Marie-Ève Martel
Moi qui suis plutôt pudique, je me verrais mal m’étendre sur l’herbe, les quatre pattes en l’air, pour offrir mon périnée à l’univers.
Moi qui suis plutôt pudique, je me verrais mal m’étendre sur l’herbe, les quatre pattes en l’air, pour offrir mon périnée à l’univers.

Là où le soleil ne brille jamais

CHRONIQUE / Ça fait jaser depuis quelques jours. Beaucoup. Je parle ici d’une pratique promue par quelques influenceurs américains qui s’appelle le «bum-sunning». En français: le bain de soleil fessier.

Oui, mesdames et messieurs, vous avez bien lu. Se faire dorer le pé-teux.

Selon plusieurs adeptes de la toute dernière pratique à la mode, qui consiste à s’exposer l’anus au grand jour pendant un court instant, trente secondes suffisent pour obtenir les mêmes effets bénéfiques du soleil qu’on aurait eus à avoir passé la journée entière à l’extérieur.

Et aux dires de celle qui se nomme Metaphysical Meagan sur Instagram, qui a contribué à faire connaître la bronzette de la foufoune au monde entier en publiant des photos d’elle-même nue et en pleine (in)action il y a deux semaines, cet apport particulier en vitamine D l’aide à mieux dormir et à régulariser son cycle hormonal, rien de moins!

Encore mieux, rapporte-t-elle, le fait d’intégrer le bain de soleil fessier à sa routine du matin lui a permis d’abandonner sa tasse de café matinale, en plus d’avoir augmenté son niveau d’énergie et de créativité.

Cette contorsion aurait même des effets contre la dépression! Quoi de mieux pour le moral, dit enfin Meagan, que d’éclairer à pleins rayons la partie la plus obscure de notre anatomie? Wow.

Selon ses apôtres, se faire dorer la cenne ne serait que la version moderne et contemporaine d’une pratique taoïste ancestrale inventée en Extrême-Orient.

Si Meagan préfère plutôt se tenir les chevilles près des oreilles d’autres adeptes de cette pratique— car elle n’est pas la seule!— proposent plutôt de se faire bronzer le vestibule sur le dos, les jambes bien relevées dans les airs comme un courtois salut au soleil, ou bien de se pencher et de s’attraper les chevilles en présentant leur lune à l’astre du jour.

Le tout ressemble à une posture traditionnelle de yoga, sauf qu’on le fait en tenue d’Ève ou d’Adam. Bon.

Moi qui suis plutôt pudique, je me verrais mal m’étendre sur l’herbe, les quatre pattes en l’air, pour offrir mon périnée à l’univers.

Je ne saurais penser à autre chose qu’à la grosse face de bébé qui vivait dans le soleil à l’époque des Télétubbies.

Ou pire, imaginez si un drone passait par là, par hasard!

Non, non, non. Il doit bien y avoir une raison pour laquelle on parle de cet endroit comme étant celui où le soleil ne brille jamais.

Canular ou réelle tendance? L’histoire ne nous le dit pas, mais il y a fort à parier que le mouvement a gagné plusieurs adeptes depuis que cette histoire est devenue virale, à la fin novembre.

Mardi, des tabloïds ont rapporté que l’acteur américain Josh Brolin s’était sévèrement brûlé les régions intimes après en avoir fait l’essai.

En fait, c’est l’acteur lui-même qui en a rapporté les dommages sur les médias sociaux pour prévenir ses abonnés des dangers de s’exposer trop longtemps au soleil. «Moi qui devais faire des courses toute la journée avec ma famille, je dois plutôt appliquer de la glace, de l’aloès et de la crème pour brûlures pour soulager la douleur.»

Pauvre de lui. Il aurait dû se crémer avant!

D’après moi, il ne s’agit pas du résultat que nous promet la fameuse Meagan quand elle nous dit que de pratiquer le bain de soleil fessier a pour effet de nous chauffer l’entrejambe, en faisant référence à la meilleure libido que procurerait l’exercice.

Plus sérieusement, le bain de soleil fessier n’est que la dernière lubie dont font l’apologie les nouveaux gourous du Web, les influenceurs qui vantent les prétendues vertus d’à peu près n’importe quoi si cela leur rapporte des clics et des bidous.

Le mieux-être est une industrie ayant généré plus de quatre billions de dollars (quatre mille milliards de dollars) de retombées économiques à travers le monde, en 2018 seulement. Sans surprise, les Nord-Américains, puis les Européens, sont ceux qui dépensent le plus pour améliorer leur confort et leur qualité de vie.

Les soins de beauté et anti-âge à eux seuls accaparent le quart de ces titanesques revenus. Suivent ensuite la nutrition et la perte de poids, l’exercice et la conscience du corps, les médecines «traditionnelles et complémentaires», mais aussi les spas et le tourisme du bien-être.

Tout le monde veut être heureux, et tout le monde veut être à son meilleur: il n’y a donc rien d’étonnant à ce que les gens, collectivement, investissent autant d’argent pour s’embellir et se sentir mieux dans leur peau.

Là où le bât blesse, c’est lorsque cela mène à des dérives comme le «bum-sunning», qui n’a aucune valeur scientifique. Bien des gens sont prêts à tout essayer quand on leur promet des résultats concrets, rapides et sans effort.

Mais c’est surtout trop beau pour être vrai.

Si on dit aussi qu’il s’agit d’une pratique vieille comme le monde, comme l’est la médecine chinoise ou la chiropractie, par exemple, on drape le concept d’une aura de crédibilité sans avoir à en démontrer les réelles vertus.

Des médecins ont mis en garde ceux qui seraient tentés d’essayer, rappelant l’importance de se protéger des rayons du soleil.

Il est là le danger: que certains s’adonnent à une petite séance de bronzage périnéale sans prendre les précautions qui s’imposent.

J’ose toujours croire à une blague. Une chose est sûre, la seule qui a réellement profité d’un rayonnement dans cette histoire, c’est Meagan. Mais son étoile a déjà commencé à pâlir.