Les 250 membres du club de ski de fond des Sentiers du Moulin ont mis la main à la pâte. Des fois au lieu de s’entraîner, ils organisaient des corvées de ramassage de branches.

L’effet boule de neige

CHRONIQUE / C’est John F. Kennedy qui a dit, dans un de ses discours les plus célèbres, «ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays.»

Carole Roth a fait la même chose, mais pour un centre de ski.

Carole est la présidente du club de ski de fond des Sentiers du Moulin depuis deux ans. «L’an dernier, on a appris que l’organisme qui gérait le centre avait des difficultés financières et que la fermeture était envisagée, au moins pour une saison. Je me suis dit qu’il fallait trouver une solution.»

Elle aurait pu se plaindre à la municipalité, plaider l’importance d’investir dans le sport et le plein air.

Elle a décidé de prendre les choses en main.

Elle a monté une petite équipe. «On était cinq, moi et quatre gars. Tous des gens occupés, avec un travail, des enfants. On travaillait là-dessus le soir, on se faisait des réunions jusqu’à 23h, minuit. On a mis nos forces ensemble et on a monté un projet. On a suggéré de reprendre bénévolement le centre.»

L’union fait la force, comme on dit. «Ensemble, ça a donné quelque chose de fort. Ça faisait lever une montagne qui avait l’air à terre.»

Ils ont convaincu la municipalité de leur confier la gestion.

La montagne était levée, restait à la gravir. Presque tout était à faire, il fallait trouver une nouvelle dameuse, mettre le chalet aux normes et, surtout, renégocier des droits de passage sur les terrains privés autour. «Il y a un voisin qui ne voulait rien savoir au début. On a discuté avec lui et puis maintenant, on se fait des accolades! Ça, c’est parce qu’on a travaillé dans le respect, avec la communauté.»

Le centre a une cinquantaine de droits de passage.

Ils ont mis tout le monde à contribution, toujours bénévolement. Les 250 membres du club ont mis la main à la pâte. «Des fois, au lieu de s’entraîner, on organisait des corvées de ramassage de branches. On a déplacé l’accueil, on a refait l’intérieur avec des matériaux recyclés.»

Ils ont trouvé des commanditaires, quelques subventions.

Et une dameuse en formule «clé en main».

Quand les premiers flocons sont tombés, tout était prêt pour accueillir les adeptes de raquette et de ski de fond. «Il y a deux choses qui sont importantes, le traçage et le service à la clientèle. On a mis beaucoup d’efforts là-dessus et ça a marché. C’était toujours plein les fins de semaine!»

L’avenir du centre est maintenant assuré.

Carole n’en est pas peu fière. «On a réussi, c’est une fierté commune! Et j’ai beaucoup appris. J’ai appris à travailler en équipe, ça m’a enrichie, ça m’a rempli le cœur. La richesse, ça ne se calcule pas toujours en argent.»

Mais il en faut pour faire rouler le centre.

Ils ont géré serré, et ils ont donné l’accès gratuit aux jeunes de 12 ans et moins. «On nous disait qu’on allait perdre de l’argent avec ça. Mais ce n’est pas comme ça qu’on regardait ça, on allait leur donner le goût de faire du sport et aussi, et c’est très important, on investit dans leur santé.»

Ils ont décidé de construire un nouveau chalet, qui devrait faciliter la vie des patrouilleurs la saison prochaine. «La saison n’a pas été facile pour eux, leurs conditions n’étaient vraiment pas idéales.»  La construction du chalet devrait commencer au début mai et être prêt pour la prochaine saison.

Avant, le ski et le vélo étaient gérés chacun de leur côté, ils sont aujourd’hui chapeautés par la même organisation. «Ça permet de payer un directeur à l’année.»

Et de mettre les finances en commun.

À la critique stérile, Carole a préféré l’action. «Quand on chiale, il faut qu’on se pose la question : «est-ce qu’on le ferait mieux qu’eux?» Si on pense que oui, on s’implique. C’est facile de chialer... mais tu fais quoi pour changer les choses?»

En somme, la mort annoncée des Sentiers du moulin a donné lieu à sa résurrection et, surtout, à l’affirmation du collectif.

La victoire du «nous».