Les personnes qui ont besoin d'un appareil auditif ont le choix entre le modèle offert par la RAMQ et d'autres modèles proposés pas l'audioprothésiste, classés selon leur performance... et leur prix.

À mauvais entendeur...

CHRONIQUE / Quoi que prétende la Déclaration des droits de l’homme, tous les êtres humains ne sont pas égaux.

Même pas devant la RAMQ.

Si vous êtes dur de la feuille ou sourd comme un pot, la Régie de l’assurance-maladie du Québec vous demandera votre âge. Vous avez 65 ans et plus? On vous paye un appareil pour une oreille. Moins de 65 ans? Ça dépend. Si vous travaillez, vous aurez droit à un appareil pour chaque oreille. Si vous ne travaillez pas, c’est un seul. 

Le deuxième appareil coûte 1650 $.

C’est quand même mieux que rien, me direz-vous. On pourrait débattre de nos choix de société et de nos moyens, toujours est-il que c’est comme ça, à partir de 65 ans, on estime qu’une oreille, ça suffit.

Si vous ne voulez pas vieillir en mono, il faut payer.

J’avais glissé un mot dans une chronique sur ce qui m’apparaît une pratique assez particulière, que ceux qui évaluent les besoins des oreilles des gens sont aussi ceux qui leur vendent les appareils auditifs. Ils ont donc intérêt à ce qu’ils optent pour le modèle le plus dispendieux.

Ils ne le font pas tous, bien sûr, la plupart ont à cœur de bien servir leurs clients. Mais le danger est là.

Une dame m’a écrit pour me raconter son histoire. Elle s’est présentée chez un audioprothésiste, on lui a présenté cinq options sur un tableau illustré. Le modèle de base fourni par la RAMQ était au bas du tableau, en gris. Les quatre autres options étaient en couleurs, avec une gradation de la performance.

Et du prix.

On lui a fait comprendre qu’avec les appareils de la RAMQ, elle arriverait tout juste à suivre une conversation avec une seule personne.

Et encore.

Pour un souper de famille ou pour aller voir un spectacle, il fallait envisager les autres options et casquer quelques milliers de dollars. Et elle ne pouvait évidemment pas appliquer à la facture le montant défrayé par la RAMQ pour les appareils de base. C’est à prendre ou à laisser. 

Il y a, au mieux, un crédit d’impôt.

Elle a dit quelque chose comme «merci, je vais y penser» et elle est repartie sans plus de cérémonie. «Nourrissant de sérieux doutes sur cette affirmation, je me suis adressée à une autre clinique pratiquant depuis plus de 30 ans. [...] Je n’ai pas été déçue!»

On lui a offert les appareils de la RAMQ. 

«Étant encore sur le marché du travail, j’ai pu me procurer deux orthèses auditives défrayées par la RAMQ qui correspondent entièrement à mes besoins. Un accessoire porté au cou me permet de me relier par connexion Bluetooth à un ordinateur, un téléviseur et à un téléphone. Imaginez pouvoir parler au téléphone sans à avoir à tenir l’appareil. Le son, d’une très grande qualité, entre directement dans mes deux orthèses.»

Une histoire semblable est arrivée à quelqu’un que je connais bien. Elle a pu essayer le modèle le plus cher à 7500 $ et le modèle de la RAMQ.

Elle entend mieux avec celui qu’elle paye avec ses taxes. 

Ça vaut la peine d’essayer, non? Et si ça ne fonctionne pas pour vous, vous pourrez éventuellement opter pour un modèle plus cher.

Mais l’idée, et c’est pour ça que je vous raconte ça, c’est que les modèles que fournit la RAMQ ne sont pas désuets. Je n’hésite habituellement pas à critiquer ce qui ne va pas dans le système de santé, il faut aussi dire quand ça va.

Et là, ça va.

***

PRÉCISION

À la suite de réponses obtenues mercredi par la Régie de l’assurance-maladie du Québec [journée de la publication de la chronique ci-haut], sachez qu’il est possible d’obtenir un deuxième appareil auditif aux frais de l’État si vous avez 65 ans et plus et que vous travaillez (contrairement à ce que j’ai écrit), si vous faites la démonstration que vous avez un emploi. 

Une exception peut aussi être faite si vous êtes atteint en plus d’une déficience visuelle. «Le programme a été ainsi conçu dès ses débuts en 1979, m’a écrit la porte-parole, Caroline Dupont. En 2006, à la suite d’une modification du Règlement, l’appareillage aux deux oreilles a été élargi aux travailleurs de plus de 19 ans ainsi qu’aux personnes ayant une surdicécité.»