Mylène Moisan
Une femme dont le système immunitaire est complètement à plat se bat pour que ses enfants soient considérés comme les enfants immunosupprimés, qui seront exemptés de la présence à l’école. Ils auront droit à l’enseignement à distance à partir de classe virtuelle.
Une femme dont le système immunitaire est complètement à plat se bat pour que ses enfants soient considérés comme les enfants immunosupprimés, qui seront exemptés de la présence à l’école. Ils auront droit à l’enseignement à distance à partir de classe virtuelle.

Parents immunosupprimés: du cas par cas

CHRONIQUE / Il y a environ deux semaines, je vous parlais d’Isabelle* dont le système immunitaire est complètement à plat. Son médecin a «prescrit» que ses deux enfants n’aillent pas en classe à l’automne, il n’y a aucun risque à prendre.

Ils sont totalement confinés depuis mars.

Elle et Jerôme*, son conjoint qui est aussi le père, ont frappé à toutes les portes pour que leurs enfants soient considérés comme les enfants immunosupprimés, qui seront exemptés de la présence à l’école. Ils auront droit à l’enseignement à distance à partir de classe virtuelle.

Comme je vous l’écrivais au début juillet, les problèmes de santé d’Isabelle ont commencé au cours de l’automne. «Ça a été comme de l’arthrite, mais ça a été fulgurant», m’avait raconté Jérôme. Après une série de tests, les médecins ont finalement trouvé ce qui clochait. Isabelle a une maladie auto-immune mortelle qui attaque notamment les muscles et les poumons.

Et, parce que son système immunitaire se retourne contre elle, elle reçoit des traitements pour neutraliser ledit système.

Elle est complètement sans défense.

À LIRE AUSSI: Que fait-on avec les parents immunosupprimés?

Jusqu’à maintenant, toutes leurs démarches se sont soldées par une fin de non-recevoir, on leur a répété que la présence en classe de tous les enfants est obligatoire, sauf pour les enfants vulnérables, et sauf évidemment, pour ceux dont les parents font l’école à la maison. Le personnel vulnérable est aussi exempté.

Le cabinet du ministre Jean-François Roberge leur avait répondu «que les enfants ne semblent pas constituer un vecteur majeur de transmission de la maladie». Pour Isabelle, «ne semblent pas» est un risque trop grand.

Elle et Jérôme se sont arrangés comme ils ont pu pour les trois derniers mois de l’année scolaire de leur fille qui est en première année. L’école n’offrait qu’une rencontre virtuelle par semaine, trop peu. «La façon dont ça a fonctionné, c’était correct pour trois mois, mais pour l’année prochaine, il faudrait qu’il y ait une relation qui se développe avec un enseignant pour garder l’envie d’apprendre.»

C’est ce qu’ils aimeraient pour leur fille. Le problème ne se pose pas pour leur plus jeune, la maternelle n’est pas obligatoire.

J’avais contacté le ministère de l’Éducation avant de publier la première chronique pour savoir s’il était possible qu’on fasse éventuellement une exception pour les enfants dont les parents sont particulièrement à risques. Pour savoir si, sachant que la vie de certains d’entre eux est menacée, on pourrait se raviser.

Voici la réponse :

«L’obligation de fréquentation scolaire revêt un caractère essentiel, car elle permet de rejoindre tous les élèves, particulièrement les plus vulnérables, et d’assurer qu’ils ont droit à une éducation de qualité.

Pour les élèves qui auraient une condition médicale particulière les rendant vulnérables à la COVID-19 (maladie chronique, déficit immunitaire grave), chaque centre de services scolaire déploiera une offre d’enseignement à distance de qualité répondant aux besoins identifiés dans son territoire. Dans ces cas, un billet du médecin qui fait état de cette recommandation sera requis.

Pour les proches ayant une condition médicale particulière les rendant vulnérables à la COVID-19 (maladie chronique, déficit immunitaire grave), la Santé publique juge que le fait que les enfants soient de faibles transmetteurs, additionné aux strictes mesures sanitaires mises en place dans les écoles (lavage des mains et désinfections régulières des locaux, par exemple), permet de minimiser tout risque de transmission à la maison.» 

Minimiser, pas éliminer.

«Néanmoins des cas d’exception, comme le cas de la dame, pourraient survenir et doivent faire l’objet d’un traitement particulier. À ce sujet, le Ministère a communiqué avec elle, ainsi qu’avec son centre de services scolaire, afin de déterminer les services qui pourraient être offerts à ses enfants, vu les circonstances exceptionnelles. Un billet du médecin sera également requis pour qu’un élève dont un proche présente une vulnérabilité du point de vue de la santé puisse être scolarisé à distance.» 

Du cas par cas, donc.

Le ministère a en effet communiqué avec le centre de services scolaire et le directeur du centre de services scolaire a contacté Jérôme et Isabelle pour leur dire que leur fille pourra fort probablement intégrer une classe à distance, sans aller dans le détail, en leur disant qu’elle aurait trois heures d’interaction avec un prof par semaine.

Ce n’est pas beaucoup.

Alors voilà, on s’embarque dans du deux poids deux mesures où il faudra tracer la ligne entre les parents qui ont un déficit immunitaire grave et ceux qui ont un déficit immunitaire exceptionnellement grave.

Contrairement à l’adage, l’exception ne confirme pas la règle.

Il la complique.

* Prénoms fictifs