Merci à Monsieur jet-set d’avoir été si condescendant à mon égard lors de mon entretien d’embauche.

Donnant-donnant

CHRONIQUE / « Ce sera tout ».

Voilà ce que m’a dit Monsieur jet-set après m’avoir fait poireauter pendant près d’une heure à la réception de son entreprise, tendu une main molle, jeté un furtif regard à mon curriculum vitae et dit que je ne me prenais pas pour une poignée de porte.

Il s’est ensuite levé et a quitté la salle, me laissant interloquée par cette rencontre qui n’avait pas eu du tout l’air de l’entrevue d’embauche à laquelle je m’attendais.

C’était tout, effectivement.

Vous vous en doutez, je n’ai pas eu le job. Mais aujourd’hui, je suis reconnaissante à Monsieur jet-set d’avoir été si condescendant à mon égard.

Quelques minutes en sa compagnie ont été malaisantes. Imaginez de quoi aurait eu l’air mon quotidien si le patron de cette boîte, davantage réputé pour frayer avec les membres du show-business québécois montréalais que pour ses talents de gestionnaire, m’avait embauchée, il y a de cela quelques années.

Cette anecdote m’est revenue en tête après que La Presse ait révélé lundi qu’il existait un climat de travail toxique à la Fondation du Dr Julien, causé notamment par l’attitude du célèbre médecin et de sa conjointe, climat ayant mené à de nombreuses démissions au sein du personnel et du conseil d’administration.

Pas évident de donner son meilleur jour après jour quand la simple idée de se rendre au boulot nous indispose.

L’environnement de travail, dans lequel on passe pratiquement autant de temps que chez soi désormais, est de plus en plus important pour les travailleurs.

Ceux-ci ne sont plus prêts à tout endurer pour conserver leur emploi.

De toute façon, ce ne sont pas les opportunités qui manquent ailleurs par les temps qui courent...

C’est donnant-donnant : un employé heureux est un employé plus productif et plus fidèle, qui bénéficie à son employeur.

Et un employeur dont les affaires vont bien a plus de chances de motiver ses employés et de leur permettre de croire en ce qu’ils font, là où ils le font.

Rêver l’avenir

Cette réflexion m’amène maintenant à Catherine Fournier.

L’élue péquiste qui siégera désormais comme indépendante estime que le parti pour lequel elle s’est fait élire n’avait plus d’avenir.

Bref, elle n’avait plus confiance en son employeur, le Parti québécois : à quoi bon demeurer en poste ?

Sans juger de la pertinence de la défection de la députée de Marie-Victorin, je dirai qu’elle lui a tout de même rendu une fière chandelle. Le parti, dans l’état actuel des choses, n’a pas besoin de compter dans ses rangs des gens qui ne croient pas en lui.

Plusieurs observateurs, dont le chroniqueur Richard Martineau, expliquent partiellement cette décision par le fait que Mme Fournier fait partie de la génération des milléniaux, MA génération.

L’environnement de travail, dans lequel on passe pratiquement autant de temps que chez soi désormais, est de plus en plus important pour les travailleurs. Ceux-ci ne sont plus prêts à tout endurer pour conserver leur emploi

« Comme beaucoup de milléniaux, madame Fournier ne dit pas “Qu’est-ce que je peux faire pour votre entreprise ? ”, mais “Qu’est-ce que votre entreprise peut faire pour moi ? ” », a-t-il écrit dans une chronique publiée sur son blogue du Journal de Montréal, mercredi.

À en croire les Richard Martineau de ce monde, les personnes ayant sensiblement mon âge sont fainéantes, soudées à leur téléphone, égocentriques et narcissiques, et leur unique préoccupation concerne l’angle idéal pour prendre le selfie parfait.

Merci.

Ces idées préconçues sont pourtant des stéréotypes, au même titre que le cliché du baby-boomer riche comme Crésus dont la retraite dorée est payée par les XYZ qu’il méprise parce que tout était mieux « dans son temps » et pour qui la vie a toujours été facile, sauf devant les nouvelles technologies.

Des « jeunes » de mon âge, qui doivent trimer dur pour se tailler une place, il y en a énormément, comme il y a eu avant eux des baby-boomers qui en ont arraché.

S’il y a une génération qui veut offrir une planète en santé à la prochaine, c’est bien la mienne.

Des « jeunes » de mon âge qui sont prêts à faire de leur mieux pour une entreprise, il y en a beaucoup plus qu’on pense.

Mais il est vrai qu’en retour, ils espèrent que leur employeur a également quelque chose à leur offrir : le rêve d’un avenir prometteur.

On ne parle pas que de salaires. Des horaires plus flexibles, la possibilité de faire du télétravail, de prendre des congés prolongés pour vivre des expériences de vie, et plus que tout, de la reconnaissance ; bref, des manières d’intégrer son travail à une vie remplie et épanouie.

C’est donnant-donnant, et ce, peu importe notre âge ou notre génération.

Car nous sommes plusieurs à choisir une carrière par conviction, pour nous accomplir en tant que personnes et pour faire une réelle différence dans le monde.

N’eut été de Monsieur jet-set, je n’aurais peut-être pas pu accomplir toutes les réalisations dont je suis fière maintenant.

En ne m’embauchant pas ce jour-là, c’est lui qui m’a rendu une fière chandelle.