Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
Et pourtant, dans un CHSLD ou dans une résidence pour personnes âgées, ceux qu’on appelle les préposés aux bénéficiaires sont des hommes et des femmes à qui on demande d’être à l’écoute de ceux dont ils prennent soin.
Et pourtant, dans un CHSLD ou dans une résidence pour personnes âgées, ceux qu’on appelle les préposés aux bénéficiaires sont des hommes et des femmes à qui on demande d’être à l’écoute de ceux dont ils prennent soin.

Pour en finir avec les préposés aux bénéficiaires

CHRONIQUE / Page 2007 de mon vieux Robert 2010, préposé, ée : «personne qui accomplit un acte ou une fonction déterminée sous la direction ou le contrôle d’un autre», dans le sens de commettant. Ou encore, «agent d’exécution subalterne», dans le sens de commis, comme un préposé au vestiaire, une préposée au stationnement.

Un simple exécutant, donc.

Et pourtant, dans un CHSLD ou dans une résidence pour personnes âgées, ceux qu’on appelle les préposés aux bénéficiaires sont des hommes et des femmes à qui on demande d’être à l’écoute de ceux dont ils prennent soin. Je ne veux surtout pas que ceux qui s’occupent des aînés soient sur le pilote automatique.

C’est là où nous en sommes. Surtout depuis la dernière réforme de la santé en 2015, ceux qui font ce travail n’ont jamais été aussi minutés.

Tout est calculé.

Et l’effet pervers, c’est que ça fonctionne aussi à l’inverse. Dans certains CHSLD, des employés font le minimum parce qu’ils n’ont pas intérêt à en faire plus, ils se limitent à ce qu’on leur demande. 

En 2014, je vous parlais de Francine qui a fait ce métier pendant 36 ans et qui a vu s’enraciner cette culture du toujours plus vite. «Si tu mets les souliers, ce n’est pas long et ça peut permettre d’éviter une chute. Si tu prends un peu plus de temps pour nourrir une personne au lieu de la gaver, elle ne sera peut-être pas malade après. Tu n’auras pas besoin de la changer, de la laver...» 

Jugeote 1, trotteuse 0. 

Francine avait été embauchée en 1973, presque 20 ans avant que les centres d’accueil deviennent des CHSLD. «Avant, on nous appelait les “veilleuses”, on veillait sur les gens, on en prenait soin. Le métier a beaucoup changé, on a accès à plus de formation, à des appareils, mais la base est toujours la même. On ne fait pas juste changer des couches, on accompagne les gens.»

D’où cette idée de balancer à la poubelle le terme «préposé aux bénéficiaires» et son acronyme réducteur, PAB. L’Office québécois de la langue française (OQLF) propose aide-soignant(e), qui est employé en France notamment et qui a le mérite de qualifier ce que ces personnes font – ou devraient pouvoir faire – : soigner, prendre soin. Il faut mettre fin, dans les CHSLD, à la gestion de préposées automates.

Et parce que «bénéficiaire» aussi pose problème.

Je retourne dans mon Robert 2010, à la page 241, bénéficiaire : «personne qui bénéficie d’un avantage, d’un droit, d’un privilège». Au verbe «bénéficier de», on donne le synonyme «profiter» et des exemples comme bénéficier d’un traitement de faveur, d’une remise, d’une allocation familiale.

«Voulez-vous bien me dire de quoi les gens bénéficient dans un CHSLD?»

La question est de Jacques Potvin, qui a consacré sa vie professionnelle aux personnes âgées, qui a créé la psychogériatrie et œuvré pendant plus de 40 ans dans les CHSLD. «Ces gens-là n’ont pas de privilèges, ils résident là parce qu’ils sont malades et ont besoin de recevoir des soins, point.»

Ils n’ont certainement pas de privilèges, avec un budget de repas de 2,14 $ par personne par jour et un ou deux bains par semaine.

Et les bains sautent parfois.

Jacques Potvin a un faible aussi pour «aide-soignante» plutôt que pour préposée aux bénéficiaires. «Je trouve que ça serait très bien, que ce serait l’idéal, ça représente bien leur travail.»

Tant qu’à rebaptiser les PAB, le gouvernement devrait en faire tout autant avec l’affreux acronyme CHSLD dans lequel tellement de langues se fourchent et le remplacer sans attendre par ses Maisons des aînés, expression bien trouvée – et jolie – qui résume bien ce que doivent être ces centres d’hébergement.

Des maisons où il devrait faire bon vivre.

Je ne vois d’ailleurs pas pourquoi les nouvelles maisons des aînés devraient être réservées à 2500 personnes en «perte d’autonomie modérée» comme l’a expliqué en novembre par communiqué la ministre responsable des aînés Marguerite Blais. Tous les aînés devraient se sentir chez eux.

Ça n’a rien à voir avec la largeur des corridors et la grandeur des fenêtres, c’est une question de rapports humains.

Je reçois régulièrement des messages de gens qui me parlent des CHSLD, de bonnes comme de moins bonnes expériences, et les meilleures ne sont pas nécessairement dans les édifices modernes. On me prévient parfois que l’endroit «a l’air de rien», que les corridors et les chambres sont exigus, que la décoration date, puis on me vante l’endroit, les petites attentions, la qualité des soins, surtout les gens qui les prodiguent.  

On s’y sent comme à la maison.