Les entreprises ont compris que fabriquer des produits durables n’était pas payant à long terme, c’est pourquoi elles se sont mises à produire des objets de moindre qualité. Née d’une mentalité purement capitaliste, l’obsolescence programmée ne sert qu’à nous faire débourser pour remplacer nos biens par d’autres plus jolis, plus récents et surtout, fonctionnels.

Comme une odeur de toasts brûlés

CHRONIQUE / Lundi, je suis allée au Cégep de Granby faire réparer le grille-pain de mon collègue Michel. Le levier actionnant le mécanisme ne tenait plus en place.

Retenu à l’extérieur du pays pour cause de vacances, le pauvre, celui que la salle de rédaction de La Voix de l’Est appelle affectueusement le Géant vert pour sa fibre écolo surdéveloppée, m’a demandé de lui rendre ce service.

En bonus, j’allais apprendre comment réparer ce petit électroménager, moi qui ne mange presque jamais de toasts pour déjeuner !

Sur place, à voir aller Sylvain et Richard, j’ai réalisé à quel point j’étais peu débrouillarde quand vient le temps de prolonger la vie de certains appareils.

Cuisiner des touski pour éviter de gaspiller des aliments ? Facile.

Repriser une paire de bas ou un chandail encore bon à porter ? Y’a rien là.

Mais quand le défi tombe dans la case techno, je me sens plus souvent qu’autrement bien démunie. On dirait que j’ai peur d’empirer la situation en commettant une erreur. Bref, je me fais plus confiance pour réanimer quelqu’un qu’un grille-pain.

Moi qui croyais qu’un ressort était en cause, c’était finalement un fil défectueux qui empêchait mon voisin de pupitre de dorer ses tranches de pain comme un snowbird sous le soleil de la Floride.

Un petit ajustement et le tour était joué. Comme neuf, grâce à Sylvain !

Payer plus, remplacer plus

On connaît tous quelqu’un qui possède le même frigo depuis vingt ou trente ans et qui fonctionne encore comme au premier jour. Pas tuable, la machine. Or, dès que les électroménagers modernes franchissent le cap de quelques années, ils nous lâchent. Évidemment, ça se produit toujours après la fin de la garantie de l’objet.

Les entreprises ont compris que fabriquer des produits durables n’était pas payant à long terme, c’est pourquoi elles se sont mises à produire des objets de moindre qualité. Née d’une mentalité purement capitaliste, l’obsolescence programmée ne sert qu’à nous faire débourser pour remplacer nos biens par d’autres plus jolis, plus récents et surtout, fonctionnels.

Pour les quelques récalcitrants souhaitant prolonger la vie de leurs biens avant de les remplacer, le processus a des airs de parcours du combattant. Tout semble mis en place pour les décourager et pour les inciter à choisir la voie de la facilité, avec les conséquences économiques et environnementales que ça implique, malheureusement.

Dans certains cas, il revient plus cher de faire réparer que de remplacer ; dans d’autres, le modèle à réparer est discontinué, les pièces de rechange n’existent plus ou il semble impossible de trouver les coordonnées de la personne à contacter pour être servi.

Le plus grand problème de l’obsolescence programmée, c’est que les connaissances se sont perdues avec le temps. On évolue dans ce système depuis assez longtemps pour avoir perdu le réflexe de tenter de réparer les choses avant de sortir le porte-feuille. On ne sait plus comment, alors on s’en défait trop rapidement par paresse ou par ignorance.

L’obsolescence programmée nous inculque que la consommation permet de contourner nos problèmes plutôt que de s’y attaquer. Certains l’ont bien appris, au point même d’appliquer ce raisonnement à d’autres sphères de leur vie, voire même à leurs relations interpersonnelles.

Halte à l’obsolescence

Nonobstant tout cela, il y a de l’espoir. L’obsolescence programmée pourrait être en voie d’être obsolète, elle aussi.

Comme les premiers secours, être bisouneux, ça s’apprend. C’est d’ailleurs dans cet esprit que s’est tenu l’atelier de réparation au Cégep de Granby, lundi. Un atelier qui, avec près d’une cinquantaine de participants lors de mon passage, a été victime de son succès !

Je lisais cette semaine un article sur la plateforme américaine Wired à propos du mouvement Right to repair [NDLR : le droit de réparer], où des entreprises recommencent à faciliter l’accès à la réparation de leurs produits, ou à tout le moins aux pièces qui permettent aux consommateurs de le faire eux-mêmes. Ces entreprises ont réalisé que la frustration de devoir constamment remplacer leurs produits était en train de l’emporter sur les profits potentiels qui seraient occasionnés par le renouvellement de ces produits.

Bref, les consommateurs en ont ras le bol de devoir racheter sans cesse la même chose lorsque celle-ci cesse de fonctionner, au point où ils se tournent vers d’autres options qui leur semblent plus viables à long terme.

En ce sens, j’ai très hâte de connaître les détails du projet de loi contre l’obsolescence programmée rédigé par des étudiants en droit de l’Université de Sherbrooke, qui sera déposé le 9 avril prochain à l’Assemblée nationale.

Parce qu’une fois qu’on aura endommagé notre planète au point où elle sera irrécupérable, on ne pourra pas la remplacer, elle.