous ceux qui ont le goût d’un dernier au revoir. «La fin du secondaire 5, c’est un rite de passage. On avait tous très hâte, surtout pour les trois derniers mois. Je suis dans le comité de l’album, là, on serait dans la location des toges. Chaque fois que j’ouvre mon agenda, je vois les dates, ce serait ci, ce serait ça…»

Elle sait que c’est peine perdue pour le bal, qu’il sera peut-être remis à plus tard, elle souhaite juste revoir sa gang une fois. «Ils proposent de faire ça de façon virtuelle, mais ce n’est pas ça qu’on veut, on aimerait pouvoir se voir une dernière fois pour signer nos albums. On est capable de faire ça comme il faut, de mettre des masques, de garder nos distances.»

Elle imagine quelques heures à l’école, avec des enseignants pour s’assurer que tout se passe bien. «Ils sont avec nous.»

Eux non plus n’ont pu dire au revoir à leurs élèves.

Des centaines de jeunes de secondaire 5 d’un peu partout se sont fait des groupes sur Facebook où ils rêvent de se revoir une dernière fois. «Il y a un groupe [Les secondaires 5 en quarantaine], on est 30 000 dessus pour avoir une journée d’adieu, un moment pour célébrer. À mon école, on est environ 200 élèves en secondaire 5 et ce n’est pas tout le monde qui viendrait…»

Elle se dit qu’il doit y avoir moyen d’organiser quelque chose.

Surtout que le ministère de l’Éducation vient de rappeler sur les bancs des écoles secondaires les enfants qui ont des handicaps ou des troubles comme l’autisme, des élèves qui risquent d’avoir de la misère à comprendre –et à appliquer- les règles de distanciation sociale. 

Si on rouvre l’école pour eux et pour les élèves du primaire, organiser quelques heures de retrouvailles – et d’adieu - pour les finissants devrait être faisable.

Émilie ne sait pas encore quand l’imprimeur leur enverra leurs albums, à peu près le seul souvenir «officiel» qui leur restera, avec leur bague. «Il y en a qui parlent de remettre le bal en septembre, si c’est possible évidemment, mais il y en aura beaucoup qui ne seront plus là, qui vont être partis au cégep à l’extérieur.»

En attendant, ils se parlent entre écrans. 

Émilie m’a envoyé une photo prise à l’Halloween avec des amis, ils sont tous déguisés comme des vacanciers à la plage. C’était jadis, dans le temps où on pouvait faire des photos de groupes et aller en vacances à la plage, cette folle époque où on se serrait la main et où on allait au resto.

Où on pouvait se dire au revoir à la fin du secondaire.