Marie-Ève Lambert
Vacances obligatoires

En famille

Vacances obligatoires

CHRONIQUE/ Je vais être franche avec vous : cette chronique est la dernière que j’écris avant mon congé de maternité. Eh oui! Dans quelques semaines déjà — ou enfin, me dis-je par moments —, je tiendrai dans mes bras ce bébé-surprise qui m’a fait tant paniquer il y a quelques mois déjà.

J’étais certaine d’accoucher facilement de mon dernier texte, pour ne pas faire de jeux de mots. Mais à ma grande surprise, l’inspiration ne vient pas. Je suis à quelques heures de mon deadline, et mes doigts ne font qu’aller sans direction précise sur mon clavier.

« Parle de l’accouchement qui s’en vient, du congé de maternité qui n’en est pas un, de tes craintes, de tes angoisses, de tes attentes, etc. », me suggère-t-on, avec bienveillance.

Je pourrais, mais je n’en ai pas envie. Je considère que tout ça n’est aucunement d’intérêt public, et surtout, que ça m’appartient. J’ai envie et j’ai besoin de garder ça pour moi.

J’ai pensé m’inspirer de la fin de la maternelle de ma plus grande, ou du premier passage imminent de la Fée des dents. De ma petite/grande deuxième, qui commence, à travers des comportements difficiles et inacceptables, à chercher sa place entre l’aînée et le bébé à venir. Ou encore de mon ami papa, qui m’a confié sa détresse parentale cette semaine.

Normalement, j’aurais trouvé de quoi dire. Mais pas cette semaine. 

J’ai la tête ailleurs. Je suis dans une bulle. Dans un cocon qui me surprend moi-même. Comme c’est la troisième fois que je vis l’expérience d’une grossesse, j’étais persuadée de savoir à quoi m’attendre…

Ce à quoi je n’avais pas pensé, toutefois, c’est aux préoccupations familiales qui s’ajouteraient aux angoisses et inquiétudes « normales » qui surviennent en fin de grossesse. L’une d’entre elles : la gestion des vacances. Quoi faire de son été quand on accouche en plein mois de juillet ? Et, surtout, quoi faire avec les plus grandes, qui voudront quand même vivre un minimum d’activités ?

Dolce farniente

Je l’admets : j’ai toujours aimé mes étés bien remplis. L’hiver est si long et la saison chaude si courte. Il faut en profiter au max, que je me dis toujours. Mais cette année, avec un nerf sciatique qui ne collabore plus du tout et qui me fait claudiquer, puis avec un bébé d’à peine quelques semaines dans les bras et des nuits entrecoupées, j’avoue que je n’aurai d’autres choix que de prendre ça mollo. À mon grand désarroi.

Puis, comme plusieurs sans doute, je suis tombée sur ce texte qui circule sur les réseaux sociaux et intitulé Nous n’avons que 18 étés à passer avec nos enfants. Essentiellement, la blogueuse de Sea You Son y liste en détails tous les petits plaisirs partagés qui ne passeront plus lorsque son fils, qui n’a que deux ans, aura quitté le nid familial.

« Dix-huit étés de barbecues, de bombes dans la piscine, de siestes sur un transat grillagé qui s’imprimera sur la joue. Seize étés de demi-sommeil lors de longs trajets en voiture, de tours de manège, de pique-nique sur un banc ou une couverture, de balançoire à pousser, de piqûres de moustiques, d’observation de fourmis, de melon qui jute sur les doigts. Seize étés de réveils paresseux; de soirées qui s’éternisent; de jeux de société qu’on joue à la lueur de l’ampoule de la terrasse, celle qui grésille… »

« Ce post est un message d’intérêt général aux parents qui se prennent la tête sur les réservations de vacances, fait-elle valoir, sous prétexte qu’il «faut bien essayer de contenter tout le monde», et ceux qui s’énervent quand l’enfant trop heureux leur met du sable dans les cheveux : tout ça ne durera pas. »

« On s’en fout de la météo capricieuse, du serveur mal luné, du retard sur le planning. Arrêtez de remplir vos journées de vacances d’obligations en tout genre, de visites culturelles que vous croyez nécessaires (…) Rien d’autre ne compte cet été que d’être ensemble », termine-t-elle.

Dit comme ça, je crois que je commence à trouver l’idée du dolce farniente séduisante pour cet été. On fera des siestes dans le hamac, on mangera des guimauves cuites sur le feu, on lira à l’ombre dans un parc, on soupera à la crèmerie du coin. On apprivoisera ensemble la simplicité, les petits plaisirs, le moment présent… en même temps que ce petit être tout neuf et la naissance de notre nouvelle dynamique familiale à cinq. Et qui sait, peut-être aurons-nous envie de répéter l’expérience… 

Du dolce farniente, là, pas d’un quatrième enfant!


Bon été!

Marie-Ève Lambert
Nos enfants ne devraient pas être notre priorité

En famille

Nos enfants ne devraient pas être notre priorité

CHRONIQUE/ Saviez-vous que 45 % des enfants trouvent que leurs parents passent trop de temps sur leur téléphone, et que 27 % d’entre eux rêvent de pouvoir confisquer l’appareil à leurs parents pour avoir leur pleine attention à certains moments ?

C’est du moins ce qui ressort d’une étude de 2015 réalisée par AVG Technologies, qui a interviewé 6117 parents et leurs enfants âgés de 8 à 13 ans.

Marie-Ève Lambert
Des ballons en pleine face

En famille

Des ballons en pleine face

CHRONIQUE / Une collègue de travail m’a fait suivre un article de Radio-Canada cette semaine. Le titre m’a aussitôt transportée 25 ans en arrière, dans le gymnase jaune de mon école primaire qui sentait bon les gens qui ont eu trop chaud.

«Quand ballon-chasseur rime avec intimidation.»

Marie-Ève Lambert
Des princesses pas si inoffensives

Actualités

Des princesses pas si inoffensives

Il y a environ un mois, ma grande de six ans est revenue de l’école avec deux beaux yeux au beurre noir. Elle avait pleuré, et son mascara avait coulé.

Bin oui, du mascara, toé chose ! À six ans. Pour aller à l’école. La p’tite vlimeuse avait, ce matin-là, subtilisé mon tube et s’était servie sans que mon chum s’en aperçoive — c’est lui qui s’occupe de la mettre dans l’autobus.

C’était la première fois qu’elle fouillait dans mes quelques cosmétiques, et je soupçonne son spectacle de ballet, quelques jours plus tôt, d’être derrière cette initiative. Même si à son âge elle ne connaît pas encore la différence entre un demi-plié et un chassé, il fallait absolument la grimer de fard à joues, d’ombre à paupières et de rouge à lèvres pour l’ultime prestation.

« Wow ! Je suis belle ! », s’était-elle exclamée en se regardant longuement dans le miroir ce jour-là.

« Tu es toujours belle, ma cocotte ! » que je lui avais répondu.

Et c’est ce que je lui ai répété quand j’ai vu son visage barbouillé ce mardi-là. « Je ne veux pas que tu touches à mon maquillage. Tu n’en as pas besoin », ai-je pris soin d’ajouter.

« Oui, mais je suis plus belle avec du maquillage. Je ressemble à une princesse », a-t-elle rétorqué avec une moue boudeuse.

Univers Disney et estime corporelle

Les princesses... Comme bien des petites filles, les miennes sont naturellement attirées vers cet univers qui provoque chez moi une réaction mitigée en encourageant les stéréotypes gros comme le bras. Sans les encourager à y entrer, je ne leur en bloque toutefois pas l’accès. L’interdit attire de toute façon, que je me dis.

Mais est-ce que ce monde de froufrous, de paillettes et de princes charmants serait encore plus insidieux qu’il n’y paraît ?

Tout dépendrait de l’estime corporelle qu’ont les petites filles à la base, selon une étude de l’Université Brigham Young, en Utah, parue dans la revue Child Development en 2016, rapportait le magazine L’Actualité cette même année.

La chercheuse en psychologie Sarah Coyne et ses collègues ont suivi près de 200 jeunes pendant un an afin de déterminer l’impact d’une forte consommation de princesses Disney sur leurs attitudes et comportements. « Les chercheurs n’ont pas constaté qu’un contact étroit avec les princesses avait nui à l’estime corporelle des petites filles lorsqu’ils les ont revues au bout d’un an. En revanche, les fillettes qui n’aimaient pas leur corps au départ avaient tendance, 12 mois plus tard, à fréquenter davantage cet univers — comme si elles cherchaient des modèles dans ces héroïnes gracieuses au physique idéalisé », est-il dit dans L’Actualité.

Il ne faut pas pour autant conclure qu’une exposition à l’univers Disney est sans danger. Les petites filles s’y identifient généralement entre trois et six ans, « précisément l’âge auquel les stéréotypes de genre se cristallisent », souligne la chercheuse. « C’est à cette période critique que les tout-petits commencent à se faire une idée de ce que ça veut dire d’être un garçon ou une fille dans leur société. » Bref, c’est à cet âge-clé que les petits construisent leur identité sexuée.

Ce qu’elle a observé, c’est que « plus les enfants consommaient de films et de jouets associés aux princesses Disney [...] plus ils étaient devenus, 12 mois plus tard, typiquement féminins dans leurs activités et leurs préférences ».

Perspectives restreintes

Bien entendu, il n’y a aucun mal à aimer les « affaires de filles ». Le danger se situe plutôt quand ces « affaires » viennent à faire croire aux petites filles « que leurs perspectives dans la vie sont limitées en raison d’idées préconçues sur le genre, ou si elles se privent de certaines activités essentielles », peut-on lire dans L’Actualité, qui cite en exemple le fait de ne pas jouer à certains jeux pour ne pas se salir, ou se restreindre dans ses mouvements pour préserver son apparence.

Une autre étude, plus récente celle-là, mentionne également que l’univers des princesses Disney incite les petites filles à être plus passives. « Une fois leurs déguisements revêtus, [elles] se sont concentrées sur leur apparence physique et ont passé leur temps à rechercher des habits et accessoires pour faire en sorte de ressembler à leurs personnages préférés. [...] En somme, ces enfants semblaient retenir de leurs dessins animés préférés que leur beauté est leur atout principal et que les biens matériels les rendent plus belles encore », rapportait Le Figaro en septembre dernier suite à la publication d’une étude dans la revue scientifique Sex Roles.

Les deux auteures derrière les recherches déconseillent toutefois aux parents et aux éducateurs d’éradiquer complètement [cet univers] du quotidien de leurs enfants. « En les interdisant, les parents écartent toute possibilité de discussions avec leurs enfants sur le sujet des messages stéréotypés présents dans les médias, et ne peuvent plus envisager de les faire raisonner dessus », disent-elles.

Avoir des ailes 

Les enfants ont cette capacité innée de s’aimer tels qu’ils sont. Peut-être avez-vous vu, comme moi, cette vidéo dans laquelle on demandait à des adultes et des tout-petits ce qu’ils changeraient de leur corps s’ils en avaient la possibilité.

Alors que la majorité des adultes pensaient immédiatement à corriger la partie qu’ils aimaient le moins, les enfants rêvaient plutôt à ce qu’ils pourraient améliorer. Certains voulaient des ailes pour voler, un autre des jambes de guépard pour courir plus vite, une petite fille voulait même se téléporter toute seule.

Ces idées fantaisistes rejoignent en quelque sorte, selon moi, ce pour quoi l’univers des princesses attire autant les jeunes filles. Elles les transportent dans l’imaginaire de tous les possibles.

Il n’y a aucun mal à fantasmer, si on ne prend pas nos rêves pour des réalités. Et il est là, le travail du parent. Doser, discuter, faire raisonner. Bref, éduquer, être présent. Comme pour à peu près tout, c’est la base quand on élève un enfant. Donner l’exemple, aussi. Beaucoup. Mais je suis persuadée que ne pas en faire tout un cas est aussi parfois très bénéfique.   

On n’a pas tant discuté de l’épisode maquillage, ma fille et moi. Je crois même qu’elle l’a oublié. Elle n’a plus retouché à mon mascara, et a repris sa vie d’enfant. Elle est prête pour la Journée sans maquillage, ce jeudi 6 juin. 

Marie-Ève Lambert
La pénalité de bonheur parental

En famille

La pénalité de bonheur parental

CHRONIQUE/ Avec la visite de Madame Gastro cette semaine, je n’avais aucune misère à croire Meik Wiking, le président de l’Institut de recherche sur le bonheur de Copenhague, qui rapporte dans Le livre du lykke, que les parents sont, selon plusieurs études, moins heureux que les non-parents et leur «Oh-je-ne-sais-vraiment-pas-quoi-faire-ce-week-end-à-part-aller-à-Starbucks-mater-toute-une-saison-de-Westworld-sortir-boire-un-verre-travailler-sur-mon-roman-me-détendre-et-peut-être-aller-au-sport».

Depuis la capitale du Danemark, pays qui trône année après année dans le top du palmarès du bonheur, M. Wiking s’intéresse à trouver ce qui rend les gens fondamentalement heureux.

Six variables entreraient en compte : le soutien social, l’argent, la santé, la liberté, la confiance et la bonté. Puisqu’il serait trop difficile de résumer quelque 300 pages en une seule chronique de quelques centaines de mots, je ne m’attarderai ici que sur un des aspects qui m’a fait le plus sourciller dans le lot : la pénalité de bonheur parental.

Parce qu’ils génèrent du stress, de la frustration et de l’inquiétude et qu’ils exigent de nombreux sacrifices, les enfants ont un impact négatif sur la satisfaction globale des parents, constate le chercheur.

Mais, nuance-t-il aussitôt, il ne s’agit là que d’une des trois dimensions du bonheur. «Il a été prouvé qu’en avoir (des enfants) a un effet positif sur une autre dimension du bonheur – la dimension eudémonique, qui s’intéresse au sens de la vie, à la raison d’être.»

Au quotidien, dans la routine, c’est juste parfois difficile de saisir toute la chance qu’on a d’être parents, surtout entre deux vomis à ramasser au beau milieu de la nuit ou après 72 heures passées sans dormir plus d’une heure d’affilée!

Les enfants auraient aussi un impact négatif plus important sur le bonheur des femmes que sur celui des hommes, car ce sont encore trop souvent elles qui portent la part la plus importante des responsabilités liées à leur éducation. Selon Luca Stanca, professeur et auteur de La géographie de la parentalité et du bien-être, rapporte M. Wiking, «la pénalité de bonheur est 65% plus élevée pour les femmes». Je trouve cela énorme! Et bien triste…

La liberté de temps

Pourtant, tous les parents ne sont pas malheureux. Et selon ce qu’a pu constater Meik Wiking dans ses recherches, le bonheur global des parents dépend énormément de l’endroit où on le mesure.

Des 22 pays de l’OCDE étudiés en 2016, les États-Unis se situaient au dernier rang au niveau de la satisfaction parentale avec un écart de 12 % en-dessous du bonheur des non-parents. Les pays scandinaves, à l’exception du Danemark, se retrouvent sans surprise dans le top 5 – là-bas, ce sont les parents qui sont plus heureux que les non-parents --, et c’est étonnamment le Portugal qui mène le bal.

Ce qui expliquerait ces différences pourrait se résumer en un mot : liberté.

Une équipe de chercheurs de l’Université du Texas a analysé l’écart de bonheur des parents au niveau de la liberté dont ils jouissaient dans chaque pays (service de garde abordable, congés payés pour enfant malade, autres outils pour concilier travail et famille, etc.) «Les résultats ont montré que l’écart de bonheur s’expliquait par les différences relatives à ces politiques familiales, explique M. Wiking dans son livre. Dans les pays qui proposent les meilleures protections, la pénalité de bonheur parental disparaît.»

Vous croyez qu’on fait bien au Canada? Pas tant que ça, selon l’Indicateur du mieux-vivre de l’OCDE. Le pays se situe au 21e rang sur 38 au niveau de l’équilibre vie professionnelle-vie privée, derrière des nations comme la Slovénie, l’Estonie, la Russie et même l’Italie et la France. Il y a encore place à l’amélioration.

Il faut dire que trois jours de congé maladie par an, ça fait un peu pitié comparé à l’enviable 60 jours «enfant malade» offert aux parents suédois jusqu’aux 12 ans de l’enfant! (Bon, on en demande peut-être pas tant, mais entre les deux, il y aurait sûrement moyen de trouver un juste milieu.)

Adopter des grands-parents

En attendant que les politiques changent – ce qui peut être très long --, on peut toujours tenter de changer les choses à plus petite échelle. Peut-être vous demandez-vous ce qui fait du Portugal le pays des parents les plus heureux, avec un indice de bonheur supérieur de 8% par rapport aux non-parents? Les grands-parents.

Ce serait dans ce petit coin du monde que ces derniers s’impliqueraient le plus dans la vie de tous les jours des familles. «Quand six adultes au lieu de deux participent activement et endossent la responsabilité d’accompagner les enfants à l’école, de superviser les devoirs, de préparer les repas, d’emmener les enfants au sport ou autres clubs et à prendre en charge d’autres tâches, les parents ont davantage de liberté et de temps libre – et, comme on le voit, un meilleur niveau de bonheur», indique Meik Wiking.

Malheureusement, on n’a pas tous la chance d’avoir des grands-parents portugais; les nôtres sont peut-être décédés, ou encore habitent-ils trop loin pour pouvoir nous donner un coup de main au quotidien.

Le Danemark a pourtant trouvé une solution que j’aime bien : plusieurs villes ont mis sur pied un «système de grands-parents de cœur», dans lequel des personnes âgées se proposent pour devenir grands-parents adoptifs d’une famille choisie. «Un autre avantage, c’est que cela réduit l’isolement des personnes âgées», souligne M. Wiking.

Pourquoi ne ferait-on pas la même chose? «Le bonheur est parfois caché dans l’inconnu», affirmait Victor Hugo.

Marie-Ève Lambert
Coupable!

En famille

Coupable!

CHRONIQUE/ Attablée récemment avec des amis pour le souper de fête d’une des petites, j’ai été confrontée dans mes convictions parentales.

Choquée, ce que j’ai trouvé de mieux à faire a été de m’éloigner de la scène qui venait heurter mes valeurs. « Cette maman est en train d’éduquer sa fille selon ce qu’elle croit être le mieux pour elle, à partir de ce qu’elle sait et de ce qu’on lui a appris », ai-je tenté de me convaincre.

Je tiens à préciser que la petite n’était aucunement en danger, rassurez-vous.

Ça nous arrive tous de ne pas être en accord avec la façon d’agir d’un parent envers son enfant. Mais même si, personnellement, on ferait autrement, on se retient d’intervenir. Et avec raison — à moins que la sécurité du jeune soit mise en danger, comme nous l’ont prouvé de récents événements.

Que sait-on réellement de la réalité de cette famille au quotidien ? De cet enfant ? De ce parent ? De la dynamique entre les deux ? Et, surtout, qui sommes-nous pour nous permettre de nous immiscer dans cette relation ? Le meilleur parent du monde ? Certainement pas. Celui qui sait tout ? Encore moins.

Certainement que ce soir-là, autour du gâteau d’anniversaire, certains parents présents n’étaient pas d’accord avec ma façon de faire avec mes filles, n’ai-je pu m’empêcher de penser. 

Vous êtes condamnés…

Puis, j’ai eu une pensée pour certains commentaires que j’ai vus circuler sur les réseaux sociaux à la suite du drame de la fillette de Granby. « Je n’intervenais pas, mais maintenant, je vais le faire », disaient-ils, en gros, à propos de comportements jugés inadéquats de la part de parents envers leurs enfants.

Si l’intention de base est bonne, je crains que ça ne dérape... 

Des gestes ou des mots un peu brusques, commis ou prononcés pour réprimander un enfant qui réclame du chocolat ou du temps supplémentaire dans les modules de jeux au parc à grands coups de crisettes, ce n’est pas de la maltraitance. C’est de l’éducation !

Entre la discipline positive et la violence, il y a toute une zone dans laquelle chacun peut choisir sa teinte de gris. Ce qui est inacceptable pour l’un peut l’être pour l’autre. « On oublie qu’il n’y a plus qu’une seule façon d’élever un enfant, sinon 1001, comparé à il y a quelques décennies à peine où la société était beaucoup plus homogène », me disait la psychologue Suzanne Vallières, il y a quelques semaines.

Le problème, c’est qu’aujourd’hui « on ne se contente plus d’avoir une opinion. On juge et on condamne », exposait-elle également.

J’ose espérer que ces manifestations sur les réseaux sociaux ont été formulées sur le coup de l’émotion face à la tragédie qui a ébranlé la province entière. Et non qu’elles en seront les contrecoups. Car bientôt, on ne saura plus sur quel pied danser. C’est déjà assez difficile d’être parent en public et de faire face aux multiples jugements venant de tout un chacun. 

Être parent, c’est…

Oui, être parent, c’est aussi ça. C’est faire face, la tête haute, convaincu de sa façon d’agir (même si on ne l’est pas vraiment), aux conflits, aux manifestations de caractère, aux interrogations, aux peurs et aux humeurs de son enfant.

C’est douter, c’est se questionner. C’est essayer de comprendre, c’est faire semblant qu’on gère, malgré tout. C’est assumer dans l’incertitude et c’est faire de son mieux. C’est faire fi de tous les qu’en-dira-t-on. C’est poignant, un point c’est tout. Les non-­parents ne peuvent pas comprendre à quel point n’importe quel enjeu, quand l’émotion entre en jeu, peut se compliquer fois dix.  

Y a toujours quelqu’un, quelque part, qui va te juger, anyway. Peu importe ce que tu fais. Peu importe ta décision ou ta façon de faire, tu es coupable de quelque chose. Trop sévère, trop lousse ; pas assez présent, trop protecteur... Aux yeux des autres, tu feras rarement ce qu’il faut. C’est non seulement culpabilisant, c’est gênant.

Déjà qu’on craint de nuire au bon développement de son enfant, peu importe ce qu’on fait, comme si on pouvait « manquer notre coup », on a peur de dire qu’à certains moments, on ne sait pas. On ne sait pas quoi faire. On ne sait pas comment réagir. On ne sait même pas comment on se sent ou comment on devrait se sentir. Chaque enfant est différent, et il ne naît pas avec un manuel d’instruction.

Être parent s’apprend au jour le jour, toute la vie. À coups d’essais et d’erreurs. La majorité du temps, on fait ce qu’on peut. C’est dans ce rôle le plus difficile, bien souvent, qu’on apprend la vraie résilience, le lâcher-prise. Que ce soit avec les nôtres, ou avec ceux des autres.

Marie-Ève Lambert
Le plus beau des cadeaux

En famille

Le plus beau des cadeaux

CHRONIQUE / « Tu seras mère ma fille. Tu enfanteras dans la douleur, et tu donneras de nombreux enfants à ton mari et à la patrie. Longtemps, être femme, c’était être mère. Et longtemps, le ventre des femmes fut une affaire d’hommes. »

Ces trois petites phrases percutantes servent d’introduction au documentaire Tu seras mère ma fille, écrit et réalisé par Camille Ménager et Bruno Joucla, et présenté sur les ondes de TV5 lundi dernier. Un long métrage de 90 minutes qui ratisse un siècle d’Histoire, de 1918 à 2018, du point de vue de la maternité.

L’avez-vous vu ? Moi oui. Bien que le long métrage soit essentiellement français, il est possible d’y faire des parallèles avec notre histoire québécoise. J’ai donc été tour à tour étonnée, insurgée, dérangée et, surtout, reconnaissante. Reconnaissante d’être aujourd’hui une des héritières de ces pionnières.

Avoir le choix, une chance 

Donner la vie aujourd’hui dans nos sociétés occidentales est une incroyable chance parce que c’est, dans la plupart des cas, un choix. Mais pour des millions de femmes, cela n’a pas été le cas pendant longtemps.

Si l’acte qui mène à une grossesse est une affaire des plus intimes et privées, les naissances ont longtemps été et sont encore, s’il en faut, une affaire publique, « qui pose la question récurrente de la place des femmes et des mères dans la société », y expose-t-on.

« L’histoire des mères est celle d’un combat qui revêt plusieurs formes, qui croise une histoire politique, médicale, sociétale et qui s’imbrique nécessairement dans l’histoire des femmes et de leur émancipation. »

De l’interdiction de l’usage de la contraception à l’avortement passible de la peine de mort, en passant par « le mal salutaire » qu’est la douleur de l’accouchement qu’on refuse de soulager, les pressions pour peupler et, surtout, les mentalités qui réduisaient le rôle des femmes dans la société à des mères pondeuses responsables du foyer, les combats menés pour plus de reconnaissance et de dignité ont été nombreux pour nos mères, grands-mères et arrières-grands-mères.

Mais s’il y a une chose qui m’a surprise plus que tout durant ce rendez-vous d’une heure et demie, c’est d’y apprendre que la fête des Mères tiendrait son origine dans un effort politique pour repeupler la France, affaiblie par deux guerres mondiales. Lancée sans grand succès en 1920, elle est devenue obligatoire en 1941. L’idée était de vouer un culte à la mère pour qu’elle se sente valorisée à l’idée d’avoir de nombreux enfants. Disons que ces supposées racines viennent un peu jouer les trouble-fêtes…

J’ignore si notre fête des Mères québécoise possède les mêmes raisons d’être. Quelques recherches sur Internet m’ont aussi appris que le Mother’s Day américain, instauré en 1907, serait à l’origine de cette journée spéciale. Mais les informations à ce sujet sont partagées.

Quoi qu’il en soit, on sait que l’initiative du Maréchal Pétain n’a pas eu les effets escomptés, et que ce n’est qu’en 1950, grâce à une nouvelle politique familiale incluant allocations familiales, sécurité sociale et assurance maternité que les femmes auront de nouveau envie de faire des enfants. D’où le fameux baby-boom.

Mais c’est surtout dans les décennies qui ont suivi que les progrès se sont faits à la vitesse grand V sur l’échelle de l’Histoire de l’humanité. La contraception a été autorisée, l’avortement a été légalisé. On a trouvé des moyens pour soulager les souffrances de la naissance, et mené une lutte pour l’égalité à l’emploi.

Un héritage précieux, mais fragile

Comme pour les vaccins, qui sont si efficaces qu’il est facile d’oublier pourquoi exactement on nous les administre systématiquement, il est facile aujourd’hui de minimiser l’impact des nombreux combats menés dans les dernières décennies par la gent féminine au niveau de la maternité. Notre confortable réalité actuelle nous semble acquise. Et pourtant… On nous a légué un héritage précieux, mais aussi fragile.

Je ne me décris pas comme fondamentalement féministe. De toute façon, les extrêmes me puent au nez. Mais je trouve qu’il est bon de se rappeler, de temps en temps, et d’autant plus en ce temps de fête des Mères, tout le chemin parcouru par nos ancêtres.

Si aujourd’hui une femme peut être mère, épouse, professionnelle, cadre, citoyenne, et surtout, être humain à part entière, c’est grâce à toutes les mamans, grands-mamans et arrières-grands-mamans qui nous ont précédées.

Alors à vous toutes, du fond du cœur, un énorme MERCI ! Vous nous avez fait le plus beau des cadeaux.

Marie-Ève Lambert
Trop, c’est trop!

Actualités

Trop, c’est trop!

C’était lundi soir, après le souper. Mon chum et moi marchions derrière nos deux petites, qui chevauchaient leur vélo dans un bonheur insouciant. Il me parlait des nouveaux projets à son boulot, mais je dois admettre que j’avais la tête ailleurs. Je regardais nos filles, et je me disais qu’elles étaient quand même chanceuses. Quelques heures plus tôt, cette journée-là, on découvrait qu’une fillette de sept ans avait eu moins de chance à la loterie de la vie, et que, apprendrait-­on le lendemain, plus jamais, elle ne pourrait pédaler à toute allure, comme le faisaient ma six ans et ma trois ans, les yeux remplis de fierté.

Je ne reviendrai pas sur les détails de cette sordide histoire. De toute façon, c’est presque inutile: il n’a été question que de cela dans l’actualité de la dernière semaine.

Mais comme le Québec en entier, j’ai été profondément troublée par le sort réservé à cette enfant qui ne demandait qu’à être aimée. Et je le suis encore. Sidérée, dégoûtée, dévastée, enragée, name it ! Je crois qu’il n’y a pas de mots assez justes dans les circonstances.

Et au-delà de toute la gamme d’émotions que l’horreur suscite, plusieurs questions tournent en boucle dans ma tête.

Trop de questions sans réponse

Comme tout le monde, je me questionne à savoir comment un petit être aussi fragile a pu passer à travers toutes les mailles du système social qu’on s’est construit. Pourquoi personne n’a-t-il rien vu, ou plutôt rien fait ? De concret, je veux dire.

Je m’interroge à savoir comment un parent peut se rendre jusque-là ? Tous ceux qui ont des enfants savent à quel point ils peuvent parfois tester notre patience, nos limites, et notre niveau d’énergie. Je ne pense pas me tromper en affirmant qu’on a tous, un jour ou l’autre, dû aller puiser au très profond de nous pour « se gérer » devant une crise de bacon, un comportement inadéquat ou quoi encore. Mais voilà, la grande majorité des adultes, dans la grosse majorité des circonstances, sont capables de prendre sur eux. Ce doit être l’amour inconditionnel qu’on leur porte qui prend le dessus.

Alors que se passe-t-il dans la tête d’une personne pour qu’elle perde le contrôle au point de faire autant de mal à son enfant ? Et encore là, un accès de colère peut à la limite être davantage compréhensible — bien qu’injustifiable­ — qu’une maltraitance qui perdure plusieurs années.

Je me demande aussi ce qui serait arrivé si ce voisin, qui prétend avoir entendu la petite cogner à sa porte à 2h du matin la nuit précédant le drame, était arrivé à temps pour lui ouvrir. Si les nombreux signalements avaient été écoutés. Si la DPJ était intervenue beaucoup plus tôt.

Mais avec des « si », on peut aller loin. Et le résultat est qu’aujourd’hui, une enfant de sept ans est morte après avoir enduré d’atroces souffrances pendant des années.

Le plus dérangeant

Depuis quelques jours, toutefois, ce qui me dérange le plus dans toute cette affaire, ce sont les nombreux détails du contexte familial dans lequel évoluait l’enfant qu’on nous dévoile au compte-goutte et qui rajoute chaque fois à l’horreur.

Je me questionne à savoir s’ils sont tous d’intérêt public, ou s’ils ne font qu’alimenter notre indignation collective. Jusqu’où est-il nécessaire d’aller pour témoigner des atrocités subies ? Où se situe la limite entre l’information nécessaire et celle qui satisfait la curiosité malsaine dans ce dossier ?

On sait tous que la fillette évoluait dans un milieu toxique. Est-il encore pertinent d’en rajouter ?

Et là, je ne parle pas uniquement des médias traditionnels. Je parle aussi de tout ce qui circule sur les réseaux sociaux. Malgré une ordonnance de non-publication de la cour, les noms de la victime et des présumés bourreaux ont abondamment circulé, tout comme des photos (de la petite sur son lit de mort, vraiment?!) et maintes informations sur tout le contexte familial difficile et l’arbre généalogique tordu. Honnêtement, je ne me rappelle pas d’un autre cas où la justice populaire a fait aussi grand bruit.

Pour ma part, j’ai pratiquement arrêté de m’informer sur le sujet. Ce n’est pas tant, je crois, une écœurantite aiguë, mais une saturation d’horreur de ce qu’est capable d’endurer mon cœur de maman, qui a affreusement mal depuis une semaine.

Je crois — et j’ose espérer — que suffisamment de choses ont été dites sur le sujet et qu’il est temps maintenant de passer à l’action pour qu’une telle situation ne se reproduise plus jamais.

Marie-Ève Lambert
1800$ aux vidanges

EN FAMILLE

1800$ aux vidanges

CHRONIQUE/ Je ne suis pas ce qu’on pourrait appeler une écolo-bio-vegan-zéro-déchet. Pas à l’extrême, du moins. Je dirais que je me situe dans la moyenne niveau conscientisation sociale. Je recycle, je privilégie les produits les plus naturels possible sans leur vouer un culte, j’achète très souvent seconde main et je prône le minimalisme — davantage pour réduire le bordel dans ma maison que pour des motivations anticapitalistes. Mais s’il y a une chose dont j’ai horreur, c’est le gaspillage.

Une psychanalyse pourrait sûrement arriver à la conclusion que ce « traumatisme » tire son origine de mon adolescence, période durant laquelle ma famille issue d’un milieu très modeste a traversé une dure épreuve qui l’a obligée à faire son épicerie dans les restes de ce que lesdites épiceries jetaient aux poubelles. Nourrir quatre ados, quand les deux parents ne travaillent pas, ça coûte cher !

Vous comprendrez qu’après avoir consommé pendant près de deux ans des légumes très moches ou du pain dont il fallait enlever les croûtes un peu trop moisies, une date de péremption est loin de me faire peur.

Comme jeter un aliment me brise autant le cœur que tuer un chaton à mains nues (j’exagère à peine), j’ai développé en cuisine de surprenantes compétences de gestion des stocks, de créativité et d’astuces économiques pour nourrir ma petite famille à moindre coût, même si mon budget aujourd’hui pourrait me permettre de me « lâcher lousse ». Pourquoi payer plus quand on peut faire avec moins ?

Ce n’est ni une corvée, ni un casse-tête, ni un sacrifice. Naturellement, mes réflexes sont devenus des habitudes. Quand je mentionne à certaines personnes le montant de ma facture d’épicerie hebdomadaire, je reçois immanquablement en pleine face des « mais comment tu fais ? ! »

Et moi, je ne peux m’empêcher de me dire : « Mais toi, comment tu fais pour que ça te coûte aussi cher ? Tu dois nourrir ta poubelle en même temps que tes enfants ! »

Gaspillage alimentaire

Et effectivement, on gaspille au niveau mondial le tiers de la nourriture disponible. C’est 1,3 milliard de tonnes d’aliments jetées aux vidanges chaque année, selon l’organisme Jour de la Terre.

Au Canada, c’est environ la moitié de la nourriture produite qui est perdue. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les consommateurs gaspillent davantage que les épiceries et les restaurants. Le ménage moyen jette l’équivalent de 1800 $ par année de nourriture. Faites le calcul : ça fait plusieurs paniers hebdomadaires garrochés directement dans les vidanges (ou le compost). Et pourtant, 80 % des gens considèrent ne pas gaspiller...

C’est à la lueur de cette dernière statistique que je me suis mise à douter. Et si, contrairement à ce que je croyais, je n’étais pas si « efficace » que ça ? Même si mes légumes moches finissent en potages, si mes carcasses de poulet (ou tout autre os) font d’excellentes soupes-repas, si mes pelures d’ananas servent à préparer une garapiña (vive les influences immigrantes !) et même si le lait caillé se transforme en un irrésistible dulce de leche (oui oui !)

Curieuse de découvrir ce que je pourrais faire de plus ou de mieux, je me suis invitée à l’un des ateliers À vos frigos, donnés par Isabelle Aubut de l’organisme Jour de la Terre, mercredi au Musée d’histoire et des communications de Sutton. En général, je me débrouille bien, ai-je pu constater. Mais j’y ai quand même appris quelques nouvelles astuces que je pourrai intégrer petit à petit à ma façon de faire.

Saviez-vous que si vous mettez une pomme dans votre sac de patates, elles se conserveront plus longtemps ? Que les fanes de radis, de betteraves et de carottes font d’excellentes salades ou de savoureux pestos ? Et que le site glouton.ca propose des recettes vide-frigo ? Suffit d’y inscrire les restes d’aliments que vous voulez utiliser.

Mais ce que j’ai surtout constaté, ce jour-là, c’est qu’il n’y a pas qu’une façon de faire, et que même si la mienne va à l’encontre de la manière dont fonctionnent beaucoup de gens, elle me convient, sans que je doive y investir beaucoup de temps, d’efforts et d’argent (trois critères pri-mor-diaux pour moi).

Faire autrement

Je ne crois pas être mieux placée que quiconque pour vous dire comment gérer votre menu, votre frigo et votre budget. Mais le constat est qu’on chiale que nourrir une tribu coûte cher, alors qu’on jette nos choux gras par les fenêtres. 

Ce n’est pas tant ce qu’on mange qui coûte cher, mais ce qu’on ne mange pas. Dans notre société d’abondance, on a oublié qu’il y a mille et une façons de revaloriser les restes de tables, les pelures, et les trucs moches ; de planifier, d’organiser, de conserver les aliments et de les cuisiner. Suffit de trouver celle qui nous convient.

Ce n’est pas se restreindre volontairement, c’est de remettre en question nos habitudes, de penser et de faire autrement. Jusqu’à ce que ça devienne un réflexe. Si on procède petit à petit, ce n’est même pas compliqué, ça se fait tout seul ! Et contrairement à la croyance populaire, ça ne demande pas tant de temps que ça.

Et vous, quels sont vos trucs pour diminuer votre gaspillage alimentaire… et du coup votre facture d’épicerie ?

Marie-Ève Lambert
Ça sert à quoi, un vaccin, déjà?

Actualités

Ça sert à quoi, un vaccin, déjà?

Si vous avez le moindrement suivi un peu l’actualité dans les dernières semaines, vous avez certainement entendu parler de ces éclosions de rougeole dans différentes villes du monde. Dans la foulée, il a aussi été grandement question de la montée de groupes antivaccins, qu’on a montrés du doigt abondamment. Dans les deux cas, le ton était la plupart du temps alarmiste, les deux étant considérés comme des menaces potentielles.

Si la situation mérite d’être surveillée et contrôlée, on aurait intérêt à prendre du recul et à la considérer plus globalement. C’est l’avis de Laurence Monnais, une historienne qui s’est intéressée à l’histoire de la rougeole.

« On a la fâcheuse tendance à ne pas regarder les choses à long terme », déplore celle qui est également professeure titulaire au département d’histoire de l’Université de Montréal et chercheuse à l’Institut de recherche en santé publique au même établissement universitaire. « La rougeole n’a jamais complètement été éliminée. Avant le début de la vaccination, en 1975, il y avait des éclosions tous les ans, entre décembre et mai. Après, ça a rapidement diminué, mais on note une recrudescence des cas tous les quatre ans environ, à intensité variable. Parfois, on compte le nombre de personnes contaminées sur les doigts d’une main, d’autres fois elles sont plusieurs centaines. »

En faisant quelques recherches, on s’aperçoit d’ailleurs qu’en 2015, 725 personnes dans la région de Québec avaient contracté la rougeole, qu’en 2011 elles étaient 159 dans Lanaudière a avoir été infectées et qu’en 2007, 94 cas avaient été recensés en Montérégie et en Estrie, selon l’Agence de la santé publique du Canada.

La dernière grosse vague de contamination au Québec remonte toutefois à 1989, alors que plus de 10 000 personnes avaient été diagnostiquées et 7 en étaient décédées.

« Ce qu’il faut retenir, c’est que globalement, le nombre de cas continue d’être en chute libre, mais avec des pics de recrudescence », souligne Mme Monnais.

Victime de son succès

Beaucoup de bruit pour rien, donc ? Pas nécessairement. « La rougeole est probablement la maladie la plus contagieuse au monde, rappelle l’historienne. Ça prend un taux de vaccination de 97 % pour éviter des éclosions. »

Or, en 2017, ce sont 90 % des enfants de 2 ans qui avaient été vaccinés contre la rougeole, selon l’Enquête sur la couverture vaccinale nationale des enfants de Santé Canada.

Il ne faut toutefois pas croire que tous ceux qui ne l’ont pas été ont des parents anti­vaccins. « Il y a des enfants qui ne peuvent le recevoir parce qu’ils sont allergiques, ou encore immunodéficients », indique la chercheuse.

« Les antivaccins ne représentent qu’environ 2 % de la population, ça demeure très marginal, reprend-elle. Mais comme ils font beaucoup de bruits, qu’ils sont très actifs, surtout sur les médias sociaux, ils laissent croire que le mouvement est plus important qu’il ne l’est en réalité. »

Impossible toutefois de savoir si leurs rangs se gonflent d’année en année. Mais chose certaine, ce noyau d’irréductibles ne changera probablement jamais son fusil d’épaule, donc il ne sert à rien de s’acharner à les sensibiliser, croit l’historienne. « Ceux avec lesquels il faut travailler, ce sont tous ces parents qui se questionnent, qui ont des doutes. » Pour ne pas qu’ils soient « contaminés », sans mauvais jeu de mots, par les antivaccins.

Comme bien d’autres, elle affirme que la vaccination est un peu victime de son succès. Les vaccins sont si efficaces qu’il devient difficile avec le temps de croire qu’ils sont nécessaires. « Avez-vous déjà vu un cas de rougeole ? Moi non plus », illustre-t-elle.

Le spécialiste de renommée internationale en vaccination, virologie et immunologie, Paul A. Offit, partage son opinion dans un reportage de Québec Science paru en 2015. « Dans les années 1920 et 1930, mes parents ont vu la diphtérie se transformer en tueuse d’enfants et la poliomyélite entraîner une paralysie permanente chez nombre de petits. [...] Aujourd’hui, beaucoup de gens n’ont plus peur de ces maladies. Mais c’est parce qu’ils ne les connaissent pas ! Ils n’ont jamais été témoins de leurs conséquences, grâce justement à la vaccination [...]. »

Responsabilité collective

À cela s’ajoute la tendance actuelle à la méfiance envers les sciences, les experts et les autorités, ainsi qu’une autre qui tend à individualiser tout ce qui a trait aux soins de santé plutôt que de les voir comme des responsabilités collectives. « Le vaccin ne protège pas que la personne qui le reçoit, il protège également ses proches, tous ceux qui la côtoient, et en fin de compte, toute la société au grand complet », tient à rappeler Mme Monnais.

Les vaccins sont parmi les produits médicaux les plus fiables, les plus rentables, en terme de coûts financiers comparativement aux bienfaits obtenus, et les plus efficaces. Chaque année, ils évitent, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), deux à trois millions de décès. Pourtant, l’OMS estime que la méfiance envers eux est l’une des 10 principales menaces sanitaires à combattre cette année, car elle risque de remettre en cause certains des progrès obtenus dans la lutte contre des maladies à prévention vaccinale.

Et à ce niveau, il y a un travail énorme à faire au niveau de l’éducation, est d’avis Laurence Monnais. « On l’a un peu prise pour acquis, sans jamais vraiment informer, éduquer. C’est quand la dernière fois que vous avez vu une campagne, autre que pour la grippe ? »

Il serait effectivement temps que les intervenants en santé s’y mettent avant que la situation ne dégénère. Cette semaine serait d’ailleurs une bonne occasion pour faire du bruit puisque c’est la dernière d’avril et que, comme chaque année, on souligne la Semaine nationale de promotion de la vaccination. Dans les circonstances, sauront-ils faire plus de bruit que les antivaccins ?

Marie-Ève Lambert
Des milliards pour bébé

En famille

Des milliards pour bébé

CHRONIQUE/ Je n’ai pas pu m’empêcher de pousser un soupir d’exaspération en découvrant une nouvelle invention japonaise cette semaine. Peut-être l’avez-vous vu passer, vous aussi. Je parle du nouveau kit pour que les papas allaitent leurs bébés…

L’entreprise japonaise Dentsu propose ni plus ni moins qu’une poitrine en plastique munie d’un réservoir et de tétons en silicone. On le remplit du lait maternel, ou encore d’une préparation de lait en poudre, et voilà que papa peut donner le sein comme maman, ce qui supposément l’aide à renforcer le lien entre lui et son enfant.

Marie-Ève Lambert
Les enfants aux commandes

En famille

Les enfants aux commandes

Sur le coup, je ne l’ai pas relevé. Je l’ai noté dans mon calepin, et suis passée à une autre question. Mais en relisant mes notes dans le but d’écrire cette chronique, c’est l’un des principaux points qui piquaient ma curiosité.

Selon l’organisme Oasis Santé mentale Granby et région, que je suis allée rencontrer cette semaine pour jaser du fléau de l’anxiété chez les jeunes, quatre facteurs expliqueraient la hausse fulgurante des cas remarquée depuis plusieurs années : notre société de performance, les réseaux sociaux, les conflits familiaux et le manque d’autorité et d’encadrement.

Les trois premiers n’étaient pas nouveaux pour moi, mais le quatrième retenait mon attention...

J’ai voulu pousser plus loin mes recherches. J’ai tapé trois ou quatre mots dans Google et je suis rapidement tombée sur un article fort intéressant du magazine Châtelaine, publié en 2016 et intitulé Le déclin de l’autorité : pourquoi les parents doivent devenir adultes.

Selon le Dr Leonard Sax, médecin de famille et psychologue américain reconnu pour ses livres sur le développement de l’enfant, le déclin de l’autorité parentale serait en partie responsable non seulement de l’anxiété grandissante de nos jeunes, mais également de l’embonpoint, de la surmédication, du manque d’estime de soi et de respect pour les autres (ou autrement dit, du phénomène de l’intimidation).

Désireux de favoriser le développement de l’enfant de façon réfléchie et respectueuse, les parents d’aujourd’hui n’exigent plus, ils demandent. Au conditionnel. S’il vous plaît. Si cette approche est acceptable pour des choix sans importance comme la couleur d’un chandail, fait valoir le pédopsychologue Gordon Neufeld, cité dans le livre du Dr Sax, elle est plutôt dommageable si elle est utilisée à outrance. « Quand vous consultez vos enfants sur des questions fondamentales du rôle des parents comme l’alimentation, vous les placez en position de contrôle. Ils ne se sentent pas pris en charge et commencent à jouer le rôle alpha. »

Restaurer la hiérarchie

Et il est là, le problème. « Une unité familiale fonctionnelle repose sur un ordre social que la société contemporaine travaille fort à démanteler : la hiérarchie », peut-on encore lire dans le Châtelaine. Si ce n’est pas le parent qui prend le pouvoir, c’est l’enfant, ce qui n’est pas normal.

En outre, en Amérique du Nord, « au fur et à mesure que les adultes perdaient de leur influence sur les enfants, ce sont les autres enfants de leur âge qui en gagnaient », relève Gordon Neufeld, en référence à la hausse des cas d’intimidation. « Les jeunes enfants ne sont pas des êtres rationnels. Une part de leur développement consiste à tester les limites ; les enfants ne peuvent pas compter les uns sur les autres pour se responsabiliser — et ne devraient pas avoir à le faire. »

On sait tous que les jeunes ont besoin d’encadrement, de balises claires, de limites à ne pas dépasser et de consignes à respecter pour bien se développer. 

Selon plusieurs études longitudinales, les enfants qu’on a laissé distinguer seuls le bien du mal risquent davantage d’éprouver des problèmes plus tard. « À la fin de la vingtaine, ils sont plus sujets à l’anxiété ou à la dépression, ont plus de mal à trouver un emploi bien rémunéré, sont en moins bonne santé et sont plus susceptibles d’être alcooliques ou toxicomanes, affirme le Dr Sax. Nous savons maintenant que les enfants de parents autoritaires ont de meilleures perspectives d’avenir, et l’effet est plus important que l’origine, les revenus familiaux ou le quotient intellectuel. »

Avec fermeté et respect

Le retour d’une certaine autorité parentale semble donc impératif dans les circonstances. « Mais les parents ont d’abord un obstacle psychologique à surmonter », selon Andrea Nair, une psychothérapeute qui donne des cours sur l’éducation des enfants en Ontario. « Comment à la fois décider avec fermeté et respecter l’enfant. »

Selon elle, une partie du défi réside dans le fait que les parents d’aujourd’hui veulent faire un sans-faute. « Ils ne veulent pas échouer — à simultanément favoriser le développement de l’enfant et prendre les décisions — ni que leur enfant échoue sur les plans personnel, scolaire et social. »

La pression est donc encore plus forte : ils veulent être des parents parfaits... ce qui augmente leur anxiété ! Qu’ils projettent bien souvent sur leur enfant, bien malgré eux.

À ce sujet, la psychologue Suzanne Vallières implore les parents. « Vous êtes les adultes, c’est à vous de faire vos prises de conscience. Cette pression que vous ressentez, elle n’appartient pas à l’enfant », me disait-elle en entrevue il y a quelques semaines.

Pour reprendre les commandes, que diriez-vous de commencer par ça ?

Marie-Ève Lambert
Princesses et superhéros

En famille

Princesses et superhéros

CHRONIQUE / Quand on a appris le sexe du bébé, il y a un peu moins de deux semaines, mon chum n’a pu s’empêcher d’afficher une pointe de déception. Autant il avait voulu une fille lors de mes deux premières grossesses, autant il aurait aimé avoir un garçon cette fois. « Pour changer la dynamique », qu’il me disait.

La nature en a toutefois voulu autrement, et c’est une troisième petite fille qu’on tiendra dans nos bras dans quelques mois. Je soupçonne mon copain de commencer à se sentir bien seul dans sa gang...

Je l’ai néanmoins trouvé très touchant, il y a quelques jours, lorsqu’il m’a fait part d’une de ses inquiétudes. « Je me demande... comment on va éduquer nos filles à la sexualité ? Pour qu’elles aient assez confiance en elles pour se faire respecter, ne pas accepter tout et n’importe quoi, ni se laisser manipuler, influencer ou embarquer dans des affaires pas possibles ? »

« Je suis un homme, je le sais à quel point on peut être cons des fois... Et j’ai peur pour elles. J’ai peur qu’on leur fasse du mal ou qu’on profite d’elles... »

Peut-être parce qu’elles sont encore au stade préscolaire, j’avoue que je ne m’étais encore jamais posé la question. D’où ma réponse on ne peut plus succincte et évasive : « Euh... on verra en temps et lieu. »

Mais son interrogation a continué de me trotter dans la tête. Et ma réflexion ne m’a apporté aucune réponse, sinon davantage de questions.

Une éducation à la traîne

C’est quoi élever une fille en 2019 ? À l’ère de #MeToo, de Fugueuse, des chirurgies plastiques, des médias sociaux, de l’égalité des sexes et des superwomen ? Est-ce plus difficile qu’éduquer un garçon ?

Il semblerait que non. Ce serait même le contraire, selon le sociologue des genres Sébastien Chauvin­. Dans un article du Devoir, paru en février 2018, il affirme que l’éducation des petits garçons est à la traîne, en comparaison avec celle des filles. « L’éducation à l’égalité de genre s’est d’abord focalisée sur l’empowerment des filles », dit-il. 

Alors qu’on encourage les fillettes à briser les stéréotypes, les petits garçons sont maintenus dans de vieux schémas virils. « On ose toujours moins enfreindre les normes de genre pour un fils, avec la crainte confuse qu’il devienne “efféminé” ou qu’il pratique plus tard une sexualité redoutée [...] Le sexisme vient aussi de la croyance qu’il n’y a pas d’autre façon possible d’être un garçon... », poursuit le spécialiste.

« Nous sommes à présent plus susceptibles de dire à nos filles qu’elles peuvent être tout ce qu’elles veulent — une astronaute et une mère, un garçon manqué et une fille girly. Mais nous ne faisons pas la même chose avec nos fils, [...] on les décourage d’avoir des intérêts qui sont toujours considérés comme féminins », est aussi d’avis Claire Cain Miller, dans un article du New York Times intitulé Comment élever un fils féministe.

« Les coûts de la transgression ne sont pas les mêmes : une fille qui joue au foot se fera moins railler qu’un garçon qui fait de la danse [...] », souligne encore Caroline Dayer, une autre sociologue des genres.

Pourtant, il y aurait tout intérêt à changer les façons de faire et les mentalités. Un exemple ? Selon une étude réalisée par une chercheuse en psychologie de l’Université Brigham Young, en Utah, les garçons qui baignent fortement dans l’imaginaire des princesses Disney se sont révélés plus serviables et soucieux des autres, rapportait le magazine L’Actualité en 2016. « Les princesses de Disney — leur douceur, leur sens du sacrifice — peuvent compenser les superhéros à la masculinité exacerbée dont raffolent bien des gars », peut-on aussi lire dans l’article.

Former les hommes de demain

Il semble donc que les défis parentaux soient encore plus grands du côté masculin que du féminin. Pour aller plus loin, il ne suffit plus d’éduquer les filles « de sorte qu’elles soient suffisamment informées et conscientes pour pouvoir vivre pleinement leur vie sans se laisser intimider ni culpabiliser ». « Cette façon de faire laisse surtout croire que le problème serait les filles, alors qu’elles sont la cible de différentes formes de sexisme », est d’avis Caroline Dayer. Pire, selon la sociologue, elle détournerait de l’enjeu majeur que représente l’éducation des garçons dans les questions d’égalité.

C’est donc aux parents de garçons d’aujourd’hui qu’incombe en premier lieu de former les hommes de demain, ce qui n’est pas une mince tâche. Les pratiques et les croyances commencent à changer, mais les mentalités ont parfois la vie dure.

Je me réjouis d’être la maman de trois petites filles. Bien que tout ne soit pas acquis pour le sexe féminin, j’ai l’impression qu’une partie du chemin a déjà été débroussaillé. Pour poursuivre le travail, j’ai envie d’éduquer mes enfants en leur enseignant à se voir en tant que personne à part entière, non pas comme fille ou garçon. C’est seulement à ce moment-là, selon moi, que l’égalité homme-femme sera possible. Quand la question du sexe ne sera même plus un enjeu, qu’on n’en parlera plus, qu’on ne la verra plus tellement l’humain prendra toute la place.

En attendant, je suis prête à concéder à mon chum un droit de veto sur les « films de filles ». Question de préserver notre belle dynamique familiale... 

Marie-Ève Lambert
Les enfants bonsaïs

Marie-Ève Lambert

Les enfants bonsaïs

CHRONIQUE / L’autre jour, un communiqué est atterri dans ma boîte courriel et a aussitôt capté mon attention. On y annonçait la sortie imminente d’un livre de l’acteur, auteur et conférencier Martin Larocque. Son titre: «Quand t’éduques, éduque!»

Pour être franche, je trouvais le ton un peu autoritaire. Un brin directif, voire quelque peu condescendant. Mais on nous le présentait comme un recueil de réflexions parentales pratiques, un ouvrage décomplexant « sur l’éducation des enfants parce que, dans ce magnifique univers de parents, si vous essayez d’être comme tout le monde et de faire “comme il faut”, vous ne saurez jamais à quel point vous êtes un bon parent ! » Bref, « soyez donc le parent que vous avez envie d’être ! »

Du coup, l’approche m’était moins rébarbative.

En gros, ce petit bouquin d’à peine plus de 100 pages se veut un condensé de toutes les idées qui reviennent le plus souvent dans les conférences que Martin Larocque donne depuis 25 ans sur la parentalité, dérivées de son hypothèse bien séduisante : tous les parents sont compétents, mais ils ne le savent pas tous. Évidemment, cela exclut les cas extrêmes de violence, maltraitance et négligence.

J’ai déjà abordé le sujet sous cet angle dans une précédente chronique (Comment être un bon parent), donc je m’attarderai surtout ici sur un autre point qui m’a fortement interpellée à la lecture de son bouquin et qui a alimenté une réflexion que j’avais entamée, il y a quelques semaines, à la suite d’une discussion entre collègues-mamans.

La loi du moindre effort

Je leur avais demandé leur opinion sur les devoirs après avoir vu passer une pétition pour leur abolition.

Elles étaient pour. Les devoirs, pas leur abolition. Pas tant pour ce que sont les devoirs en tant que tels, mais pour ce qu’ils enseignent à l’enfant par la bande. Ça leur montre à être responsables, organisés, à gérer leur temps et à faire des efforts pour obtenir des résultats, affirmaient-elles toutes deux.

« On dirait qu’on leur en demande de moins en moins, qu’il faut que tout soit facile alors que la vie, c’est pas comme ça ! Il faut qu’ils sachent se débrouiller ! » s’est quelque peu emportée la plus fougueuse des deux.

Je trouvais leur point de vue fort pertinent. Et je l’ai retrouvé dans le livre de Martin Larocque. « Je n’enseigne pas à faire un lit, j’enseigne à être fier », y écrit-il notamment.

« Nous avons cessé, et je ne sais pas pourquoi, d’exiger des choses de nos enfants. C’est un grave problème. Nous créons tranquillement une génération d’enfants qui vivent avec du personnel, des agents, des majordomes, des domestiques... et non des parents », dénonce-t-il, en lançant notamment une flèche à tous ces parents qui portent, à la place de leur enfant, sac à dos, boîte à lunch, et tutti quanti quand ils vont le chercher à l’école. Parce qu’ils ont leur journée dans le corps, tsé. « Même si sa journée a été longue, je vous rappelle que la vôtre aussi ! Vous aussi, vous avez votre journée dans le corps. Et personne ne vous attendait à la sortie de votre travail pour porter votre boîte à lunch... »

« Ce n’est pas un acte d’amour que de faire croire à l’enfant qu’il a du personnel. Ce n’est pas l’aider que de lui donner l’impression qu’aussitôt qu’un chouïa d’effort arrive qu’il y aura toujours quelqu’un pour le délester de sa charge », dit-il encore.

En est-on vraiment rendu là ? À prôner la loi du moindre effort, bien malgré nous ? À leur nuire dans notre désir de leur éviter des tracas, tant on les aaiiiiimmmmeeee, comme le dit Martin Larocque ? Il cite à cet effet l’auteure Julie Lythcott-Haims, qui croit que « trop de parents élèvent leurs enfants comme des bonsaïs. On les chouchoute pour qu’ils aient l’air — trop tôt — d’un résultat final et parfait. »

Le vrai sens du mot « difficile »

Vrai qu’on tente, de nos jours, de nous faire croire que tout est facile et sans effort. Maigrir sans effort, apprendre une langue sans effort, jardiner sans effort, cuisiner sans effort, devenir riche sans effort, réussir sans effort... élever ses enfants sans effort. 

Tout ça est utopique et il est de notre devoir de parents de l’apprendre à nos jeunes le plus tôt possible. Même si ça nous demande plus d’efforts. 

Dans cette ère du tout tout de suite, on semble avoir oublié le vrai sens du mot « difficile », fait remarquer Martin Larocque. 

« En abandonnant le plaisir de l’effort, nous avons diminué les exigences et, de surcroît, les efforts devant les obstacles qui se présentaient à nous. [...] “Difficile” voudrait dire que ce ne sera pas fluide, que je devrai chercher au-delà de ce que je sais présentement et qu’en bout de course, je n’aurai peut-être pas de médaille, de chèque ou de like ! [...] Nous avons collectivement baissé l’échelle de l’effort. Elle se calcule rapidement : Je ne connais pas = Je trouve ça difficile = Je ne fais pas », expose-t-il, alors qu’auparavant, « “difficile” annonçait qu’il fallait se remonter les manches et chercher la solution mariée à l’effort. “Difficile” était l’énergie qu’il fallait pour commencer la journée du bon pied. »

Imaginez seulement combien nos petits trouveront la vie difficile, une fois adultes, s’ils n’ont pas appris tôt à faire des efforts. Oui, ça demande des efforts aux parents de les coacher en ce sens. Mais qui a dit qu’être parent était facile ?

Marie-Ève Lambert
La fameuse charge mentale…

En famille

La fameuse charge mentale…

CHRONIQUE/ On en entend parler de plus en plus. Elle est, à en croire tous, la principale cause de la détresse maternelle aujourd’hui. La charge mentale…

Pourtant, dès qu’on aborde le sujet, on entend des pères monter aux barricades. « Bin voyons, on n’est pas des lâches qui ne font rien dans la maison ! »

On entend aussi des femmes se porter à la défense des hommes : « Il faut arrêter de les stigmatiser ; ce sont bien souvent eux qui réparent les bris dans la maison, font les travaux d’entretien à l’extérieur, et ils participent de plus en plus aux tâches ménagères quotidiennes genre faire la vaisselle, donner le bain aux petits, etc. »

Je donne raison à tout le monde. Seulement, il reste ce fantôme qu’est la charge mentale qui hante le quotidien de bien des mères, au foyer ou non. 

J’ai lu plusieurs articles, chroniques, blogues et « statuts Facebook » sur le sujet. J’ai même jeté un regard sur la fameuse BD qui a pratiquement lancé le débat sur le sujet, il y a plus d’un an. Pourtant, aucun écrit ne parvenait, à mon avis, à décrire exactement la détresse que je pouvais ressentir par moment. À l’instar de bien des femmes.

Jusqu’à ce que ma voisine publie ceci sur son mur : « Cette bouilloire interne que j’ai, je la décris régulièrement à mon mari. Une chance qu’il fait le ménage, le lavage, s’occupe du terrain, de la piscine, va chercher les enfants régulièrement... mon mari en fait des choses, mais nous (les femmes, les mamans), on continue d’y penser, donc on ne règle pas plus le trouble interne. Et pour ceux qui disent qu’il fallait demander... ben si on demande, c’est qu’on a encore dû prévoir, on a encore dû y penser. Au fait, c’est pas toujours de faire la tâche qui dérange, c’est de gérer quand, ou, combien.... comment se fait-il qu’on soit les seules à penser au bon moment pour prendre un rendez-vous chez le dentiste, que c’est l’inscription de soccer, que le plus jeune va manquer de bobettes, qu’il faudra prévoir un budget pour ça et qu’il faut aller le porter à la fête d’ami à telle heure ? Parfois, on a envie de mettre ça à off un peu. »

« C’est exactement ça ! » s’est exclamée une amie quand je lui ai fait un résumé sommaire de ce commentaire. « Mon chum participe, mais il ne planifie rien ! »

Si on le voulait vraiment

Voilà donc le constat. Général, je précise. Il y aura toujours des exceptions à la règle, mais selon ce que je constate dans mon entourage, ce sont les femmes qui gèrent le quotidien. « Au fait, c’est pas toujours de faire la tâche qui dérange, c’est de gérer quand, ou, combien… »

Il n’y aurait pas matière à écrire si celles-ci ne sortaient pas à tout bout de champ pour dénoncer la situation sur les différents « blogues de mères indignes ». Et encore là, depuis le temps, je suis certaine que les choses auraient changé. Si elles l’avaient VRAIMENT voulu.

Je ne peux m’empêcher de penser qu’on est un peu les artisanes de notre propre malheur. Qu’en fait, nous sommes un peu — pas mal — les actrices principales de nos propres drames humains. Et que, malheureusement, nous ne pouvons — ou ne savons — souvent faire autrement.

Je suis persuadée que les choses sont comme elles sont à cause de nous, les femmes. On prend tout en charge d’emblée, et comme il y a rarement suffisamment de place pour deux boss dans une même shop…

Il m’arrive parfois, je l’avoue, lasse, de baisser les bras. De prendre un break de moi-même. D’abdiquer devant mes devoirs parentaux, familiaux et de « responsable du foyer ». Quelques heures, parfois quelques jours. 

Chaque fois, je remets le chapeau en me disant que malgré mon « absence » — je mets le terme entre guillemets parce que je ne suis pas vraiment absente physiquement, juste que je démissionne temporairement de mon poste de « chargée de projets domestiques » ou de « présidente des tâches ménagères » —, la Terre a continué de tourner, la famille a continué d’exister. Pas nécessairement comme je l’aurais voulu, mais ça va. Très bien même. Parfois même mieux que quand je suis aux commandes.

Et encore là, je me demande… si je venais à m’absenter pendant de longues semaines, plusieurs mois ? Dans le fond, je suis certaine que mon chum saurait faire. Saurait gérer. Saurait prévoir. Saurait s’adapter à cette nouvelle situation de nouveau « chargé de famille », sans même qu’on ait à le coacher. C’est juste que quand je suis là, il en a rarement l’occasion. Et il fait comme bien des hommes dans cette situation : il s’efface.

Faire confiance

La question qui tue : sommes-nous vraiment prêtes à déléguer certaines responsabilités ? À accepter que tout ne sera pas nécessairement fait comme on souhaiterait qu’il le soit, ni quand on voudrait qu’il le soit.

Se délester vraiment d’une charge mentale, c’est faire confiance. C’est accepter ce qui vient, sans juger, sans critiquer, sans faire entendre qu’on aurait donc dû, qu’il aurait donc dû. C’est arrêter de penser de manière individualiste pour faire un véritable travail d’équipe.

Ça peut être inconfortable au début, insécurisant même. Mais à long terme, c’est bénéfique pour tout le monde. 

Alors, je demande… Malgré toutes nos critiques, nos « pétages de coche privés ou publics », notre ras-le-bol collectif, notre écœurantite aiguë d’avoir le sentiment de devoir porter à bout de bras le bien-être familial, sommes-nous réellement prêtes à nous délester ne serait-ce que d’une partie de notre charge mentale ?

Marie-Ève Lambert
Entre YouTube et Passe-Partout

En famille

Entre YouTube et Passe-Partout

CHRONIQUE/ À mon grand bonheur, mes filles tripent bin raide sur la nouvelle mouture de Passe-Partout. Mais à mon grand dam, elles lui préfèrent encore YouTube...

Maudit YouTube ! Source de beaucoup trop nombreuses crises lorsqu’on y met un holà et d’innombrables crêpages de chignon entre sœurs pour décider qui choisit la fameuse vidéo à regarder. Avoir su, il y a quelques années, on n’aurait jamais présenté la Chose à mademoiselle la plus grande pour l’aider à patienter dans la salle d’attente du médecin. (Si vous savez lire entre les lignes, comprenez bien ici qu’il s’agit d’un précieux conseil aux futurs parents : RETARDEZ AU MAXIMUM LE MOMENT D’INTRODUIRE LES ZINTERNET DANS LA VIE DE VOS ENFANTS !)

Outre l’alarme sonnée par plusieurs face au trop grand nombre d’heures passées devant les écrans, une autre chose m’indispose. Pour être franche, je ne comprends pas l’intérêt que mes filles trouvent à rerererererererereregarder les aventures de Kalys et Athena, parfois bien insignifiantes, avouons-le. Il faut toutefois croire qu’il y en a un auprès d’un jeune public puisque les deux petites youtubeuses françaises du Studio Bubble Tea ont plus d’un million d’abonnés à leur actif et leur chaîne se situe au deuxième rang des plus populaires auprès des enfants, juste devant Madame Récré.

Si les tests de produits, challenges et drôles de moments de vie des deux sœurettes peuvent encore passer, les vidéos de l’autre me font lever les cheveux sur la tête tellement elles sonnent comme de la publicité. Pour les non-initiés, sachez que la dame déballe sans cesse de nouveaux jouets et s’amuse avec eux en vantant à quel point c’est génial de jouer avec de la pâte à modeler Play-Doh, des poupées Corolle ou encore des œufs Kinder.

Pas de la publicité

Pourtant, il faudrait étudier le cas plus en profondeur, selon l’avocat Joey Zukran, habitué aux actions collectives. Il est notamment derrière le recours collectif contre McDonald et leurs Joyeux Festins. Pour qu’un message soit considéré comme une publicité, il faut qu’il incite une personne à utiliser un produit ou un service. « Il faut pousser à la vente », dit-il.

Or, dans le cas de Madame Récré, Me Zukran n’est « pas si sûr » qu’il s’agit de publicité. Même si n’importe quel enfant voudra lui aussi avoir la bébelle en question présentée sur YouTube. « Il faudrait prouver qu’il y a un but commercial. » « Mais le cas est certainement intéressant et il est vrai que la ligne est très mince », concède-t-il. 

Depuis 40 ans, le Québec interdit la publicité destinée aux moins de 13 ans parce qu’on considère qu’ils ne peuvent faire la distinction, avant l’adolescence, entre information et promotion. Il faut croire qu’elle fonctionne bien en général puisque, de l’avis de Me Zukran, il n’y a jamais eu si peu de publicité faite aux enfants au Québec.

Mais l’ère des réseaux sociaux vient compliquer la tâche de l’Office de protection du consommateur et, pire encore, rendent floues les limites à ne pas franchir, de sorte qu’on se retrouve aujourd’hui avec beaucoup de pubs indirectes, déguisées.

Le pire

Ce n’est cependant pas le pire des réseaux sociaux, comme on a pu le constater à plus d’une reprise cette semaine. Il me semble qu’il ne s’est pas passé une journée sans que n’apparaisse sur mon fil d’actualités Facebook une nouvelle alarmante concernant du contenu web.

« Des vidéos montrant aux enfants comment se suicider sur YouTube » ; « Des publicités retirées de YouTube, accusé de faciliter des agissements pédophiles » ; « Pédophilie : YouTube bannit les commentaires sous les vidéos mettant en vedette des mineurs » ; « Pornographie juvénile : une autre vedette du web arrêtée »...

« C’est dangereux », me confirme un ami informaticien, qui se dit lui aussi bien démuni parfois lorsque vient le temps de protéger ses enfants dans le cyberespace.

Si lui, le Dieu de l’informatique, le superhéros des bogues technologiques, n’arrive pas à arrêter tous les pas fins qui parviennent à déjouer les algorithmes youtubiens, comment moi, simple parent, puis-je y arriver ? D’autant plus que les jeunes en savent généralement beaucoup plus que leurs parents à ce niveau. TikTok, quossé ça ?

Pourtant, un des meilleurs moyens de prévention serait de s’intéresser à ce que nos enfants regardent, ce à quoi ils s’intéressent, disait Christine Thoër, professeure au département de communication sociale et publique de l’UQAM à La Presse en 2017. Pour mieux guider son jeune dans ses choix, le sensibiliser aux dangers, bref l’accompagner dans son éducation technologique, il serait donc préférable de passer par le partage plutôt que les restrictions. Car de toute façon, si c’est bloqué à la maison, ce ne le sera pas nécessairement chez des amis, sur les cellulaires, les tablettes ou autre.

Un avis que partage à 100 % Me Joey Zukran. « Les parents doivent absolument sensibiliser et responsabiliser leurs enfants afin qu’ils comprennent les enjeux de leur utilisation des médias sociaux », dit-il.

Mais tant qu’ils sont tout-petits, pourquoi ne pas les mettre devant Passe-Partout ? C’est tellement plus simple.

Marie-Ève Lambert
Les doués, ces oubliés

En famille

Les doués, ces oubliés

CHRONIQUE/ On a beaucoup parlé des enfants « à problème » dernièrement dans les médias. D’abord avec la sortie des pédiatres sur la surmédicamentation de ceux chez qui on diagnostique (parfois à tort) un TDA/H, puis avec le projet de maternelle 4 ans du gouvernement caquiste afin d’offrir aux jeunes vulnérables une chance de mieux partir dans la vie.

Depuis trois ans, toutefois, une autre problématique éducationnelle fait jaser, bien que moins bruyamment : celle de la douance. Ses conséquences n’en sont pas moins préoccupantes...

Marie-Ève Lambert
Grands-parents 2.0

En famille

Grands-parents 2.0

Vendredi matin, 8 h 30, mon téléphone sonne. « Salut, j’te réveille-tu ? J’vais descendre aujourd’hui faire ton ménage pis ton lavage. »

Elle est drôle, ma mère. Je l’adore. Il y a quinze jours, elle a commencé sa préretraite. Sa fin de semaine est désormais plus longue que sa semaine de travail. « Ça me donnerait plus de temps pour venir te donner un coup de main... », m’a-t-elle aussitôt proposé.

Et moi qui m’étais sentie mal de lui gâcher sa première journée de congé le 31 janvier dernier en lui demandant de prendre soin de ma petite, fiévreuse, pour m’éviter de m’absenter une troisième journée de suite au travail !

C’est pas qu’elle a peur de s’ennuyer. Elle a toujours su s’occuper de 1001 façons — peinture sur bois, piano, lecture, voyages, décoration de gâteaux, cours d’anglais, name it ! C’est sans doute mon coup de fil de la veille qui avait alarmé sa fibre maternelle.

« Je capote ! J’ai l’impression que ma vie ne se résume qu’à une longue routine répétitive constituée de tâches sans fin à réaliser dans un bordel perpétuel ! » m’étais-je lamentée dans un élan sporadique de découragement après m’être laissée submerger par la peur de voir mon quotidien empirer à la naissance d’un troisième bébé dans quelques mois.

Mon cri du cœur n’était aucunement une façon subtile et non assumée de demander de l’aide. Juste... un besoin de chialer, d’évacuer mon désarroi pour ensuite me retrousser les manches et continuer.

Mais une mère étant une mère...

Repousser la mort sociale

Puis, je suis tombée sur un article de l’Observatoire des réalités familiales du Québec (ORFQ) sur l’évolution du rôle des grands-parents des années 1950 à nos jours, et une phrase m’est rentrée dedans. « [En jouant un rôle de pivot dans les relations familiales], les baby-boomers connaissent [...] “un vieillissement socialement productif afin de repousser la mort sociale”, ce sentiment de ne servir à rien que plusieurs personnes âgées disent ressentir. »

 Par « pivot », l’auteur de l’article réfère à l’élément central qui permet le maintien des liens entre les différents membres de la famille, mais également la part de responsabilités que les baby-boomers partagent avec les parents — débordés par le travail, les enfants et les tâches ménagères.

Et c’est, selon l’ORFQ, ce qui a le plus changé en quelques décennies à peine en terme de « grand-parentalité ». Une position que partage Magda Fahrni, historienne qui s’intéresse aux changements qui bousculent les familles du Québec dans un article du Devoir paru en septembre 2018. « Ils [NDLR : les grands-parents d’aujourd’hui] sont en meilleure santé physique et financière que les générations qui les ont précédés, et ont une plus grande espérance de vie. Ce sont des facteurs qui ont une influence sur leur propre vie : ils peuvent — et souhaitent — être actifs pendant plus longtemps. Et, nécessairement, ça se répercute sur celle de leurs enfants et de leurs petits-enfants. »

On est donc bien loin des p’tits vieux qui se berçaient au coin du feu, pépère une pipe à la bouche et mémère faisant aller ses aiguilles à tricoter !

Mais si la majorité des papis et des mamies d’origine canadienne-­française refusent d’être trop souvent assujettis aux obligations de garde et autres formes d’aide — ce qui est beaucoup moins fréquent chez les grands-parents d’autres origines culturelles, rapporte l’ORFQ —, ils adorent le faire par pur plaisir.

Plaisir et affection

Le plaisir est d’ailleurs ce sur quoi leur relation avec leurs petits-­enfants est fondée, remarque-t-on, alors qu’autrefois elles tournaient encore davantage sur l’éducation.

Les « grands-parents gâteau » d’aujourd’hui peuvent en prime développer une relation plus intime avec leurs petits-enfants — beaucoup moins nombreux dans nos familles québécoises contemporaines. « Les relations entre les grands-parents et leurs petits-enfants sont de plus en plus construites autour du jeu. Leur présence brise la routine, soulage le train-train quotidien », fait remarquer Magda Fahrni.

En outre, les « grands-parents 2.0 » jouent un rôle important auprès de leurs petits-enfants en élargissant leur sphère affective. Ça me fait d’ailleurs toujours rire quand je chicane mes filles et qu’après avoir imploré en vain « papa ! », elles se mettent à quémander en pleurant « grand-­maman !». Du coup, ça me rassure aussi de voir le lien d’attachement qui se crée, chose que je n’ai jamais vraiment eue avec mes grands-parents.

Privilège

 Bref, tout ça pour dire… qu’on ne souligne pas assez l’importance des grands-parents dans nos vies. Que chaque génération a autant à apporter à celle qui la suit ou la précède. Et que tous auraient intérêt à collaborer davantage.

En ce qui me concerne, je n’avais jusqu’à tout récemment encore jamais connu l’immense privilège de la disponibilité « grand-parentale », mes deux parents étant encore sur le marché du travail à temps plein et ma belle-famille vivant sous les tropiques.

Maintenant qu’une certaine aide m’est plus facilement accessible, j’espère être en mesure de l’accepter sans en abuser. Ce qui vaut évidemment pour ma mère aussi ! Faudrait pas qu’elle se tue à l’ouvrage en tentant de « repousser sa mort sociale » !

Marie-Ève Lambert
Un savoir qui ne se transmet pas

En famille

Un savoir qui ne se transmet pas

Une publication sur mon mur Facebook a attiré mon attention il y a quelques jours. En gros, on pouvait y lire, photos à l’appui, qu’il était préférable qu’un enfant demeure assis dans un siège d’auto qui fait face vers l’arrière jusqu’à l’âge de deux ans, voire le plus longtemps possible. Parce que selon plusieurs études récentes, les os des tout-petits ne seraient pas prêts à encaisser un impact vers l’avant en cas de collision avant l’âge de quatre ans.

« Ne vous préoccupez pas pour mes jambes, je peux trouver une façon d’être confortable », fait-on dire à un enfant tantôt les jambes en l’air, tantôt « croisées en indien », tantôt placées de chaque côté du siège.

Marie-Ève Lambert
«Je ne sais pas» est une réponse acceptable

En Famille

«Je ne sais pas» est une réponse acceptable

CHRONIQUE / Ma grande de maternelle a reçu ses premiers devoirs. Elle doit — on doit — entre autres préparer une petite présentation orale dans laquelle elle se présente. « Je m’appelle... J’ai 6 ans... J’ai les yeux et les cheveux de telle couleur... Mon mets préféré est telle affaire... Mon jeu favori est... Etc. » Jusque là, rien de bien sorcier.

C’est à la dernière question que l’exercice s’est corsé : « Quand je serai grande, je voudrais être... » Cette fois, les petits points de suspension n’invitaient pas seulement à compléter l’affirmation, ils la complétaient vraiment. Car ma fille m’a regardé avec deux points d’interrogation dans les yeux suivis d’un haussement d’épaules embarrassé.

« Voudrais-tu être médecin ? Professeure ? Policière ? Journaliste comme maman ? » ai-je tenté de l’inspirer. Même réaction.

Remarquez, je la comprends un peu. À son âge, je crois que j’ignorais aussi quel métier je voulais exercer plus tard. En fait, je ne savais même pas que je devrais tôt ou tard choisir un gagne-pain. Pour tout dire, le concept même de devoir travailler pour gagner des sous pour payer plein d’affaires m’était à 99 % étranger — le 1 % qu’il reste, c’est le 10 sous que me donnait parfois ma mère pour me procurer un bonbon à l’épicerie.

Au fil des ans, j’ai ensuite voulu être professeure, magicienne, danseuse de rock‘n’roll, scientifique, astronaute, écrivaine, psychologue, encore professeure, puis... rendue là, je ne savais plus trop. Pour être franche, contrairement à mon plus jeune frère, qui a arrêté son choix de carrière en 5e secondaire sur celui de comptable et qui n’y a jamais dérogé, j’ai connu un parcours d’études postsecondaires un peu erratique, sans plan précis. Je suis devenue journaliste par un (très) heureux concours de circonstances.

Sans projet professionnel clair

Je me souviens encore du poids qui pesait sur mes épaules en 4e secondaire, année où on ne cessait de répéter que nos résultats scolaires allaient déterminer nos possibilités de choix de programme au cégep, puis conséquemment d’entrée à l’université et, pour ainsi dire, si on allait « réussir notre vie » ou échouer lamentablement à « devenir quelqu’un de respectable ». J’avais l’impression d’avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête, et du haut de mes 15 ans d’inexpérience de vie, de ne trop savoir comment réagir.

Pour ajouter à la pression déjà insoutenable, un test « super efficace » pour nous guider dans notre prise de décision avait conclu que je ferais un excellent clown. J’ai perdu foi en l’avenir, et ce fut le début de ma « perte ».

Si on se fie aux statistiques, je suis pourtant loin d’être la seule à m’être retrouvée dans cette situation de doute. Et loin d’être la dernière également. « Entre 50 et 85 % des jeunes arrivent au cégep sans projet professionnel clair », me confirme Louis Cournoyer, professeur en développement de carrière à l’UQAM et coauteur du livre L’ado en mode décision avec la psychologue Lise Lachance.

D’ailleurs, rappelle-t-il, les cégeps ont à l’origine été créés pour explorer davantage les possibilités qui s’offrent à nous. « Malheureusement, avec le temps, on y a ajouté la pression de la fameuse cote R, qui vient brouiller les cartes pour plusieurs », est-il d’avis.

Pourtant, n’en déplaise à bien des parents, l’indécision est loin d’être un problème, enchaîne-t-il. « C’est même une phase importante dans la prise de décision. »

L’influence du parent

Quoi qu’il en soit, il est possible de suivre certaines pistes qui aideront à cheminer. Et le parent a un rôle primordial à jouer dans le processus. Bien que le jeune puisse sembler indifférent, voire agacé par ses conseils, son influence arrive au premier rang dans la prise de cette importante décision, selon plusieurs études. À titre comparatif, l’orienteur se classe au 6e rang.

« Le parent a l’avantage de connaître son enfant depuis longtemps. Ses peurs, ses intérêts, ses forces, ses faiblesses, sa façon de penser et d’agir, etc. », souligne M. Cournoyer.

Toutefois, il a aussi l’inconvénient d’être investi émotionnellement auprès de son adolescent. « Souvent, les parents vont avoir le double discours “fais ce que tu veux, pourvu que ce soit stable et que ça amène une certaine sécurité financière” », indique le spécialiste.

L’orienteur, en revanche, entretient une relation beaucoup plus objective avec l’élève, ce qui rend le rôle des deux « protagonistes » complémentaire.

Il existe aujourd’hui plusieurs outils pour aider les parents à accompagner leur enfant dans son choix de carrière. Mais le plus important à se rappeler, c’est qu’il s’agit du propre projet de l’enfant. Et qu’il n’y a pas de mal à ne pas savoir. « On ne trouve pas une carrière, on la construit », rappelle M. Cournoyer.

Alors à la question « quand je serai grande, je voudrais être... » de ma fille, je considère que « je ne sais pas » est une réponse totalement acceptable. Surtout à 6 ans.

Marie-Ève Lambert
Faire un numéro 3?

En famille

Faire un numéro 3?

CHRONIQUE/ Honnêtement, on y a tous déjà pensé. Le premier, ça allait de soi. Un deuxième, c’était presque incontournable pour bon nombre d’entre nous. Mais un troisième ?

Le cœur dit oui, la tête dit non. On est déjà à bout de souffle et à bout d’économies. Il faudrait changer de voiture, peut-être même déménager. On recommence à peine à dormir et à avoir quelques heures par semaine pour nous… À bien y penser, on n’est pas si malheureux à quatre, on est même bien. Deux adultes, deux enfants, c’est la famille parfaite, non ? Celle standard, du moins.

Ça prend parfois plusieurs années après la naissance du p’tit dernier pour fermer définitivement la porte à la perspective d’un numéro 3. Fermer boutique, c’est un deuil à faire. Un double deuil, même, puisque la décision se prend à deux et que ce n’est pas parce que l’un est prêt à mettre la clé sous la porte que l’autre l’est.

Pour certains, c’est sans équivoque : dès que le second venu se beurre la face de son tout premier gâteau de fête, on se débarrasse vite fait bien fait de tout ce qui pourrait servir à une poupée. Exit le moïse, le siège coquille, les petits pyjamas, les bavoirs et les biberons.

D’autres, plus indécis, entreposeront tout l’attirail, au cas où. Ou simplement par attachement émotif. Un jour viendra où ils se sentiront prêts à se départir de tout ce qui ne sert que trop peu de temps.

Combien pour le bonheur ?

On peut demander tant qu’on veut à Google de répondre à notre place à la question « avoir un troisième enfant ou pas ? » reste que ça demeure une décision bien personnelle.

Pour m’amuser, toutefois, j’ai demandé à mon moteur de recherche ce qu’il en pensait. Et je suis tombée sur un sondage du site parental britannique Bounty.com qui mesurait le niveau de satisfaction des parents selon le nombre et le sexe de leurs enfants.

La meilleure combinaison pour avoir accès au nirvana familial : deux filles. Pourquoi ? Parce qu’elles rechigneraient moins à aider aux tâches ménagères, partageraient davantage entre elles et se confieraient plus volontiers.

Suivent en deuxième et troisième positions respectivement « le petit couple » (un gars et une fille, surtout parce qu’ils se disputeraient moins le choix de jouets), puis deux garçons.

Toujours selon Bounty.com, la pire décision d’un couple pour leur bonheur serait d’avoir quatre enfants. Et s’il opte pour trois, vaudrait mieux pour eux qu’ils soient tous du même sexe, avec une légère préférence pour le féminin.

En résumé, pour rester à un niveau de bonheur parental optimal, il serait préférable d’arrêter après deux.

Quand le destin s’en mêle

Mais parfois, il arrive que ce soit la Nature qui pousse à la prise d’une décision. Je dis parfois, mais selon le département de médecine de l’Université d’Ottawa, on estime qu’au Canada, 40 % des grossesses ne sont pas planifiées. De ce nombre, la moitié sont menées à terme. Il y a donc interruption de l’autre moitié, que ce soit par avortement volontaire ou spontané (communément appelé fausse couche).

De toutes celles qui optent pour l’avortement clinique, 45 % ont déjà des enfants. C’est donc dire qu’elles considèrent avoir donné.

À l’instar de bien des femmes, je considère moi-même avoir donné en décidant d’y aller pour deux. Mais le destin m’a joué un vilain tour, fin novembre, en laissant apparaître deux inattendues petites barres sur mon bâton Première réponse imbibé de pipi. Le choc !

Je n’avais pas particulièrement envie de me remettre aux couches, aux boires de nuit et au portage. Encore moins le goût de me racheter des vêtements de maternité et de me sentir inconfortable dans mon corps pendant neuf mois (désolée, je ne suis pas de celles qui aiment être enceinte). J’avais d’autres projets en tête, j’étais rendue ailleurs.

Mon conjoint s’est rapidement enthousiasmé à l’annonce de ma nouvelle, mais devant mon air grave et paniqué, il m’a assuré qu’il allait respecter ma décision. Lui était willing à y aller pour trois, à condition que je le sois aussi.

J’ai jonglé jour et nuit pendant des semaines entre les deux perspectives. J’ai dressé la liste des pour et des contres, mais elle ne m’était d’aucune aide. J’étais si indécise que j’avais entamé des démarches « des deux bords ». Pour un avortement, et pour un suivi de grossesse.

Un premier rendez-vous pour la première option m’a toutefois confirmé ce que je savais, je crois bien, depuis longtemps : j’allais être incapable de mettre un terme à cette vie qui avait commencé à pousser dans mon ventre. Surtout que je n’avais aucune raison « valable » pour ce faire, mis à part celles bien égoïstes de continuer à voyager et d’avoir du temps pour moi.

« On va s’arranger », que me disait mon conjoint. Et il a fini par me convaincre que l’un n’empêchait pas nécessairement l’autre si on savait comment les conjuguer.

Alors me voilà, à l’aube d’un troisième deuxième trimestre, à encore apprivoiser l’idée que dans six mois, je me retrouverai à nouveau avec un poupon dans les bras. Et même si ça m’effraie encore certains jours, je suis persuadée que j’ai pris la bonne décision, celle que je regretterai le moins à long terme.

Selon ce que recommande le « très scientifique » sondage de Bounty.com, il serait toutefois préférable que ce soit une autre fille si on souhaite maintenir un niveau de bonheur acceptable dans la famille !

Marie-Ève Lambert
Le cerveau immature des ados

EN FAMILLE

Le cerveau immature des ados

Un collègue était préoccupé cette semaine. Il avait des problèmes avec son ado. Pas de gros problèmes, juste des problèmes normaux comme tout parent d’adolescent. Des préoccupations de routine, pour ainsi dire — sans rien amenuiser.

On a jasé pendant de longues minutes, mais je sentais bien que je ne pouvais lui venir en aide. Qu’est-ce que j’y connais, aux adolescents? Ma plus grande vient de souffler ses six bougies il y a à peine 48 heures…

Marie-Ève Lambert
Foutons-nous la paix!

En famille

Foutons-nous la paix!

L’autre soir, je suis tombée par hasard sur l’émission Nombreux et heureux, présentée à Canal Vie. Comme il n’y avait pas grand-chose d’autre d’intéressant à regarder, je me suis stationnée sur cette chaîne.

L’épisode de ce jour-là racontait les défis du quotidien d’un couple ayant décidé d’avoir huit enfants. HUIT ! J’ose même pas imaginer le nombre de brassées de lavage, de vidage et remplissage de lave-vaisselle et, surtout, la facture d’épicerie qui vient avec !

Marie-Ève Lambert
Tuer le père Noël

EN FAMILLE

Tuer le père Noël

CHRONIQUE / Ma mère est entrée avec une question : « Le père Noël, tu crois qu’il fait comment pour apporter des cadeaux à tous les enfants en une seule nuit ? »

J’ai été prise par surprise. Je ne m’étais jamais posé la question. Je croyais au père Noël, un point c’est tout. Je ne m’intéressais pas à toute la logistique de la patente.

« Je ne sais pas », ai-je tout bêtement répondu. Et c’est alors qu’elle a déballé toute la vérité derrière LE mythe par excellence. « OK », fut ma seule réaction. Je n’ai été ni choquée, ni triste ni déçue et encore moins traumatisée. Pour tout dire, je trouve même que tout ça fait une histoire un peu plate à raconter…

Si je vous la raconte quand même, c’est qu’une amie, autour d’un café il y a plusieurs jours, m’a avoué que sa plus grande, qui est présentement en deuxième année, l’a questionnée pendant qu’elle préparait les patates pilées. « Le père Noël, est-ce qu’il existe pour vrai ? »

J’imagine que pour tout parent qui s’évertue à faire croire à ses enfants au sympathique barbu au costume rouge Coca-Cola depuis des années, cette interrogation de « grand » provoque un petit pincement au cœur. Ça souligne la fin d’une époque, celle de la naïveté, de l’innocence, voire d’un peu de magie.

Je trouve néanmoins que ma chum a servi à sa fille une réponse fort pertinente : « Toi, qu’est-ce que tu en penses ? As-tu envie de croire au père Noël ? »

De la pensée magique à la pensée concrète

Effectivement, quand l’enfant commence à émettre des doutes sur l’existence de papa Noël, l’une des méthodes les plus douces pour l’amener tranquillement à en faire son deuil est de lui retourner ses questions, croient plusieurs spécialistes, dont la psychologue Nathalie Parent.

« Jusqu’à l’âge de 7-8 ans, l’enfant est dans la pensée magique, imagine plein de scénarios et s’invente des histoires. Après, il développe la pensée concrète qui lui permet de rassembler des faits pour obtenir une conclusion logique. C’est lorsque l’enfant atteint cet âge qu’il pose beaucoup de questions à ses parents », explique-t-elle sur le site Educatout.

Elles tourneront d’abord autour de faits concrets, tels « Comment le père Noël peut entrer chez nous puisque nous n’avons pas de cheminée ? Comment passe-t-il dans la cheminée avec son gros ventre ? » Retourner la question à l’enfant permet de « susciter son imaginaire et ses fantasmes autour du sujet ».

« Si celui-ci ne donne pas de réponse et que l’adulte ne sait que dire, il peut toujours s’appuyer sur la magie de Noël pour répondre, surtout quand l’enfant est [encore] dans [un] mode de pensée [magique avant 7-8 ans] : “Ça doit être la magie !” ou “Il est magique n’est-ce pas ?” », poursuit-elle.

Viendront ensuite des questions plus élaborées : « Comment fait-il pour distribuer tous les cadeaux aux enfants dans toutes les maisons ? », « Comment peut-il fabriquer tous les jouets ? », « Pourquoi papa n’est jamais présent quand le père Noël arrive ? » « L’enfant cherchera alors à trouver les réponses à ses questions, il aura des doutes mais il voudra continuer d’y croire encore. […] Le processus se fera naturellement car, petit à petit, l’enfant entendra des choses qui vont ébranler ses croyances, mais il gardera ce qu’il sera prêt à prendre et à digérer », dit Mme Parent.

« Par contre, si les questions deviennent trop insistantes et que le jeu de la magie n’est plus drôle, par exemple : “Maman, papa, dites-moi la vérité ! Je sais que le père Noël n’existe pas pour vrai à cause de...”, à ce moment, ça ne sert à rien de continuer à faire semblant puisque l’enfant ne veut plus jouer », ajoute-t-elle.

À ce moment, question de ne pas briser le lien de confiance, il vaut mieux dire toute la vérité. 

Méthode douce

Si vous voulez tout de même préserver un peu de magie, vous pouvez toujours faire comme Charity Hutchinson, cette mère de famille américaine qui a partagé sur son compte Facebook une adorable façon d’expliquer à ses enfants que le père Noël n’existe pas, rapporte-t-on dans le Huffington Post. Elle a proposé à ses enfants, lorsqu’ils ont émis des doutes sur son existence, de devenir père Noël à leur tour. 

« Tu as vraiment grandi cette année, physiquement, mais aussi dans ton cœur. D’ailleurs, ton cœur est si grand que je pense que tu es prêt à devenir un père Noël ! 

Tu t’es probablement rendu compte que la plupart des pères Noël que tu vois sont simplement des gens déguisés. Des copains t’ont peut-être dit que le père Noël n’existe pas. Beaucoup d’enfants disent ça parce qu’ils ne sont pas encore prêts à ÊTRE un père Noël. Toi, si.

Je crois que le moment est venu d’accepter TA première mission de père Noël ! », propose-t-elle. 

L’enfant choisit alors une connaissance, souvent un petit voisin. Sa mission est de découvrir, sans attirer l’attention, ce que l’autre désire, avant de le lui offrir, dans un joli papier cadeau, et sans être vu. Il ne devra jamais révéler qu’il est l’auteur du cadeau, car un père Noël ne fait pas les choses pour qu’on lui dise merci mais par bonté de cœur.

Cute au boutte, n’est-ce pas ?

Marie-Ève Lambert
Ce ne sont pas des caprices

EN FAMILLE

Ce ne sont pas des caprices

Avec l’heure du dodo, l’heure des repas est, pour bien des parents, un véritable cauchemar à traverser quotidiennement. À en écouter plusieurs, leur progéniture ne se nourrirait que de pâté chinois, de grilled cheese, de croquettes de poulet et de biscuits au chocolat. Tout le reste est ouach ! et dégueulasse !

es refus alimentaires ne sont pourtant pas des caprices, avertit d’entrée de jeu Gabrielle Caron, nutritionniste et instigatrice, avec sa collègue Marie-France Lalancette­, du programme Manger c’est sensass destiné aux « petits difficiles ».

« Entre l’âge de 2 et 10 ans, 75 % des enfants souffrent de néophobie alimentaire à un moment ou l’autre et à des degrés divers, dit-elle. Ça se traduit par le refus de manger sans même avoir goûté, trier dans son assiette, recracher, et même vomir si on est forcé de manger. Ils éprouvent de vraies peurs, et il faut accompagner les enfants là-dedans plutôt que de les punir, les menacer ou les forcer à manger. »

Eh oui, ç’a bin l’air que quand on est encore en âge de croire au père Noël, un brocoli peut être aussi épeurant qu’une grosse araignée, et un chou de Bruxelles aussi paniquant qu’un monstre sous le lit.

Mais ce n’est pas une raison suffisante pour baisser les bras devant leur acharnement à éviter certains aliments. Il faut cependant savoir s’y prendre si on ne veut pas entrer dans une lutte de pouvoir à n’en plus finir, indique Mme Caron.

À chacun ses responsabilités

D’abord, elle invite les parents à une auto-évaluation et une introspection pour s’assurer qu’ils ne sont pas à la base du problème. « Plus le parent est anxieux et met de la pression face à l’alimentation de son enfant, plus l’enfant le ressentira et plus ce sera problématique. »

Elle suggère donc aux adultes de se réapproprier ce qui est de leurs responsabilités, et à lâcher prise sur ce qui ne l’est pas. Pour ce faire, elle se base sur l’approche de la psychologue et nutritionniste américaine Ellyn Satter, selon qui le parent et l’enfant forment une équipe quand vient le temps de se mettre à table. « Dans toute équipe, c’est bien de partager des responsabilités, de les respecter, et de ne pas empiéter sur le territoire de l’autre. »

Ainsi, l’adulte est responsable d’établir le menu, l’horaire et le lieu de la prise d’aliments ainsi que du comment se déroule l’heure des repas et collations. « L’enfant, lui, est responsable de ce qu’il mange parmi les aliments présents dans son assiette et en quelle quantité », soutient Mme Caron.

Il n’est donc pas obligé de manger ni même goûter quoi que ce soit, et n’a pas absolument besoin de terminer son assiette pour avoir du dessert. « Le dessert fait partie du repas. Même s’il n’a mangé qu’une seule bouchée de votre couscous aux légumes, il a droit à la portion de dessert que vous avez établie. Mais une portion, pas trois. S’il a encore faim, c’est le plat principal qu’il doit manger. N’hésitez pas à le ressortir. Ou alors il doit attendre à la collation, et encore là, il n’a pas droit à quatre barres tendres parce qu’il n’a pas mangé au dîner. On sert une portion normale. »

Ce faisant, on brise l’association souvent faite entre dessert et récompense ou « aliment extraordinaire ». C’est bien connu : l’interdit attire. « Moins il y a de restrictions, moins un aliment est associé à quelque chose d’extraordinaire sur lequel il faut se garrocher quand on y a droit. Un comportement sain fera qu’on choisira tantôt une pomme, tantôt des biscuits au chocolat. »

Là où il faut faire attention, nuance la nutritionniste, c’est d’imposer des changements trop drastiques. La règle d’or : on ne présente dans l’assiette pas plus d’un seul aliment refusé par l’enfant à la fois. « Il faut aussi veiller à ne pas servir trop de repas ou tous les ingrédients sont mélangés, comme des sautés ou des chilis », ajoute-t-elle. « Pour un enfant, avoir du poulet, du riz et du brocoli séparés, c’est plus rassurant, car il est capable d’identifier chaque aliment et les associer avec un goût distinct. Tandis que si tout est mélangé ensemble, il ne peut faire de liens avec rien et c’est déstabilisant. »

Autres trucs en vrac

Assurez-vous aussi que votre enfant ne cherche pas à combler son besoin d’attention en refusant de manger, indique Mme Caron. « Surtout à l’heure du souper, où tout le monde arrive fatigué de sa journée et un peu bousculé par le temps… Prendre un petit cinq minutes avec l’enfant en lui donnant toute son attention peut complètement changer l’ambiance d’un repas. »

Ou alors vous pouvez aussi, comme elle (elle est maman de deux enfants de 2 et 5 ans), faire prendre le bain aux enfants pendant la préparation du souper. « Ça leur permet de se calmer et d’être plus disponibles pour le repas. »

On peut aussi leur laisser certains choix. « Le refus de manger certaines choses chez les enfants commence bien souvent en même temps que la fameuse phase du “non”. C’est une façon d’affirmer leur besoin d’autonomie. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir que de leur laisser le choix entre deux fruits pour la collation ou deux légumes à l’heure du souper évite la confrontation. »

« On peut aussi les laisser se servir eux-mêmes en amenant tous les plats sur la table, ou encore leur donner le choix de ce qu’ils veulent mettre sur leur pizza, par exemple, tout en donnant des directives : tu dois choisir au moins un légume parmi ceux qui sont là. »

On peut aussi parfois se résigner à d’abord les désensibiliser aux textures et aux odeurs avant même d’espérer qu’ils osent porter une bouchée à leur bouche. Le jeu est d’ailleurs d’une grande aide pour ce faire. « En dehors des repas, on peut par exemple s’adonner à des tests de toucher, de senteurs ou de goûts les yeux bandés, ou encore fabriquer un tableau de défis à relever », donne en exemple la nutritionniste.

Mais la règle numéro un par excellence dans tout ça, rappelle-t-elle, c’est d’avoir du plaisir. « Il faut manger avec son enfant, qui apprend surtout par mimétisme. Il faut que l’enfant voie le moment des repas et des collations comme un moment agréable où on jase, on partage, où il a votre attention positive. »

Sur ce, bon appétit !

Marie-Ève Lambert
Des jouets pas si intelligents

EN FAMILLE

Des jouets pas si intelligents

CHRONIQUE / Comme moi, plusieurs parents auront vu passer cette semaine les résultats préoccupants du rapport de recherche Enfants sous écoute, dévoilé par Option consommateur mardi.

Selon l’organisme voué à la protection des consommateurs, les jouets dits intelligents présenteraient de nombreux risques pour la vie privée et la protection des renseignements personnels. Munis de micros, de caméras, etc., ces gadgets branchés soulèvent de sérieux enjeux liés à la cybersécurité et au partage, voire au piratage, d’informations personnelles.

Plusieurs scandales impliquant quelques-uns d’entre eux ont d’ailleurs éclaté dans les dernières années, et certains évoquent de véritables scénarios de films d’horreur, dont celui entourant la poupée My Friend Cayla, du fabricant Genesis, qui présentait un système de sécurité tellement déficient que des pirates pouvaient réussir à parler avec les enfants à travers le jouet à l’aide d’un simple téléphone !

En 2015, aux États-Unis, la Hello Barbie avait alerté le FBI, qui avait émis un avertissement aux consommateurs pour les prévenir des risques semblables que posaient ces appareils.

Au Canada, cette même année, des pirates avaient pu accéder « aux renseignements personnels de plus de 316 000 enfants canadiens hébergés sur les serveurs de l’entreprise VTech, qui fabrique des tablettes pour enfant », rappelle-t-on en outre dans le rapport d’Option consommateur.

Big Brother is watching our kids !

Marie-Ève Lambert
Parlons de sexualité

En famille

Parlons de sexualité

Comme bien des parents, j’ai reçu cette semaine un courriel de la part de la commission scolaire m’informant du contenu du nouveau cours d’éducation à la sexualité, obligatoire dès cette année pour tous les élèves, du préscolaire à la 5e année du secondaire.

Le message m’a immédiatement ramenée vingt ans en arrière, dans la classe surchauffée du vieux collège où je faisais mon secondaire, en train d’essayer de trouver un sens au cours de FPS (formation personnelle et sociale) que le prof de religion (!) tentait, tant bien que mal, de nous enseigner. Il suffit de l’imaginer rouge comme une tomate, en train d’enfiler un condom à une banane un peu trop mûre devant des adolescents mi-amusés, mi-mal à l’aise pour avoir une bonne idée du souvenir que je garde de cette « éducation à la sexualité ».

Je n’ai donc pas été surprise de voir ce cours être aboli au début des années 2000. Je le suis toutefois de le voir réapparaître dans le cursus scolaire près de vingt ans plus tard. D’autant plus qu’on semble vouloir répéter la même erreur.

Comprenez-moi bien : l’erreur dont je parle n’est pas d’incorporer une éducation à la sexualité à l’école. C’est plutôt la façon dont on le fait. Opinion partagée par la sexologue Josée Ménard.

Pas prise au sérieux

Il est primordial d’accorder une place à l’éducation à la sexualité, me confirme-t-elle, d’entrée de jeu.

Oui, concède-t-elle, c’est aux parents que revient la principale tâche de cette éducation. Il est de leur devoir de se questionner et de définir ce qu’ils veulent transmettre à leurs enfants comme valeurs d’amour, de fidélité, de confiance, etc.

L’éducation à la sexualité dans un contexte scolaire sert davantage à enseigner du « contenu social », explique-t-elle. « Ce que nous, en tant que société, on a défini comme des comportements acceptables ou non. Notre position de société sur l’homosexualité, entre autres, l’avortement, la contraception, les agressions sexuelles, la violence conjugale... »

« Même si un parent est homophobe, par exemple, l’école est là pour enseigner au jeune que socialement parlant, c’est correct d’être gai. »

C’est là que Josée Ménard démontre une certaine réserve par rapport à la nouvelle proposition du ministère de l’Éducation. « Ça prend trois ans d’études universitaires pour avoir le titre de sexologue. Là, encore une fois, on demande à des enseignants déjà débordés par leurs tâches régulières d’ajouter des notions de sexualité à leur programme. Et on leur donne seulement quelques heures de formation sur le sujet pour le faire. Le dossier risque fort d’être malmené », craint-elle.

« Le grand risque, c’est que ces gens-là ne soient pas assez formés pour parler de la sexualité en général, et non de leur sexualité. De leurs propres valeurs à ce niveau », ajoute-t-elle.

Cette tendance à confier « à n’importe qui » l’éducation à la sexualité « démontre clairement qu’on ne prend pas le sujet au sérieux », est-elle d’avis. « Et pourtant, l’éducation à la sexualité, c’est sérieux. Ça sert à prévenir des comportements inacceptables. Ça va plus loin que les aspects biologiques. Ça touche l’humain, le social, l’affectif, le relationnel, le psychologique... »

Le Haut conseil à l’égalité des hommes et des femmes (instance consultative indépendante créée en 2013 en France), en 2016, allait même jusqu’à statuer que « seule une éducation à la sexualité de qualité permettrait d’espérer atteindre une égalité femme-homme. Et d’essayer d’endiguer les violences sexistes et sexuelles. »

Qu’attend-on pour faire entrer des sexologues dans les écoles pour donner cette éducation de qualité ? se demande Mme Ménard. « Est-ce qu’on donne de la crédibilité à un cours de finances dispensé par un professeur de français ? »

D’abord le rôle des parents 

Malgré tout, Josée Ménard est d’avis que le retour de l’éducation à la sexualité dans les écoles est « une méchante belle victoire ».

« Dans les dix, vingt dernières années, on a vu beaucoup de régression en matière de comportements sexuels inadéquats. Avant, la plupart des jeunes filles de quinze ans me disaient, par exemple, qu’elles ne pouvaient pas tomber enceintes parce que le sperme coulait de leur vagin. Qu’il ne restait pas à l’intérieur. Alors que maintenant, elles me demandent plutôt si elles sont obligées de se faire enculer. On remarque beaucoup plus de comportements sexuels pornographiques. »

Elle concède que la démocratisation de l’Internet et l’abondance de nouvelles technologies rendant le contenu explicite facilement accessible puissent avoir joué un rôle. « Mais quand ça va mal, qu’on a des doutes, des questions, des problèmes, vers qui se tourne-t-on en général ? Nos parents. S’ils ne sont pas là, les jeunes vont aller prendre leurs informations ailleurs. Mais s’ils sont présents, à l’écoute, impliqués, ça restera toujours, même à l’adolescence, des personnes d’importance sur qui on peut se fier. »

Le hic, reconnaît-elle, c’est que les jeunes font bien souvent face à des parents qui ne savent pas trop eux-mêmes où ils se positionnent, quelles sont leurs valeurs, ce qu’ils veulent transmettre à leur progéniture et comment. Des parents pour qui le sujet est tabou, angoissant, gênant... Si tel est le cas, la sexologue conseille de ne pas hésiter à consulter afin d’être mieux outillés pour répondre aux besoins de ses enfants.

« Ce n’est pas normal de penser que les jeunes vont découvrir par eux-mêmes. Que l’école, Internet, la société vont leur apprendre tout ça. L’éducation à la sexualité, c’est d’abord et avant tout une tâche parentale. Comme toutes les autres. »

Marie-Ève Lambert
Ballet, patin, gymnastique...

Actualités

Ballet, patin, gymnastique...

CHRONIQUE/ Il paraît qu’en 20 ans, le temps libre des jeunes a diminué en moyenne de 12 h par semaine, ce qui est considérable à cette étape de la vie. Je me félicitais de n’avoir inscrit mes filles à aucun cours durant leurs cinq premières années de vie. L’enfance, c’est fait pour jouer, que je me disais. Elles en avaient déjà bien assez de découvrir le monde et d’en apprendre les rudiments — manger, marcher, grimper, faire dans la toilette, dormir beaucoup, parler, partager leurs jouets, etc.

Avec l’entrée en maternelle de ma plus vieille, la semaine dernière, je me suis toutefois dit que le temps était venu de l’inscrire au fameux cours de ballet qu’elle me réclame depuis qu’elle a vu le film Ballerina, il y a un an. 

« Je veux aussi faire du patin artistique et de la gymnastique », m’a-t-elle rappelé. Elle s’est mis ça en tête après avoir regardé les Jeux olympiques, l’hiver dernier, et l’autre activité, c’est pour faire comme son amie Dahlia.

Je l’avoue, devant tant d’enthousiasme, j’ai considéré le fait d’avoir à débourser quelques centaines de dollars pour tout ça. Puis, je me suis dit : « C’est pas un peu trop ? »

Comme le hasard fait parfois bien les choses, j’ai vu passer cette journée-là sur les réseaux sociaux (je m’excuse, j’en ai oublié la source et la provenance) un court texte qui, en gros, stipulait qu’avant l’âge de six ans, une seule activité parascolaire était recommandée. Maximum.

Plusieurs études rapportent les bienfaits de pratiquer une telle activité. Elles améliorent le rendement académique, diminuent le risque de décrochage scolaire et l’attrait de mauvais comportements, en plus de développer la confiance en soi et de favoriser la socialisation. Bref, elles fournissent un cadre sain pour que le jeune puisse s’épanouir.

Enfants surchargés

Mais trop, c’est comme pas assez. La surcharge vient annuler tous ces avantages. « Les élèves commencent à perdre les bienfaits associés aux activités parascolaires lorsque la participation atteint 20 heures par semaine », affirmait Anne-Sophie Denault, professeur agrégé de psychoéducation à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval dans un article publié dans La Presse.

J’ai sourcillé devant le « 20 heures ». Parce que ça me semblait vraiment beaucoup avant de crier au burn-out. Vingt heures, c’est l’équivalent de quatre heures par jour, du lundi au vendredi. En plus de l’école. Des devoirs. De tout le reste. Je me trouvais presque paresseuse d’avoir envisagé SEULEMENT trois activités. Et pourtant...

En fouillant davantage sur le sujet, je suis aussi tombée sur un rapport du MELS rédigé par Isabelle Gingras, chercheuse à l’Université McGill. Cette dernière suggérait de ne pas mesurer objectivement la surcharge d’activités d’un enfant — ou d’un adolescent —, mais bien de le faire de manière subjective.

Chez les adolescents, surtout. « Le sentiment de surcharge, hautement variable d’un adolescent à l’autre, ne dépend ni du temps consacré à une activité parascolaire ni du nombre d’activités auxquelles il participe », rapportait le quotidien. « Certains adolescents en demandent toujours plus, alors que d’autres préfèrent prendre leur temps et ne pas ressentir qu’ils sont toujours à la course », écrivait Mme Gingras dans son rapport.

Le but premier : s’amuser

J’irais même jusqu’à étendre son affirmation aux parents. Car veux, veux pas, on fait partie de l’équation. On court comme des poules pas de tête toute la semaine et, souvent, le week-end aussi. Peut-être que ça ne nous tente pas nécessairement de nous présenter à l’aréna à 6 h du matin le samedi matin et de passer le reste de la journée à faire la navette entre la piscine, le cours de piano et le club d’échecs. Surtout si notre jeune ne tripe pas tant que ça.

D’ailleurs, il est recommandé d’y aller selon les intérêts des enfants dans le choix de cours pour que l’harmonie règne. Le but premier d’une activité parascolaire, on tend souvent à l’oublier, est de s’amuser et de s’épanouir. Pas de provoquer du stress ou de l’anxiété. Pas d’entrer en compétition.

Et il n’y a pas de mal à prendre un break une fois de temps en temps, rappelle Anne-Sophie Denault. « Au début de l’adolescence, les jeunes sont en recherche d’identité. Une pause peut être une occasion de prendre du recul, un temps de réflexion. Un enfant sportif peut avoir envie d’explorer le théâtre. Ça fait partie du processus normal de l’adolescence d’explorer l’identité », disait-elle notamment à La Presse.

Tout ça pour dire qu’on s’est finalement limité au ballet. Parce que c’était son activité préférée.

Ce qui m’a finalement convaincue de lever la pédale ? Sa fatigue (et son caractère de m*** qui vient avec !) après seulement trois jours d’école. Une activité extra, ç’allait être amplement suffisant pour l’instant.

Marie-Ève Lambert
Une « solution miracle à (presque) tout »

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Une « solution miracle à (presque) tout »

CHRONIQUE/ «Connais-tu ça, la pleine conscience ?» m’a lancé une amie il n’y a pas si longtemps au shower de bébé d’une autre de nos amies. «C’est magique!» avait-elle ajouté du même souffle.

C’est drôle qu’elle m’ait demandé ça, parce que j’ai découvert cette « solution miracle à (presque) tout » il y a plusieurs mois. Vous n’avez qu’à lire un peu sur le sujet pour vous laisser séduire vous aussi.

Marie-Ève Lambert
L’essentiel de la rentrée

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L’essentiel de la rentrée

CHRONIQUE/Dans trois dodos, ma grande entamera sa maternelle. Je m’étais dit que l’occasion était belle d’y dénicher un sujet de chronique — ou plusieurs — sur la fameuse rentrée scolaire. Celle à propos de laquelle les parents d’enfants plus âgés parlent tant, stressent, courent d’un bord et de l’autre, peinent à gérer la routine qui reprend... Mais j’ai beau me creuser la tête, je n’en trouve tout simplement pas.

Je suis zéro inquiète pour ma petite. Zéro inquiète pour moi non plus. Elle est prête, je suis prête. Elle a hâte, j’ai hâte. Rien à dire sur le sujet. Alors, je me trouve ben plate.

Pourtant, ce moment de l’année peut être angoissant pour plusieurs. Enfants et parents. Se fera-t-il des amis ? Sera-t-il intimidé ? Parviendra-t-il à suivre en classe ? Sera-t-il trop tannant ou désobéissant ? Côtoiera-t-il de mauvaises influences ?

Entre les articles scolaires à acheter, les divers paiements à effectuer, les horaires d’autobus à vérifier, les lunchs à préparer, les devoirs à faire, les journées pédagogiques à gérer et les cours de ci ou de ça auxquels il faut les inscrire — et assister —, on a parfois tendance à oublier de s’informer de l’essentiel.

L’ascendant d’un prof

Aller à l’école, ce n’est pas juste le travail de l’enfant ou de l’adolescent. Ce n’est pas non plus qu’acquérir de simples — ou compliquées — notions académiques. C’est socialiser — beaucoup —, c’est se découvrir, c’est exister en dehors du noyau familial en tant qu’individu à part entière. C’est, pour ainsi dire, se former à faire partie de la société.

Et dans ce brouhaha quotidien, il y a un ou des adultes, autres que les parents, qui jouent un rôle d’importance : les profs.

Nous, les parents, on les côtoie peu, voire pratiquement pas. On sait qu’ils sont là. On en entend parfois parler à l’heure du souper, sans plus. Pourtant, ils sont bien souvent la deuxième figure d’autorité d’importance chez l’enfant et l’adolescent. On les leur confie, ni plus ni moins, en moyenne sept ou huit heures par jour. C’est donc dire l’ascendant qu’ils peuvent avoir sur nos jeunes.

Je n’ai, cette semaine, ni statistiques, ni études, ni entrevues avec des spécialistes pour appuyer mes dires. J’ai, par contre, un message du fond du coeur, livré par un certain Yannick Pinel sur les réseaux sociaux et qui fait un tabac depuis sa publication, jeudi, pour vous faire réfléchir sur le rôle plus qu’important des enseignants dans la vie de nos enfants.

Sans détour, l’homme réussit à merveille à remercier, encourager et rendre hommage à tous ceux et celles qui peuvent, parfois sans le savoir, faire la différence dans la vie d’un jeune. Alors, avec sa permission, je vous laisse ici l’intégralité de son propos puisque je n’aurais su mieux dire moi-même. Puissent les différents partis politiques l’entendre en cette période de campagne électorale.


***

« Allô prof... de secondaire !

Dans ta nouvelle classe, comme à chaque année, t’auras quelques kids puckés. Un, deux, trois peut-être. Plus, trop si t’enseignes en milieu défavorisé (MERCI !).

Ils sont dans l’fond, pas en avant.

Je sais que tu sais, mais à la maison, ces gamins reçoivent moins de supervision, d’attention, d’affection... D’AMOUR. On ne croit pas en eux, on ne les tire pas vers le haut, on ne leur enseigne pas comment rêver. Certains se font même dire et répéter qu’ils ne valent rien et ils reçoivent des taloches pour ne pas l’oublier.

À ce stade, t’es pas mal la seule personne qui peut remédier à ça. C’est ben ben d’la pression, je sais. Pis t’es pas assez payé, je sais ça aussi.

Parce que ces jeunes exigeront de ta part plus de temps, plus d’énergie, plus de ressources. Ils te feront bûcher, suer, rager, mais ils comptent sur toi. Le hic, c’est qu’ils ne le savent pas. Alors ne le prends surtout pas personnel s’ils te manquent de respect ou t’envoient promener, c’est un mécanisme de défense.

Paraphrasons Anaïs Barbeau-
Lavalette : ils ne t’aiment pas encore, mais attends-les, ils arrivent.

Toi, tu vois le mur vers lequel ils foncent. Et ce mur, s’ils le frappent de plein fouet, c’est fini pour eux. Le décrochage, la pauvreté, la violence, le crime, la drogue, la prison, la mort. Montre-leur qu’il y a des chemins pour contourner ce sombre mur. Ils ne les connaissent pas. Et parfois, si c’est trop tough, s’il est trop tard, capitonne le mur pour eux. Qu’ils se fassent moins mal. Qu’ils puissent rebondir un peu en s’y pétant la gueule.

Mais si tu arrives à tes fins, tu seras mon héros, mon héroïne. Pis tu seras le ou la leur. T’auras sauvé une vie, une âme. Les médecins, les policiers et les pompiers en sauvent aussi, mais c’pas pareil. C’est mécanique eux. Toi, c’est métaphysique, c’est romantique.

Quand j’entends quelqu’un, quelqu’une parler DU ou de LA prof qui a changé sa vie, qui lui a transmis sa passion, qui a cru en lui, en elle, qui lui a montré la voie, qui lui a donné goût à la littérature, aux sciences, ou simplement à la vie, y’a rien de plus beau. C’est du Riopelle, du Borduas à mes yeux, du Miron, du Desjardins à mes oreilles. Bref, d’la poésie. Émouvante. Inspirante.

Allô prof... de secondaire ! On te dit pas assez à quel point ton rôle est vital. J’pense que c’est le plus vital d’entre tous moi.

Bonne rentrée ! »