La consommation d’alcool, comme toute autre habitude, se décompose en trois parties : le signal, la routine et la récompense.

L’habitude de l’alcool

CHRONIQUE / J’ai fait le Défi 28 jours sans alcool il y a deux ans et j’ai survécu sans trop de souffrance.

Durant un peu moins de cinq semaines, en 2017, je suis devenu ami avec la Bitburger sans alcool et l’eau pétillante à la lime, mais très peu avec le vin désalcoolisé, que j’ai trouvé atroce.

Au rythme où je buvais dans ce temps-là, c’est-à-dire le même qu’aujourd’hui, je me suis sûrement épargné deux ou trois gueules de bois plus ou moins intenses durant le mois.

Le plus dur, je trouve, avait été de refuser les propositions d’enivrement à la fête d’un bon ami. Une bière de micro-brasserie pour commencer? Un verre de rouge pour souper? Un shooter pour le fêté! Ah, non merci, je fais le défi de la Fondation Jean-Lapointe…

Sinon, je me souviens qu’avec ma blonde, qui faisait aussi le défi, on avait réalisé que ce n’était pas si difficile, finalement, de se passer d’alcool.

Qu’en reste-t-il deux ans plus tard? Pas grand-chose. Les vieilles habitudes sont revenues.

Pourtant, depuis l’automne, question de santé et de budget, on s’était donné un mini défi sans alcool. L’objectif était de s’abstenir de boire de l’alcool du lundi au jeudi.

Mon bilan n’est pas reluisant. En général, je persévère jusqu’au mardi.

En savourant une IPA, mercredi passé, j’ai regardé la bouteille et je me suis demandé pourquoi j’y succombais si facilement.

Ce n’est pas une dépendance. Je n’en ai jamais besoin au point d’être incapable de résister. Mais c’est une habitude très ancrée. Et le propre des habitudes, c’est qu’elles se font automatiquement, sans trop qu’on y réfléchisse.

Comment les changer? Dans son fascinant livre Le pouvoir des habitudes, le journaliste Charles Duhigg raconte que, dans les années 90, des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) ont découvert une simple boucle en trois parties au cœur de chaque habitude : le signal, la routine et la récompense.

Le signal est ce qui déclenche votre habitude. Le souper est servi? On se sert un verre de vin rouge. C’est vendredi soir? «Tsst», la fin de semaine peut commencer. Une célébration? On débouche le mousseux et on trinque. Les enfants ont été insupportables? On s’ouvre une bière pour décompresser quand ils sont couchés.

Après le signal, c’est la routine. J’ai un creux au milieu de l’après-midi, je me rends à la machine distributrice et je fais descendre une Kit Kat. Je regarde un film angoissant et je me ronge les ongles. J’attends le bus et je déroule mon fil Facebook.

Et la récompense? C’est la satisfaction d’une envie par la routine. Quand vous faites la vaisselle après le souper, par exemple, vous ne répondez pas à un besoin irrépressible de faire la vaisselle, mais à une envie d’ordre et de propreté.

Pour changer une habitude, suggère Duhigg, il faut identifier ce qui la déclenche et essayer différentes récompenses.

Duhigg donne l’exemple du biscuit. Tous les après-midi, vous allez chercher un biscuit à la cafétéria vers 15h. Mais comme vous essayez de faire attention à votre ligne, vous vous sentez coupable d’avoir englouti cette sublime galette de beurre, de sucre, de farine et de chocolat.

Alors, la semaine suivante, vous essayez une autre récompense. Il est 15h, et au lieu d’aller à la cafétéria, vous jasez avec un collègue. Le jour suivant, vous prenez un café à la place. Et le jour suivant, une pomme. Et le jour suivant, vous allez marcher dehors.

Ce que vous choisissez de faire au lieu d’acheter un biscuit n’est pas si important, explique Duhigg dans l’annexe de son livre. C’est en testant plusieurs hypothèses que vous pourrez mieux déterminer quelle envie motive votre routine. Et trouver un éventuel substitut.

«Avez-vous envie du biscuit lui-même ou d’une pause au travail?, interroge l’auteur. Si c’est le biscuit, est-ce parce que vous avez faim? (Dans ce cas, la pomme devrait aussi bien fonctionner.) Ou est-ce parce que vous voulez que le biscuit fournisse l’énergie nécessaire? (Et le café devrait suffire.) Ou alors, êtes-vous en train de vous promener à la cafétéria comme prétexte pour socialiser, et le biscuit n’est qu’un prétexte commode? (Si tel est le cas, marcher vers le bureau de quelqu’un et bavarder quelques minutes devrait satisfaire l’envie.)»

Avec l’alcool, j’ai réalisé que ce n’était pas tant l’alcool dont j’avais envie, mais souvent de marquer la fin de la journée. La bière sans alcool fait bien le boulot, l’eau minérale aussi, je pourrais aussi essayer les «mocktails».

Mais il faudrait d’abord que j’en achète à l’épicerie, pour en avoir sous la main si un signal me mène sournoisement vers ma routine habituelle.

Avec mes nouveaux alliés non alcoolisés, je devrais être bon pour me rendre jusqu’au jeudi.