À la demande de sa tante Louise qui était en phase terminale, Raphaël, 9 ans, s’est dessiné, les bras et la tête vers le ciel, le visage de sa grande tante au-dessus d’un nuage. Et ces mots dans une bulle : «Je vais t’attraper.»

Les derniers mots de tante Louise

CHRONIQUE / Il y a un peu plus d’un an, Louise a appris qu’elle avait un autre cancer, c’était au tour du foie. Les médecins lui ont laissé le choix, sans traitement, il lui en restait environ pour un mois et avec, un an.

Elle a refusé, au début. 

La fatigue.

Puis, elle a pensé à la semaine de relâche qui s’en venait et avec elle, ses enfants. Pas vraiment ses enfants, mais c’est tout comme, les enfants de sa nièce devaient venir passer la semaine chez elle à Cap-aux-Oies. Louise n’a jamais été mère, cancer des ovaires à 26 ans, elle venait de se marier.

Elle a été enseignante au primaire, a passé sa vie entourée d’enfants.

Louise a pensé à Alexis, 12 ans, et Raphaël, 9 ans, et elle a eu le goût de vivre. Elle a eu le goût de passer du temps avec eux avant de partir. «Elle a accepté les traitements et elle s’est remise en forme. Elle s’est remise au vélo, 15 minutes par jour, et elle faisait sa marche quotidienne. Elle s’alimentait mieux, aussi.»

C’est sa sœur Line qui me raconte. 

Ça faisait longtemps que le corps de Louise lui donnait de la misère, depuis ce premier cancer au début des années 1980, qui avait été traité au cobalt. «Elle a subi plusieurs opérations pour les intestins» et d’autres cancers. En janvier 2018, «elle devait se faire opérer pour la vésicule, ils ont vu que le foie était atteint».

Et le foie, ça pardonne rarement.

C’est un peu tout ça la grosse fatigue que Louise avait quand les médecins lui ont donné le choix entre un mois et un an. 

En pensant aux enfants, donc, Louise s’est retroussé les manches et elle a repris du poil de la bête. «Elle a passé une super belle semaine de relâche avec les enfants, elle a fait des activités avec eux, des jeux. Elle s’investissait beaucoup pour eux, les enfants, c’est sa joie de vivre.»

Plus que ça, c’était sa raison.

Et après la semaine de relâche, Louise a pensé aux vacances d’été, Alexis et Raphaël viennent passer du temps avec elle chaque année. «Ça lui a donné une motivation…» Louise a continué à se garder en forme jusqu’à la fin des classes, elle a passé une autre belle semaine avec eux. 

Elle les a revus une dernière fois en août, son 49e anniversaire de mariage.

Mais les traitements n’arrivaient plus à freiner la maladie, qui a poussé Louise dans ses derniers retranchements. Fin novembre, «je lui ai dit : “Tu es rendue au bout, le temps est venu d’aller à l’hôpital.” Elle a fermé les yeux pendant 10 minutes. Quand elle les a rouverts, elle a dit : “OK.”»

Elle est décédée cinq jours plus tard, à 73 ans.

Mais avant de mourir, Louise avait écrit une lettre à Alexis et à Raphaël, pour leur expliquer ce qui s’en venait. 

***

«À Alexis et Raphaël, mes chéris

Présentement, mon corps doit combattre une maladie très agressive. Elle épuise tous les organes de mon corps, comme le foie, l’intestin… Mon esprit, lui, n’arrive plus à vivre en harmonie avec mon corps. Alors, ils doivent se séparer l’un de l’autre.

Ça s’appelle : mourir.

Mon corps va devenir de la poussière que nous mettrons dans la terre. Mon esprit, par contre, ne va pas mourir. Il va partir vers une autre vie que je ne connais pas encore. J’ai hâte de la découvrir. Je l’espère très heureuse, comme de devenir une étoile au firmament, d’où je pourrai continuer à vous voir vivre de très haut. 

On ne se verra plus comme nous le faisons aujourd’hui, mais mon immense amour que j’ai pour vous ne changera jamais.

Je vous aime et merci,

Tante Louise XXX»

***

Elle a suggéré à Raphaël de faire un dessin, à Alexis d’écrire un poème. Raphaël s’est dessiné, les bras et la tête vers le ciel, le visage de sa grande tante au-dessus d’un nuage. Et ces mots dans une bulle : «Je vais t’attraper.»

Alexis, lui, a composé quelques strophes pour «celle qui nous a fait apprécier la vie de toutes les façons».

Il a fait le portrait de Louise, avec la candeur de ses 12 ans. 

***

«Qui d’autre connaît tout

Le nom des arbres, des ruisseaux

Des fleurs et des oiseaux


Qui d’autres a aimé

Au point de se marier

Et de ne jamais se séparer


Mais un jour la vague revient

Seule, sur la plage

Et d’un seul coup

Elle emporte un proche, loin.»


Louise a pu voir le dessin et lire le poème avant son décès. Et elle les a peut-être revus quand elle a fermé les yeux pour la dernière fois. Pour toujours. Elle a vu le ciel, elle a vu la vague.

Et elle s’est laissée doucement aller.