À Québec, Elisabeth Simard est l’une des figures de proue du «minimalisme pratique». Sa maison est judicieusement désencombrée.

Le grand désencombrement

CHRONIQUE (2e de 2) / Lundi soir, Elisabeth Simard est allée souper avec une amie. Elle lui a raconté qu’un photographe et un journaliste allaient débarquer chez elle le lendemain pour une chronique sur le minimalisme.

Son amie s’est inquiétée pour elle. «Pourquoi t’es ici? Demain matin, tu vas avoir tes trois enfants. Quand est-ce que tu vas ranger?»

Elisabeth a eu une petite bouffée d’angoisse, mais s’est vite ravisée : «Ben non, ça va me prendre 10 minutes...» Finalement, «je n’ai pas plus rangé que d’habitude». 

Pas étonnant. Sa maison retapée du quartier Saint-Jean-Baptiste — poutres apparentes, murs de briques, escalier sans contremarches sur trois étages — , où elle habite avec son mari et ses trois garçons, est judicieusement désencombrée. 

Il n’y a presque rien sur les surfaces, aucun meuble inutile, pas de magazines ou de jouets éparpillés.

Ce n’est pas le désert non plus. Il y a de jolis cadres sur les murs, des tasses colorées accrochées à une tablette, des plantes dans les cadres de fenêtres, des livres dans un caisson. Mais tout a l’air à sa place, on n’a jamais l’impression d’une surcharge visuelle. Ce n’est pas juste rangé, ça respire. 

La semaine passée, je vous parlais de nos baraques encombrées qui, de plus en plus, débordent dans les mini-entrepôts. Je décrivais cette impression d’étouffement et d’impuissance que plusieurs ressentent face à tout le matériel qu’ils ont accumulé au fil des années. 

Cette semaine, je vous parle d’un antidote qui gagne en popularité au Québec et un peu partout en Occident : le minimalisme. Ce mode de vie, qui pourrait se résumer à posséder moins pour vivre plus, a la cote chez les milléniaux, en particulier, mais aussi chez les plus vieux. 

Avec six millions de messages Instagram avec le hashtag #minimalism, c’est ce qu’on peut appeler une tendance forte. 

À Québec, Elisabeth Simard est l’une des figures de proue de ce style de vie. Elle vient de publier un livre, Vivre simplement, sur le «minimalisme pratique». Elle distille aussi ses conseils et réflexions sur son blogue, Ruban Cassette, à propos d’une foule de sujets comme le désencombrement, bien sûr, mais aussi la bouffe, la lessive, la gestion du temps et des concepts avec des noms anglos comme le monotasking ou le slow parenting

Car le minimalisme, m’explique Elisabeth, ce n’est pas juste d’épurer sa maison. C’est d’engouffrer moins de temps et d’argent dans l’insatisfaction chronique de la consommation, pour en consacrer davantage à ce qui nous importe vraiment dans la vie : passer du temps avec ceux qu’on aime et mener des projets qui nous tiennent à cœur. 

Mais tout ça passe d’abord par un assaut contre le trop-plein de cossins. Une maison typique compte en moyenne 300 000 objets, rapporte Elisabeth dans son livre. Elle surnomme ce fardeau le «boulet invisible», pas tant parce qu’on ne le voit pas, mais parce qu’«on ne se rend pas compte que ça nous pèse». 

Plusieurs études lui donnent raison. L’encombrement augmente notamment le taux de cortisol, l’hormone du stress; rend la concentration plus difficile; et, oui, augmente le temps qu’on passe à faire du ménage. 

Elisabeth a eu son déclic quand elle a eu son premier enfant. La liste des choses qu’elle devait soi-disant se procurer était tellement longue qu’elle avait le vertige. Avec les tas de cadeaux et d’objets usagés qu’elle a reçus, elle avait tout ce qu’il lui «fallait». Mais «j’avais l’impression que toute la journée, je faisais juste déplacer des objets». 

Sa maison est devenue un vaste chantier de désencombrement. Toutes les pièces de la maison y sont passées : la cuisine, le salon, les chambres, les salles de bain; les placards et les tiroirs aussi. Le dépouillement est frappant. Ses trois enfants, entre autres, ont aujourd’hui moins de jouets que lorsque l’aîné était tout seul. 

Le dernier défi d’Elisabeth, au mois de mars, était de s’attaquer au sous-sol. «J’ai rempli des tas de boîtes et elles sont sorties de notre maison, de nos vies. Un grand bonheur», a-t-elle écrit dans sa dernière infolettre. Mais le grand désencombrement n’est pas encore fini. 

Il reste le cabanon.