Marie-Ève Martel
On en est là : du jour au lendemain, les Québécois se sont mis à vouer une grande admiration envers Horacio Arruda, dont les petites blagues, les expressions ou les manières enflamment la Toile.
On en est là : du jour au lendemain, les Québécois se sont mis à vouer une grande admiration envers Horacio Arruda, dont les petites blagues, les expressions ou les manières enflamment la Toile.

Dans la tête d’Horacio

CHRONIQUE / La question m’est passée par la tête cette semaine : que se passe-t-il dans celle du directeur national de la santé publique, Horacio Arruda ?

L’homme de l’ombre qui, par la force des choses, se trouve devant les projecteurs depuis trois semaines, devenant du même coup une vedette provinciale.

Le chouchou des Québécois confinés chez eux.

Si François Legault est notre père de famille collectif en ces temps difficiles, le Dr Arruda, lui, est notre « mononcle funky ».

Pour plusieurs, le rendez-vous quotidien de 13 h, le point de presse nous permettant d’obtenir les nouvelles les plus fraîches quant à la situation, est devenu un moment phare de la journée, où la monotonie du télétravail et du confinement se met elle aussi sur pause pour entendre les voix rassurantes de nos autorités.

Je ne serais pas surprise d’apprendre que les cotes d’écoute quotidiennes du point de presse aient dépassé celles de La Petite vie, dans le temps...

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J’en ai glissé un mot il y a deux semaines : la pandémie de COVID-19 a donné naissance à la fièvre Arruda, une fièvre pour l’instant incurable et dont le principal symptôme est d’emplir de joie et d’humour tous ceux qui en sont atteints.

C’est surréaliste, mais en même temps rassurant, de voir qu’une personne obtient un traitement de rockstar non pas pour son allure — quoiqu’Horacio est toujours d’une apparence très soignée —, mais pour son savoir et ses compétences.

Au moins, sur ce coup-là, on s’éloigne de l’idiocratie qui encense n’importe qui sous prétexte qu’il ou elle est populaire, beau ou riche...

Caricatures, t-shirts, tasses, autocollants, affiches, une poupée de carton, une autre en laine, des caleçons (!) et autres objets à l’effigie de Horacio Arruda: on aura tout vu.

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On en est là : du jour au lendemain, les Québécois se sont mis à vouer une grande admiration envers le médecin, héros pendant la crise.

Le verglas a eu André Caillé ; le coronavirus a droit à Horacio Arruda. Un homme responsable, visiblement en contrôle de la situation et de sa personne, qui a quelque chose de très rassurant tout en demeurant humain et accessible.

Confinés dans nos chaumières, c’est grâce à Internet que nous vivons tous la Horaciomania.

Une page Facebook intitulée «Horacio, notre héros» pullule de dessins à colorier et de blagues dont le directeur de la santé publique est le protagoniste.

On ne rit pas de lui, bien au contraire ; les près de 50 000 abonnés de la page vouent un culte au médecin, dont l’apparition au point de presse du premier ministre a été rebaptisée le Horacio Show.

À cela s’ajoutent des montages et des GIF animés faisant référence aux petites blagues ou aux manières du docteur, qui peut désormais « aplatir la courbe » sur l’air d’Agadou dou dou.

La Toile s’enflamme chaque fois.

C’est sans compter les caricatures, t-shirts, tasses, autocollants, affiches, une poupée de carton, une autre en laine, des caleçons (!) et autres objets à l’effigie du Dr Arruda, dont une miche de pain sur lequel on a imprimé son visage, à la grande surprise du principal intéressé.

On aura tout vu.

Moi-même je n’ai pas su résister à la vague, partageant de manière humoristique deux photos de moi où mes tenues ressemblait étrangement à celles du Dr Arruda. En anglais, on appelle ça le « twinning ».

Quand Horacio Arruda a dit qu’il comptait popoter des tartelettes portugaises pendant la fin de semaine, le Québec tout entier s’est rué sur les recettes de tartelettes portugaises. Nombreux sont ceux à avoir partagé le fruit de leur savoir-faire culinaire après coup.

Dr Arruda pourrait nous dire que la tendance ce printemps serait une salopette brune sur un t-shirt saumon, il s’en trouverait pour adopter cette mode.

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Et le bon docteur joue le jeu, lui qui a été filmé en train de faire quelques pas de danse au plus grand plaisir de ses fans.

Au moins, il semble garder le moral alors que la pression sur ses épaules est plus grande que jamais

Un modèle !

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Mais je me demande toujours ce qui lui passe par la tête.

Le Dr Arruda a choisi de travailler dans l’ombre et rien ne le prédestinait à devenir un jour la vedette qu’il est.

Comment vit-il avec cette notoriété aussi soudaine que l’apparition du coronavirus ?

Cet engouement pour sa personne peut être rigolo et réconfortant au départ, c’est clair. Elle doit même être très valorisante et renforcer le sentiment d’être utile en temps de crise.

Mais je ne peux m’empêcher de ressentir de l’empathie pour le médecin qui, malgré lui, fait face à une pression croissante chaque jour.

La pression de rassurer, de toujours être là, de toujours être parmi les plus forts.

Tout ça pourrait devenir très lourd et lassant avec le temps.

S’il est inquiet ou apeuré par la situation, le Dr Arruda ne l’a pas encore laissé paraître. Mais il est lui aussi un être humain et nous ne devons pas l’oublier.

Il sera encore là quand la crise sera derrière nous et que nous aurons tous recommencé à vaquer normalement à nos occupations, que nous pourrons recommencer à festoyer et à apprécier la présence de nos proches qui n’auront plus à se tenir loin.

À lui et à tous ceux qui travaillent dans l’ombre et aux côtés de ceux qui en ont besoin, on pourra dire un grand merci.

Et j’espère que contrairement aux autres saveurs du mois, on s’en rappellera longtemps.