La proximité physique favorise le développement de l'amitié.

Des amis très proches

CHRONIQUE / C’est votre anniversaire et tous vos amis sont réunis pour trinquer à votre santé. Vous les observez autour de l’îlot de cuisine, un verre de vin à la main, et vous réalisez soudainement à quel point votre bande est disparate.

Il y a des extravertis et des introvertis, des hyperactifs et des pantouflards, des consciencieux et des botcheux, des optimistes et des pessimistes, etc. Ils ont tous des caractères et des attraits différents. Mais quel est le dénominateur commun qui les unit à vous? 

Je vais être plate ici et bousculer un peu votre impression de libre arbitre. Mais ce qui vous unit probablement le plus à tous ces amis, c’est la proximité. 

Au début des années 50, des chercheurs dirigés par Leon Festinger ont mené une étude devenue un classique en psychologie sociale. Ils ont suivi le parcours amical de 260 jeunes militaires mariés alors qu’ils s’établissaient dans une résidence universitaire du Massachusetts Institute of Technology (MIT) après avoir servi dans l’armée. 

Les locataires ont été assignés au hasard dans un immeuble de deux étages au début de l’année scolaire. Les chercheurs ont mesuré la distance entre la porte de chacun des appartements. Puis, ils ont attendu de voir qui deviendrait ami avec qui.

Les étudiants ne sont pas devenus amis au gré de leurs rencontres et de leurs affinités. Non, ils étaient beaucoup plus susceptibles de devenir amis avec ceux qui habitaient à côté de chez eux ou dans le même couloir. Et ils avaient tendance à bouder les gens qui habitaient à un autre étage. 

Les résidents séparés d’à peine 180 pieds ne se liaient jamais d’amitié. Ceux qui habitaient les appartements au bout des corridors étaient moins populaires parce qu’ils croisaient moins de passants. Les seuls étudiants qui devenaient amis avec leurs camarades de l’étage au-dessus étaient ceux qui habitaient près des cages d’escalier. 

À bien y penser, mon parcours amical ressemble un peu à ça aussi. Au primaire, j’étais ami avec mes p’tits voisins et mon meilleur ami était dans ma classe. Au secondaire, ma gang d’amis était mon équipe de volleyball. Au cégep et à l’université, mes amis étaient inscrits dans mon programme. 

Je ne cherchais pas plus loin, en quête des potes parfaits. Je me satisfaisais de ceux qui étaient juste là, à côté de moi.

Plus tard, en déménageant à Québec, je me suis fait plusieurs amis parmi mes collègues au Soleil. Et mon coloc est devenu un des meilleurs amis. Maintenant, la plupart de mes nouveaux amis sont des parents d’enfants qui vont à la même école primaire que mes rejetons. Et parmi eux, les deux gars que je vois le plus souvent habitent à deux pas de chez moi! 

Devant l’implacable force de la proximité, on peut être cynique et se dire qu’on ne choisit pas vraiment ses amis. Ou, au contraire, on peut remercier le hasard de les avoir placés pas loin de chez soi. 

Bien sûr, la personnalité compte aussi pour beaucoup. Si vous ne partagez aucune activité ou intérêt avec votre voisin ou que son tempérament vous pompe l’air, la probabilité qu’une amitié naisse entre vous frise le zéro. Mais s’il y a des affinités, ça devient plus plausible. Et la distance devient un avantage. 

On aime ce qu’on répète; le seul fait d’être en présence d’une autre personne à répétition nous conduit à l’apprécier davantage. C’est un phénomène reconnu en psychologie qui s’appelle «l’effet de familiarité». 

Alors, si vous vous sentez seul, déménagez à un endroit où il y a des gens avec qui vous êtes susceptibles d’avoir des affinités et choisissez un lieu stratégique : un condo qui donne sur une ruelle animée, un appartement près d’une entrée partagée, une maison près d’un parc. Ou inscrivez-vous à une activité qui vous branche et vous donne la possibilité de revoir vos amis potentiels à une fréquence régulière. 

La proximité sera votre alliée.