Lorsque les enseignants les convoquent, il y a des parents qui nient les problèmes, convaincus que leur enfant est parfait.

Il faut parler des parents

CHRONIQUE / Je n’avais pas abordé à dessein la question des parents quand je vous ai parlé lundi des enfants volcans, ceux qui explosent de colère à l’école.

Même à sept, huit ans.

Mais dans les échanges que j’ai eus avec les profs et les éducatrices, le sujet est revenu chaque fois quand on arrivait aux solutions qu’il faut mettre en place pour que l’élève arrête de cracher, de frapper, de proférer des menaces de mort. Ça ressemble toujours à «ça dépend si les parents collaborent. Ou pas».

Il y a dans ce «ou pas» une grosse partie du problème.

Il y a des parents qui trouvent que l’école exagère, que leur enfant ne peut pas être si pire que ça. 

Et il y a des parents qui s’en foutent.

De l’école.

De leur enfant.

J’ai déjà raconté dans le livre que j’ai écrit sur les profs, l’histoire de cette mère qui ne signait jamais les travaux de son enfant. L’enseignante avait suggéré à l’élève de déposer le cahier sur son oreiller avec un crayon. Quand l’enfant s’est levé, le cahier était sur la table de chevet.

La mère l’avait tassé sans le signer.

Il y avait aussi ce père qui disjonctait, qui piquait de saintes colères, qui détruisaient les livres d’école tant et si bien que la prof a fini par dire à son élève de ne plus rien apporter à la maison.

Cette prof, c’est Caroline Paradis, une bonne amie qui enseigne au primaire depuis plus de 20 ans et qui en a vu de toutes les couleurs. Je l’appelle à l’occasion pour valider les histoires que j’entends. Je l’ai fait mercredi pour parler des enfants volcans, surtout de leurs parents.

Les tout-petits qui explosent en classe, elle en a eu.

Comme bien des profs. Je pourrais dire tous les profs et je ne me tromperais peut-être pas, je vais me garder une marge d’erreur.

Et chaque fois, elle a eu à rencontrer les parents pour leur dire que leur enfant pétait les plombs quand il n’était pas content. Comme ce petit garçon de troisième année qui frappait les autres élèves comme ça, sans avertissement. «Il frappait sans arrêt, sans arrêt, sans arrêt... On s’est demandé pourquoi, on a rencontré l’enfant, et on a appris qu’il était abusé par le chum de sa mère.»

La mère a nié, la DPJ est intervenue, l’enfant est allé vivre chez son père. 

«Et parfois, ils nient parce qu’ils ne veulent pas nous dire ce qui se passe à la maison. Ils disent : “C’est personnel.”»

Dans le sens de «c’est pas de tes affaires».

Des fois, c’est beaucoup plus simple que ça, les parents nient parce qu’ils sont convaincus que leur enfant est parfait. Surtout quand il a de bonnes notes. «Ils nous disent : “Ben voyons... Ça ne se peut pas, il n’a jamais fait ça.” Et quand on gratte un peu, quand on va voir les années avant, on se rend compte que c’est déjà arrivé.»

Un classique.

Comme cette mère, dont le fils, premier de classe, faisait trembler les autres élèves. «La mère a nié tant qu’elle a pu, elle me détestait, elle ne croyait pas ce que je disais. Et nous, on le voyait qu’il intimidait... Finalement, il a fallu que le CLSC s’en mêle, qu’on ait une rencontre avec eux pour qu’elle ouvre les yeux.»

Certains laissent traîner le problème jusqu’au secondaire. 

«Il est trop tard.»

Heureusement, selon Caroline, ce genre de parents est l’exception plus que la règle. «Je dirais sur 20, il y en a un ou deux parents qui ne collaborent pas. Des fois, quand il y a des gardes partagées, on a un parent qui collabore, l’autre pas. Il y en a qui se contredisent parfois...»

Et, dans certaines familles, l’enfant a le beau rôle, ou il se le donne. Il ment, fait passer la prof pour une conne et les parents le croient. 

Les enfants rois.

Caroline en a vu, de ces parents qui croient de façon systématique la version de leur enfant. «Les parents qui collaborent le moins, c’est avec les enfants qui mentent le plus. Il y a des parents qui ne sont pas prêts à accepter la réalité et qui ferment les yeux. C’est plus facile de mettre ça sur le dos de l’école. Mais nous, on veut juste aider.»

Il y en a qui abdiquent totalement. «Il y a des parents qui n’ont pas de ressources, qui ne savent pas quoi faire et qui lâchent prise complètement. Ils laissent faire, ils laissent l’enfant faire ce qu’il veut. Il y a des familles où ce sont les enfants qui mènent à la maison. Ça, c’est clair.»