Marie-Ève Martel
Malheureusement, dans des situations de crise comme celle à laquelle nous sommes confrontés actuellement, il y a quelque chose de beaucoup plus contagieux et symptomatique que la COVID-19 : la peur.
Malheureusement, dans des situations de crise comme celle à laquelle nous sommes confrontés actuellement, il y a quelque chose de beaucoup plus contagieux et symptomatique que la COVID-19 : la peur.

Le jour où la Terre a arrêté de tourner

CHRONIQUE / La situation est surréaliste. On se croirait dans un film catastrophe, une de ces mégaproductions américaines où, en sortant de la salle de projection, on se dit que l’intrigue était beaucoup trop exagérée pour être vraisemblable.

Sauf qu’aujourd’hui, c’est la vraie vie. Et c’est du sérieux, nous mettent en garde les autorités.

Signe que personne, mais vraiment personne, n’est à l’abri du foutu coronavirus: Sophie Grégoire-Trudeau, l’épouse du premier ministre elle-même, en est atteinte. Et même le chouchou de l’Amérique, Tom Hanks, a attrapé ce vilain virus. TOM HANKS, nom de Dieu!

La semaine dernière, j’ai publié une chronique plutôt désinvolte face au coronavirus. Je tentais de désamorcer, à ma façon, l’espèce de panique ambiante qui poussait certaines personnes à prendre des mesures de protection extrêmes contre la maladie, mais sans changer certaines de leurs habitudes quotidiennes qui, en quelque sorte, torpillaient leurs efforts.

Force est d’admettre qu’en quelques jours à peine, la situation est passée d’inhabituelle à inquiétante, bien que pour l’instant, la plupart des mesures implantées soient préventives.

Y a-t-il matière à paniquer? Non. L’apocalypse, ce n’est pas pour aujourd’hui, ni demain ni après-demain ou la semaine prochaine.

Mais depuis jeudi, c’est un peu comme si la Terre avait arrêté de tourner.

Annulation de spectacles, de festivals et de conférences. Des équipes sportives réduites à disputer des matchs sans le soutien et les encouragements de leurs partisans. D’autres compétitions internationales reportées. Les frontières fermées aux ressortissants étrangers. Limitation des visites dans les CHSLD. Les écoles, les collèges et les universités qui suspendent leurs activités.

Des travailleurs seront forcés de travailler de la maison; ceux de la fonction publique seront payés pour rester chez eux.

Même les messes ont été annulées pour éviter toute propagation du virus, signe que la foi ne suffit pas à se protéger de la maladie.

Et ce n’est que le début de ce branle-bas de combat qui vise à « aplanir la courbe », bref à étaler dans le temps les cas de contamination pour rendre le tout gérable par notre système de santé.

Du jamais-vu, à tout le moins d’une telle ampleur.

Certains trouveront que ces précautions sont exagérées; d’autres croiront à l’apocalypse.

Choisissez votre camp.

Pour nos dirigeants, politiciens et responsables de la santé publique, c’est perdant-perdant: d’un côté, on leur reproche d’en faire trop, alors que les cas sont encore rarissimes; de l’autre, on leur aurait reproché de ne pas en faire assez et d’être irresponsables s’ils n’avaient pas pris de telles mesures à temps.

Ce n’est pas de gaieté de cœur que la santé publique recommande un isolement volontaire de deux semaines aux voyageurs qui arrivent de l’étranger. Ce n’est pas non plus pour le plaisir que les autorités interdisent les rassemblements de plus de 250 personnes, et ce, jusqu’à nouvel ordre.

Beaucoup se plaignent de la sévérité des mesures et des contraintes que cela a sur leur propre vie, étant donné qu’ils ne sont pas infectés par le coronavirus et qu’ils sont convaincus qu’ils ne l’attraperont pas.

Or, ce qu’il faut comprendre, c’est que ces mesures doivent être appliquées pour protéger les autres avant même de se protéger. Les chances de mourir de la COVID-19 sont peut-être plus élevées que celles de périr d’une grippe ordinaire, mais elles sont tout de même assez basses quand on est en bonne santé.

Les personnes âgées, celles aux prises avec des maladies chroniques ou immunodéficientes sont à risque de vivre des complications si elles sont atteintes du virus, c’est donc pour les protéger, elles, qu’il faut prendre ces précautions hors normes.

Le défi est donc là: cesser de penser à soi un petit peu et prioriser le bien commun.

Malheureusement, dans des situations de crise comme celle à laquelle nous sommes confrontés actuellement, il y a quelque chose de beaucoup plus contagieux et symptomatique que la COVID-19: la peur.

Cette panique ressort dès qu’un manque quelconque se fait sentir, dès qu’on sent son quotidien menacé.

C’est un peu ce qui m’a titillée quand j’ai vu des vidéos montrant des gens se ruer sur des palettes de papier de toilette comme s’il s’agissait d’une aubaine du Vendredi fou... Vite, des réserves, peu importe la couleur!

À constater les files interminables pour payer aux caisses des épiceries et des supermarchés, difficile de ne pas y voir une certaine ironie, alors que le gouvernement a demandé à la population d’éviter les rassemblements.

Les adeptes du « couponing » doivent se féliciter d’avoir accumulé de grandes réserves à rabais dans leur sous-sol...

Et puis, que dire de ceux qui revendent des masques, du gel désinfectant ou ce fameux papier hygiénique à fort prix sur Internet?

On dit que l’occasion fait le larron; c’est triste de voir que certains profitent d’un mouvement de panique pour tenter de s’en mettre plein les poches.

C’est comme s’ils se disaient: « Tant pis pour les autres, je m’en torche... »