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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Marie-Ève Martel
Gilles Bachand et Nicole Desautels font virtuellement la lecture à leur petite-fille deux soirs par semaine.
Gilles Bachand et Nicole Desautels font virtuellement la lecture à leur petite-fille deux soirs par semaine.

Une heure du conte... qui compte

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CHRONIQUE / Eh oui: à tout près de 34 ans, il m’arrive encore de me faire raconter des histoires. Des récits passionnants qui stimulent mon imaginaire, bien qu’ils se soient réellement produits dans les décennies et les siècles passés, et qui me sont racontés de façon fort intéressante par Gilles Bachand, qui a le don de susciter l’intérêt de celui à qui il partage sa mine d’or d’informations.

C’est normal, me direz-vous, M. Bachand est historien de profession.

J’ai eu le plaisir d’aller le rencontrer à plusieurs reprises dans sa maison de briques roses au pied du mont Yamaska, à Saint-Paul-d’Abbotsford.

Presque toujours, son épouse, Nicole Desautels, était là. Ensemble, ils forment un couple fort sympathique et de très agréable compagnie, si bien qu’à chacune de mes visites, généralement pour réaliser un reportage sur un pan d’histoire de la région ou sur un nouvel ouvrage publié par Monsieur, j’ai toujours aussi hâte de placoter avec un comme avec l’autre et de m’extasier des innombrables souvenirs de voyage qui donnent une couleur à leur espace de vie.

Deux esprits libres et aussi bourlingueurs un que l’autre, Gilles et Nicole ont, entre quelques voyages autour du monde, eu une fille, Magalie.

Celle-ci leur a fait don de trois petits-enfants, qui sont aujourd’hui âgés de 12, 9 et 5 ans.

Mais bien que la petite famille demeure à quelques kilomètres à peine de chez eux, voilà un an que les grands-parents n’ont pas pu serrer les leurs dans leurs bras, pandémie oblige.

Une histoire comme des centaines de milliers d’autres, me direz-vous.

Certes, mais ça ne rend pas leur ennui plus supportable.

Cette distance imposée est d’autant plus difficile à vivre que, le 9 mai 2020, tout près de deux mois après le grand confinement printanier, Nicole a appris la pire des nouvelles qui soit.

Le cancer du sein, chassé par de puissants traitements des années auparavant, s’était à nouveau invité en son être.

Un verdict ayant eu « l’effet d’un coup de massue », aux dires de la principale intéressée, qui a toutefois choisi de vivre ce diagnostic en toute sérénité.

Elle répond bien aux traitements, si bien qu’elle a déjoué les sombres prévisions qui lui laissaient peu de temps à vivre.

L’élégante retraitée, qui garde contact avec un réseau d’amis bien étoffé et qui s’emploie à demeurer active malgré la maladie, entend bien faire en sorte qu’il en reste ainsi, d’ailleurs.

Toujours est-il que cette récidive lui fait ressentir une urgence de vivre, et surtout, un besoin de laisser une trace pour ses petits-enfants, qu’elle n’allait peut-être pas voir grandir, du moins pendant la pandémie. « Je pensais surtout à Laure, la plus jeune, qui avait moins de souvenirs physiques que ses aînés et que j’aurais peut-être moins la chance de connaître », souligne la pétillante dame.

La fillette, habituée à la lecture depuis le berceau, aime particulièrement se faire raconter des histoires.

Un intérêt commun pour la grand-mère et sa petite-fille; c’est donc tout naturellement que Mme Desautels a eu l’idée de créer un rendez-vous bihebdomadaire avec elle pour une heure du conte qui lui permettrait aussi de voir l’enfant sur une base régulière et de tromper son esseulement.

Les mois ont passé pour se transformer bientôt en une année, mais l’habitude est demeurée; chaque lundi et vendredi soir, ça peut être déplacé au besoin, Laure a rendez-vous avec ses grands-parents via une plateforme de visioconférence.

Tous attendent avec impatience chacune de ces retrouvailles d’une demi-heure où, après avoir enfilé son pyjama, Laure s’assoit bien tranquillement avec sa maman pour écouter grand-papa Gilles lui lire le récit que grand-maman Nicole tient devant la caméra, pour lui montrer les images.

Le couple, qui fréquente assidûment la bibliothèque Paul-O.-Trépanier de Granby, y déniche les nombreux livres et albums qui alimentent cette demi-heure du conte dont ils ne sauraient désormais se passer.

« Ça nous permet de voir notre fille, notre petite-fille, et nos autres petits-enfants sur une base régulière, mentionne M. Bachand. Et on voit ainsi la petite qui s’épanouit et qui développe son vocabulaire. Nicole intervient beaucoup pendant la lecture, elle établit un dialogue avec Laure et rend le tout très interactif. »

« Je crois bien que c’est une aventure qui va perdurer, même après la pandémie, tellement c’est un succès », souligne son épouse.

Le couple abbotsfordien a été vacciné il y a tout près de trois semaines.

La deuxième dose leur sera administrée au début de l’été.

Ainsi germe l’espoir que l’heure du conte finisse par avoir lieu autrement qu’à travers l’écran de deux tablettes.

On le leur souhaite, et on se le souhaite également.