Marie-Ève Martel
Depuis quelques jours, on peut enfin se livrer à de chaleureuses retrouvailles, dénuées d’accolades et de bises. C’est si bon.
Depuis quelques jours, on peut enfin se livrer à de chaleureuses retrouvailles, dénuées d’accolades et de bises. C’est si bon.

Ensemble

CHRONIQUE / J’ai perdu un ami récemment. Cet ami de longue date — nous nous connaissions depuis une douzaine d’années — m’a reproché de ne pas avoir suffisamment pris de ses nouvelles pendant la pandémie.

Il ne m’a pas cru quand je lui ai dit que ce printemps a défilé à vitesse grand V de mon côté, avec le travail et tout le reste. Ce serait mentir que de dire que cette rupture s’est déroulée amicalement et qu’elle m’a laissée indifférente.

J’aurais aimé en parler avec mon ami. Lui dire que j’étais toujours là pour lui, malgré la distance et la pandémie qui nous empêchait de nous voir. Que les quelques fois où il a entamé la conversation en m’envoyant un meme ou un truc drôle glané sur Internet, je m’étais promis de lui répondre après ma journée de travail, mais que plus souvent qu’autrement, le tourbillon de mon quotidien m’a fait oublier.

J’admets que j’aurais pu prendre le temps. J’aurais dû prendre le temps. Le temps, une notion qui a été gravement chamboulée au cours des derniers mois.

Je n’ai pas venu venir l’agonie de cette amitié. Le tout m’a pris par surprise et m’a brisé le coeur.

Avant que mon ami ne me bannisse de son univers, je n’ai pu que lui dire que de mon côté, la porte serait toujours ouverte et que j’espérais qu’on puisse en jaser un jour.

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J’ai toujours bien vécu avec la solitude. J’apprécie ces moments où je suis maître de mon emploi du temps, où le silence m’apaise.

Je vois mes meilleurs amis à peine deux à trois fois par année. On s’écrit peu. On ne s’appelle presque jamais. Et pourtant, je m’ennuie rarement d’eux, même si je les aime.

Je sais que si quelque chose d’important survient, on m’informera. On gardera contact. Je sais aussi que notre amitié est assez solide pour survivre au temps qui passe, sans que la distance ou l’absence l’érode.

Quand on se revoit, c’est toujours comme si on s’était vus la veille.

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J’ai quand même trouvé ça difficile, ce printemps. Pandémie oblige, le fait de savoir qu’on ne pouvait pas voir ceux qu’on aime comme on le veut et quand on le veut ravive le besoin de se réunir.

C’est comme savoir qu’on a un gâteau dans la cuisine ; la pâtisserie est beaucoup plus appétissante quand on doit attendre à la fête du lendemain pour en découvrir les saveurs que quand on peut s’en servir une part n’importe quand.

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Tranquillement, mais sûrement, notre vie sociale reprend là où elle s’était interrompue. Avec deux mètres et parfois un masque en plus, mais avec le bonheur de se retrouver enfin. Comme si on avait vaincu quelque chose de plus grand que nous.

J’ai revu certains membres de ma famille récemment. Et pour la Saint-Jean-Baptiste, on a organisé un petit rassemblement — dix personnes, pas une de plus ! — dans notre grande cour.

La première fois que j’ai revu mon père depuis le début de la pandémie a été forte en émotions.

Je l’avoue, on a triché. Le désir de se serrer dans nos bras était trop fort.

Et alors que ces bras paternels m’entouraient, je retrouvais le réconfort et la sécurité de l’être humain qui m’aime le plus au monde. De sentir ses épaules trembler au rythme de ses sanglots a déclenché chez moi une ondée de larmes de joie et de tristesse.

Enfin.

On est quétaines de même. Mais je n’y changerais rien, pour rien au monde.

À chacune de ces occasions, j’ai réalisé à quel point toutes ces personnes qui me sont chères m’ont manqué.

Ces chaleureuses retrouvailles, dénuées d’accolades et de bises, m’ont emplie de bonheur.

C’était si bon.