Sous prétexte que ma génération subira les conséquences de la négligence de ses prédécesseurs, un organisme a déposé cette semaine une action collective contre le gouvernement fédéral pour avoir failli à son engagement de réduire de façon significative les émissions de gaz à effet de serre.

La sonnette d’alarme

CHRONIQUE / Ce n’est pas un secret : il n’y a pas de sonnette chez moi, et j’en suis très heureuse.

Je ne suis probablement pas la seule.

L’industrie de la sonnette serait en effet la toute dernière à avoir été « tuée » par ma génération, celle des milléniaux, composée d’adultes actuellement âgés de 20 à 35 ans.

En effet, pour avertir notre hôte que nous sommes arrivés chez lui, nous préférons lui envoyer un message texte pour qu’il vienne nous ouvrir la porte. Inutile, donc, de s’annoncer en pressant le bouton de la porte d’entrée.

La sonnette, c’est devenu une affaire de livreur, de réparateur ou de vendeur itinérant pour nous.

Si ça sonne, c’est parce que c’est grave.

L’entendre cause la surprise ou nous dérange, comme la sonnerie du téléphone.

Pourtant, de la préadolescence jusqu’à l’âge adulte, comme la plupart des autres filles, j’adorais parler au téléphone.

Si bien qu’un jour, j’ai eu droit à mon propre téléphone fixe, puis à mon téléphone sans fil. À dix-huit ans, j’ai acheté mon premier téléphone cellulaire.

Aujourd’hui, je roule les yeux quand mon téléphone sonne.

Un appel, vraiment ? Tellement plus simple de m’écrire un message !

Génération dos large

Les milléniaux ont le dos large par les temps qui courent.

Non seulement nous accuse-t-on d’avoir tué l’industrie de la sonnette, mais aussi celle du commerce de détail, en raison de nos nombreux achats en ligne et celle du nightlife, parce qu’on préfère rester à la maison écouter Netflix que de sortir se péter la face dans un club.

Ce serait aussi de notre faute si l’industrie du diamant se porte moins bien, parce que nous sommes moins nombreux à nous promettre l’éternel avec un bijou étincelant.

Les exemples sont nombreux, mais tous ont le même effet : c’est au tour des milléniaux de porter l’odieux des transformations de l’économie.

Ai-je besoin de vous rappeler la fin de la cassette vidéo ou de la pagette ?

C’est encore trop facile de rejeter la faute sur le dos d’une autre génération, que ce soit la précédente ou celle qui nous succède.

Mea culpa.

Chercher le coupable

S’il y a une chose, par contre, que les milléniaux n’ont pas « tué » tous seuls, c’est bien notre planète.

Au contraire, prétendent certains, ma génération subira les conséquences de la négligence de ses prédécesseurs.

C’est dans cette optique qu’un organisme nommé ENvironnement JEUnesse (ENJEU) a déposé cette semaine une action collective contre le gouvernement fédéral, pour avoir failli à son engagement de réduire de façon significative les émissions de gaz à effet de serre.

Le recours a été effectué au nom de tous les Québécois de 35 ans et moins, qui porteront « le poids de l’incurie du gouvernement actuel et des gouvernements précédents », rapporte La Presse.

Sans compter des générations suivantes, si elles voient le jour, qui naîtront dans un monde hypothéqué d’avance.

S’il était approuvé par la Cour, le recours vise à obtenir une compensation équivalente à 100 $ par personne touchée, qui constituerait ensuite un fonds estimé à 340 millions pour soutenir des initiatives à teneur environnementale.

Or, chercher un coupable à l’heure actuelle semble vain et contreproductif ; il serait préférable d’investir temps et énergie dans des solutions concrètes qui pourraient freiner aujourd’hui les impacts des décisions d’hier.

Les connaissances en environnement ont connu de grandes avancées au cours des dernières années.

La situation actuelle s’explique partiellement par la méconnaissance, à l’époque, des conséquences à long terme de certaines pratiques ; il est injuste de rejeter l’entièreté de la faute sur le laxisme de nos aînés.

N’empêche que les instigateurs du recours ont raison sur un point : en matière d’environnement, la sonnette d’alarme a été tirée il y a bien longtemps.

Peut-être alors que son époque était révolue bien avant l’arrivée des milléniaux.