Marie-Ève Martel
Le parcours de Bertrand Derome, qui s’est sorti de la rue et de l’enfer de la drogue, est remarquable. S’il ne vit pas dans l’abondance, le camelot de L’Itinéraire est reconnaissant envers tous ceux qui lui permettent de vivre la vie qu’il mène maintenant.
Le parcours de Bertrand Derome, qui s’est sorti de la rue et de l’enfer de la drogue, est remarquable. S’il ne vit pas dans l’abondance, le camelot de L’Itinéraire est reconnaissant envers tous ceux qui lui permettent de vivre la vie qu’il mène maintenant.

La gratitude

CHRONIQUE / « Quand tu pourras, passe me voir au Metro Plouffe. J’y serai toute la journée. »

C’est à peu près le message que m’avait envoyé Bertrand Derome, alias Monsieur Sutton, sur Facebook, à la fin novembre.

Dès que j’ai eu un trou dans mon horaire, je suis donc passée faire un coucou au sympathique camelot de L’Itinéraire, qui a fait l’objet de plusieurs reportages dans les pages de La Voix de l’Est depuis environ cinq ans.

Le parcours de l’homme, qui s’est sorti de la rue et de l’enfer de la drogue, est remarquable. S’il ne vit pas dans l’abondance, le Suttonnais est reconnaissant de la vie qu’il mène maintenant.

Reconnaissant, oui, car il tenait à me faire un cadeau quand je suis allée le saluer.

Monsieur Sutton m’a offert l’édition spéciale du 25e anniversaire de L’Itinéraire, ainsi que l’édition régulière du mois de décembre. Un cadeau qui, monétairement, vaut à peine quelques dollars, mais qui m’a profondément émue, parce qu’il était accompagné de ces quelques mots :

« C’est ma façon de te remercier pour ce que tu as fait pour moi. Chaque fois que tu as écrit un texte sur L’Itinéraire et sur moi, il y a des gens qui m’aident. »

La bonté humaine n’a rien à voir avec l’épaisseur du portefeuille ; tout découle de la grandeur du cœur.

Bertrand, quand tu liras cette chronique, à mon tour de te dire merci pour cette leçon de gratitude.

La vie qui va

Je l’ai déjà dit à plusieurs personnes : la gratitude est à la fois le meilleur et le pire sentiment qu’on puisse ressentir.

Le meilleur, d’abord, parce qu’on fait l’objet d’un acte d’humanité, de générosité et d’amour.

Comme personne, on est reconnu par autrui qui pose un geste bienveillant à notre endroit.

Le pire, ensuite, parce qu’il est toujours plus difficile de recevoir que de donner. Il faut accepter ce don de soi avec humilité et s’en montrer digne, ce qui nous force à accepter, à quelque part, qu’on mérite cet acte de bonté. Pour bien des gens qui ne se tiennent pas en haute estime, c’est un exercice difficile.

Mais en bout de ligne, c’est beau, la gratitude.

Parfois, c’est un sentiment qui nous envahit sans que personne d’autre n’ait quoi que ce soit à voir avec ce qui nous arrive de bon.

Une belle journée, un heureux hasard, une rencontre fortuite ; la vie qui va, tout simplement.

Et qui continue malgré tout.

Regard sur 2019

Que l’année qui s’achève ait été bonne ou non, il existera toujours des raisons pour lesquelles on peut être reconnaissant envers la vie.

Le portrait ne peut jamais être complètement noir ; à travers s’y trouvent assurément quelques taches blanches.

S’attarder à ces instants de bonheur, même s’ils semblent n’être que des gouttes d’eau dans un océan de malheurs, permet de relativiser et de dormir un peu mieux la nuit.

Je fais partie de ces idéalistes qui essaient toujours de voir le verre à moitié plein, ou même au tiers. Ça m’a rendu service à plus d’une reprise.

Pour ma part, j’ai plusieurs raisons d’être reconnaissante pour la dernière année : j’ai conservé la santé, ma famille aussi, j’ai le privilège d’être extrêmement bien entourée et aimée et je planifie mon mariage auquel (presque) tous ceux qui sont chers à mon cœur seront conviés.

Mon essai a connu un certain succès d’estime, inspirant même un projet de loi que j’espère voir adopté au cours des prochains mois.

Mais ce qui me rend particulièrement reconnaissante, en 2019, c’est d’être parvenue à traverser l’adversité avec mes collègues.

Parce que laissez-moi vous dire que ça a été tout qu’un automne !

Depuis l’annonce de la mise en faillite de Groupe Capitales Médias, le 19 août dernier, pas une journée ne s’est déroulée sans que mes collègues des six journaux et moi-même ne recevions de touchants témoignages d’appui et des encouragements. Certains ont pris la plume pour souhaiter notre survie, pour nous raconter des souvenirs agréables qu’ils associent à nos offrandes quotidiennes, signe que notre potentielle disparition de l’écosystème médiatique ne se ferait pas dans l’indifférence.

Je l’ai déjà écrit, mais permettez-moi à nouveau d’exprimer ma gratitude : merci.

Des vagues d’amour ont déferlé dans les six régions desservies par nos quotidiens. Des centaines de personnes de tous les milieux sont venues nous dire un gros « Je t’aime » : des lecteurs, des représentants du communautaire, des athlètes, des artistes, des artisans des médias locaux, des entrepreneurs, des élus et des citoyens.

Des gens qui ont tous un rapport positif avec leur quotidien, que ce soit parce qu’ils aiment le lire ou parce qu’à un moment ou à un autre de leur vie, notre travail a fait une différence.

Les journalistes ne sauvent peut-être pas des vies, mais ils en changent, croyez-moi.

Une affaire de famille

Après être passé des mains de la famille Desmarais, à travers la filiale Gesca de Power Corporation, à celles de l’ancien ministre libéral Martin Cauchon, nous voilà désormais en charge de notre destinée.

En quatre mois à peine, grâce au soutien de nos centrales syndicales, de la firme MCE Conseils et de nos communautés respectives, nous nous sommes retroussé les manches. Nous sommes passés d’impuissants employés d’une entreprise en faillite aux membres fondateurs de sept coopératives de solidarité dont l’objectif est d’assurer la pérennité de l’information régionale au Québec.

C’est une belle aventure qui commence pour nous, travailleurs de La Voix de l’Est et des autres quotidiens de (feu) Groupe Capitales Médias, désormais regroupés sous la bannière de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i).

Et ici, à Granby, j’ai envie de dire que La Voix de l’Est nouvelle sera à l’image d’une entreprise familiale.

Parce qu’on est tissés serré, nous, les employés du quotidien de la rue Dufferin.

La crise que l’on a vécue depuis le mois d’août, on l’a vécue ensemble. La suite, on va la vivre ensemble.

Ça n’a pas toujours été facile, on a connu notre part de différends, mais laissez-moi vous dire qu’on s’aime.

Ça aurait été tellement plus simple de baisser les bras et de partir chacun de son côté.

Pas pour nous.

Et on sera encore présents dans votre quotidien en 2020.

Regardez-nous bien aller.

Bonne année !