Christian Maranda à Lac-Beauport, l'automne dernier.

Des nouvelles des humains

CHRONIQUE / Les chroniques racontent souvent des histoires sans fin — celles de gens qu’on attrape au vol, parfois à un tournant de leur vie.

Ce qui se passe après? «Tenez-nous au courant...», m’écrivez-vous souvent. 

Alors voilà, pour le 1er anniversaire du Mag, j’ai replongé dans trois chroniques de la dernière année qui vous ont fait beaucoup réagir, et j’ai pensé vous faire un petit suivi... 

Choisis ton pauvre

Fin 2018, je vous ai relaté l’histoire de Mélanie*, cette mère monoparentale qui s’est fait refuser un panier de Noël parce qu’elle n’était pas assez pauvre. Je m’attendais à de fortes réactions. Ç’a été un déluge. La chronique a été partagée plus de 20 000 fois sur Facebook. Ma boîte courriel a surchauffé pendant une semaine. Plusieurs dizaines de personnes m’ont écrit pour me demander comment ils pouvaient faire parvenir un panier à Mélanie. Certains étaient prêts à m’envoyer un chèque par la poste pour que je le lui transfère. 

Avec toute cette générosité, Mélanie a reçu amplement de dons pour combler les besoins de sa famille. Et à un moment, elle a dit à l’organisme qui a coordonné tout ça : j’en ai suffisamment, donnez au suivant. 

C’est ce que plusieurs ont fait. Les chèques, les vivres, les vêtements ont été remis à d’autres gens qui en avaient besoin ou à autre d’autres organismes. Les bienfaiteurs n’ont pas essayé de se choisir un pauvre. Ils ont donné pour donner, pas pour se flatter l’ego. 

Je vous dis : il y avait de quoi se réconcilier avec l’humanité.

«Pourquoi j’ai survécu et pas eux?»

En novembre, je vous ai raconté l’histoire de Christian Maranda, un ex-militaire de Valcartier qui est mort deux fois après l’explosion d’une bombe près de son véhicule, en Afghanistan. 

Christian a perdu deux de ses frères d’armes dans cette attaque talibane et il a miraculeusement survécu. Après, il a subi plus de 60 opérations chirurgicales et a souffert du syndrome de stress post-traumatique. La dépression s’en est mêlée, la dépendance à l’alcool et aux opiacés aussi. 

Et ensuite? Il a rebondi. Il s’est mis à faire du kayak intensivement, a suivi des cours à l’université, a donné des conférences et des formations, où il n’hésite pas à parler de son histoire. 

Le partage de son récit sur les réseaux sociaux lui a permis de reprendre contact avec «des gars (et leurs mères) que je n’avais pas revus depuis 8-10 ans», m’a-t-il écrit. «Je crois que le dernier pur inconnu à avoir fait le lien entre l’article et moi remonte à deux semaines (dans une clinique de physio que je visitais pour la première fois)». 

Après la publication de la chronique, il a jasé avec d’autres gens qui ne l’ont pas eu facile. «Des fois juste la durée d’un café, d’autres fois sur plusieurs semaines de conversation. Puiser dans mon expérience pour aider les autres : j’aime ça. Ça me fait réaliser à quel point il est important d’en parler — sans cela, nous sommes toutes une bande d’individus seuls qui croient que leurs expériences les isolent des autres». 

En janvier, Christian a amorcé une formation en communication consciente (ou communication non violente) d’une durée d’un an. Il dit que ça l’aide à se comprendre. Christian est trop humble pour accepter le compliment, mais je vais l’écrire pareil : cet homme est une forteresse de résilience. 

Un an sans malbouffe

Début janvier, j’ai promis publiquement au futur moi que je n’allais pas manger de malbouffe pour un an. 

Fini la liqueur, les chips, la pizza, le pain blanc, les pâtisseries, les gâteaux, les biscuits, les frites, les bonbons, la crème glacée — ou n’importe quelle autre «nourriture malsaine en raison de sa faible valeur nutritive et de sa teneur élevée en sucres ou en gras», selon la définition de la malbouffe du Grand dictionnaire terminologique.

Vous avez été nombreux à me demander si je survivais. Deux mois plus tard, je suis content e vous dire que je n’ai pas encore flanché. Souvent, des images de poutine viennent me narguer l’esprit. Aussi, je déteste refuser des desserts quand je me fais inviter. Et je suis très jaloux des croissants que mes filles et ma blonde savourent parfois la fin de semaine. 

Mais en général, je ne souffre pas tant de mes restrictions auto-imposées. Je n’ai jamais mangé autant de noix et de légumes de ma vie. Et j’ai déjà épargné à mon corps une tablée pleine de junk food que j’aurais certainement engouffrée sans trop me poser de questions si j’avais continué à manger comme avant. 

Un lecteur m’a écrit pour me dire que je devrais aussi m’entraîner plusieurs fois par semaine. L’alimentation ne suffit pas, il faut bouger aussi pour être en santé! m’a-t-il souligné. 

Je le savais déjà, mais son conseil m’a donné le petit coup de pied qui me fallait. Dans mon sous-sol, je fais des poids et haltères et des exercices simples comme les bons vieux push-ups, des squats et des burpees. Je m’autorise même à écouter distraitement la télé en même temps. C’est le principe de Netflix en bécyk dont je vous ai parlé dans une autre chronique. Et ça fonctionne très bien pour moi. 

Je réalise aussi tout le pouvoir des engagements publics. Je me sens responsable de tenir ma promesse. Les anglos utiliseraient le mot accountable, qui est plus juste dans ce cas. Bien sûr, j’ai le privilège de pouvoir prendre un engagement dans le journal. Mais ça fonctionne aussi à plus petite échelle. 

En mettant votre famille, amis ou tout votre réseau sur Facebook dans le coup, vous avez beaucoup plus de chances de maintenir vos résolutions. Vous pouvez même préciser des punitions en cas rechute. Exemple : vous promettez de donner 50 $ à un parti politique que vous détestez si vous ne faites pas vos 20 minutes de course trois par semaine. C’est d’ailleurs le principe derrière l’application stickK, qui permet de conclure ce genre de contrat d’engagement. 

Sur ce, je prends un nouvel engagement ici devant vous : je vais pratiquer le ukulélé trois fois par semaine, à raison de vingt minutes par séance, pour les six prochains mois. Sinon, promis, j’envoie un chèque de 50 $ au parti de Donald Trump. 

Et vous?

D’ailleurs, si vous souhaitez aussi prendre un engagement public, écrivez-moi un courriel (mallard@lesoleil.com) avec votre nom, votre ville et votre engagement spécifique. Ex : Marc Allard, Québec. Je m’engage à exercer le ukulélé trois fois par semaine, 20 minutes par séance, pour les six prochains mois. 

Je rassemblerai vos promesses dans une prochaine chronique...

* Comme la dernière fois, le prénom de Mélanie est fictif pour protéger son identité