Le Mag

L’étonnant pouvoir des activités quotidiennes

CHRONIQUE / Rachel Thibeault travaille depuis plus de 30 ans auprès de survivants. En Afrique, en Asie, en Amérique-Latine, au Moyen-Orient, l’ergothérapeute a aidé des victimes de torture, des orphelins du sida et des enfants soldats à rebondir de leurs traumatismes.

La semaine passée, j’ai appelé la professeure de l’Université d’Ottawa pour discuter avec elle de résilience, cette capacité qu’ont les humains à surmonter les chocs. 

Je lui ai parlé à la suite de ma rencontre avec Christian Maranda, cet ex-militaire de Valcartier blessé gravement en Afghanistan dont je vous ai raconté l’histoire la semaine dernière. 

Mais ç’aurait pu être vous, aussi. Ou quelqu’un de votre entourage. Un jour ou l’autre, la plupart des gens vivent un traumatisme : un accident de la route, un désastre naturel, un hold-up, une agression physique ou sexuelle, etc. 

Chez nos voisins américains, près de 90 % des gens ont subi un événement traumatique au cours de leur vie — et ça ne doit pas être si différent ici. Du nombre, environ 9 % développent un trouble de stress post-traumatique. 

Certains ne s’en remettent jamais tout à fait. D’autres finissent par reprendre le dessus, comme Christian Maranda. 

Et vous vous souvenez ce qui l’a aidé à s’en sortir ? 

Le kayak.

Mme Thibeault n’était pas étonnée. Ses expériences dans les zones «vulnérables» et ses recherches sur la résilience se rejoignent sur le rôle crucial des activités quotidiennes dans notre capacité à remonter la pente. 

Ç’a l’air banal, comme ça, des «activités». Et elles ont été longtemps snobées par les psys, qui traditionnellement se sont efforcés d’atténuer les symptômes : l’anxiété, l’hypervigilance, la peur, les flash-back, les pensées envahissantes, l’insomnie. 

Mais ces activités fonctionnent pour la santé mentale de la même manière que les exercices fonctionnent pour la forme physique. 

«Les circuits neuronaux de la résilience se développement un peu comme un muscle», dit Mme Thibeault. 

«Il faut que je me confronte à des résistances répétées et régulières, mais bien calibrées. Il faut sortir de notre zone de confort. Si on reste dans notre cocon, il n’y aura pas de résilience.» 

Mais attention, Rachel Thibeault ne parle pas de n’importe quelle activité. Elle parle d’activités «intentionnelles». Celles qui donnent du sens à notre vie, et pas juste du plaisir. 

Il y en a cinq catégories, que la professeure m’a permis de reprendre ici. 

  1. La centration : des activités qui mettent de l’ordre et/ou du mouvement, souvent vigoureux et répétitif, pour se libérer de la fébrilité (ex : jogger, faire la vaisselle, poids et haltères). 
  2.  La contemplation : des activités qui nous mettent dans un état de pleine présence/conscience du moment présent (méditation, prière, observation tranquille). 
  3. La création : des activités qui comblent notre besoin de beauté, en la créant surtout, mais aussi en l’appréciant (musique, peinture, cuisine).
  4. La contribution : des activités qui nous permettent de redonner, d’être des citoyens productifs et valorisés (travail, bénévolat)
  5. La communion : des activités qui renforcent nos liens d’appartenance, nous relient au «vivant» (ex : repas en famille, sport entre amis). 

Dans une présentation à la faculté de médecine de l’Université Laval, Rachel Thibeault soulignait «l’étonnant pouvoir que nous avons sur notre résilience». 

Une bonne partie (30 à 40 %) dépend de notre génétique, une petite partie (10 %) des circonstances de notre vie (riche ou pauvre, en santé ou non, marié ou divorcé, etc.) et la majeure partie (50 à 60 %) relève des activités intentionnelles qu’on pratique au quotidien. 

Mme Thibeault met toutefois en garde contre les activités qui nous font rester dans notre «bulle narcissique» et ne font que nous gonfler l’ego. 

Elle prescrit plutôt des activités qui nous permettent de vivre en «pleine conscience» du moment présent ou des activités qui mettent nos talents au service d’une cause... plus grande que nous-mêmes.

Le Mag

La révolte contre les écrans

CHRONIQUE/ «C’est quoi, on n’a plus le droit d’avoir du fun?», a dit l’ado à sa mère. «Oui, mais tu peux pas passer ta vie à jouer aux jeux vidéos!»

C’était dans l’aire de restauration des Galeries de la Capitale. En allant porter les plateaux sur notre table, j’ai été témoin de cette petite chicane de famille.

Les parents essayaient d’avoir une conversation avec leur fils. Mais ils ne pouvaient pas rivaliser contre le jeu sur son téléphone. Même sa poutine n’était pas de taille.   

Le père et la mère avaient l’air fâchés. Je les comprends. 

Pour beaucoup de parents, c’est une bataille sans fin contre les écrans. Les enfants pleurent pour avoir le iPad et piquent des crises quand on éteint Netflix; les ados ont de la misère à discuter sans jeter un œil à leur téléphone qui vibre aux 10 secondes ou passent toutes leurs soirées et leurs fins de semaine à gamer.

À l’école secondaire, les enseignants sont contraints de gaspiller une énergie incroyable à surveiller les élèves qui textent en classe. Dans les salles de cours à l’université, des légions d’étudiants déroulent leur fil Facebook sur leur portable pendant que le prof s’échine à expliquer des notions abstraites. 

J’ai déjà écrit dans cette chronique que des scientifiques n’hésitent pas à comparer les écrans à une drogue. La seule différence, disent-ils, c’est qu’ils peuvent entraîner une autre forme d’addiction — l’addiction comportementale, comme le gambling ou la cyberdépendance.  

Cette semaine, j’ai appris que des parents ailleurs dans le monde avaient entamé une révolte contre la mainmise des écrans dans leurs familles. Et cette révolte arrive de l’endroit même où les technologies de l’information sont conçues : la Silicon Valley.  

Dans cette région de la Californie qui abrite Apple, Google, Facebook et une myriade de grandes entreprises internationales et de start-up techno, un sombre consensus régional émerge, rapportait en fin de semaine une correspondante du New York Times à San Francisco.

Le consensus? Que les avantages des écrans comme outil d’apprentissage sont très exagérés, qu’ils freinent le développement des enfants et que les risques de développer une dépendance sont élevés. 

«Sur une échelle entre les bonbons et le crack, c’est plus proche du crack», a déclaré Chris Anderson, ancien rédacteur en chef du magazine techno Wired et maintenant grand patron d’une entreprise de robotique et de drones, à propos des écrans. 

Selon lui, les gens qui ont conçu ces produits et les observateurs de la révolution technologique étaient bien naïfs. «On pensait qu’on pouvait avoir le contrôle», dit-il. «Et c’est au-delà de notre contrôle. Ça atteint directement les centres du plaisir dans le cerveau en développement. Ça va au-delà de notre capacité à comprendre comme simples parents».   

Bref, les ingénieurs qui ont inventé les technologies que vous tenez entre vos mains sont ceux qui s’en méfient le plus. Même les grands patrons ont de moins en moins de gêne à déclarer leur réticence. 

Tim Cook, le pdg d’Apple, conseillerait à son neveu de ne pas joindre les réseaux sociaux; Bill Gates a interdit à ses enfants de posséder un téléphone avant l’adolescence et sa femme, Melinda, aurait souhaité qu’ils attendent encore plus longtemps. Steve Jobs avait lui-même déclaré qu’il ne laisserait pas ses jeunes enfants s’approcher d’un iPad. 

Les travailleurs de Silicon Valley connaissent les codes qu’ils ont programmés pour que vous ne vous vous déconnectiez pas du monde virtuel qu’ils ont créé : les pastilles rouges, les «j’aime» sous vos commentaires, les jeux vidéo en ligne qui déclassent votre personnage si vous arrêtez de jouer ne serait-ce que pour dormir, les nouveaux épisodes de séries qui s’enchaînent automatiquement. 

Parc et jeux de société

Dans la Silicon Valley, les parents sont devenus très stricts. Ils demandent même à leurs gardiennes de cacher tout téléphone, tablette ou ordinateur aux enfants. À la place, elles les amènent au parc et jouent à des jeux de société. 

Une nounou a confié au Times que ce zèle anti-techno lui rappelait une époque ou les enfants se comportaient mieux et savaient jouer dehors. Mais elle trouvait ironique de voir les parents revenir à la maison les yeux fixés à leurs téléphones, alors qu’elle avait dû débrancher la PlayStation. 

Au Québec, la préoccupation des parents pour le temps d’écran de leurs enfants ne se traduit pas de manière aussi radicale que dans la Silicon Valley. Peut-être qu’ils capotent. Et que chez nous, la modération a bien meilleur goût. 

Mais s’ils avaient raison, ces Californiens? Peut-être que les parents devraient restreindre beaucoup plus le temps d’écran de leurs enfants. Et les tenir loin des téléphones, tablettes et ordinateurs, le plus longtemps possible.  

Comme cet ado aux Galeries de la Capitale, beaucoup de jeunes ont du mal à décrocher des écrans. Et cette emprise a un coût important. Imaginez tout ce temps qu’ils ne consacrent pas à des occupations beaucoup plus satisfaisantes à long terme, que ce soit dans les sciences, les affaires, les arts ou le sport.

Je ne dis pas que les enfants devraient abandonner les p’tits comiques le samedi ou certains jeux vidéos qui font travailler leurs méninges. Mais je crois qu’on devrait réduire leur temps d’écran au minimum. Et donner l’exemple, nous, les adultes, en ne dégainant pas notre cellulaire à tout bout de champ.  

Au Québec aussi, on est peut-être mûrs pour notre révolte contre les écrans.

Le Mag

Netflix en bécyk

CHRONIQUE / Un jour de semaine, après avoir coché une interminable liste de tâches au travail et à la maison, vous vous autorisez enfin à relaxer. Le «N» de Netflix est juste là, sur votre écran. Vous cliquez et télégloutonnez jusqu’à minuit.

Entre deux épisodes de votre série préférée, un regret vous traverse l’esprit : merde, j’ai encore négligé de bouger. Trop d’imprévus, pas eu le temps d’aller au gym. Encore. 

Ronan Byrne, un étudiant en génie à l’Institut technologique de Dublin, en Irlande, avait le même problème que vous. À la différence qu’il a inventé une solution : le Cycflix, un vélo stationnaire qui tient Netflix allumé tant que vous pédalez assez vite. 

«Si vous restez trop longtemps au-dessous de la vitesse, Netflix sera suspendu jusqu’à ce que vous repreniez votre vitesse», explique Byrne sur son blogue. 

Imaginez : plus vous visionnez, plus vous êtes en forme! Tapez-vous le nombre d’épisodes que vous voulez en bécyk, mais n’oubliez pas d’aller dormir. 

Bon, peut-être que vous n’avez pas les compétences qui vous permettraient de patenter le Cycflix chez vous, avec les instructions de Byrne. Mais le principe à la base de l’invention vaut le coup de s’en souvenir. Le blogueur James Clear, qui vient de sortir un livre très fouillé sur les habitudes, appelle ça le temptation bundling, qu’on pourrait traduire par le «jumelage de tentations».  

En somme, il s’agit de lier une action que vous avez envie de faire à une action que vous devez faire. Ronan Byrne, par exemple, a lié son désir de regarder Netflix à son défi de s’entraîner, explique Clear dans Atomic Habits (non traduit en français). 

Sans le savoir, je pratiquais moi-même le jumelage depuis un bout de temps. Souvent, j’écoute le podcast de la Soirée est encore jeune en faisant le ménage ou je m’entraîne en écoutant un livre audio. Récemment, je suis allé fermer notre lot au jardin communautaire pour l’hiver, une besogne que je repoussais toujours à plus loin. J’ai adoré ça parce que j’ai pu écouter un cours en ligne en même temps. 

J’adore apprendre, mais je hais les tâches ménagères. Alors j’essaie de combiner les deux : le plaisant et le plate.

Ça ne fonctionne pas toujours très bien. Je mets énormément plus de temps à faire la vaisselle quand je regarde les reprises du Tonight Show de Stephen Colbert.

Quand les deux actions se superposent mal, on peut toutefois les décaler. Par exemple, on regarde son fil Facebook après avoir fait 10 push-ups. Ça peut aussi fonctionner dans l’autre sens : on lit notre magazine préféré une demi-heure avant d’aller au lit pour être sûr de ne pas se coucher trop tard. 

Peu importe la déclinaison que vous adoptez, votre jumelage devrait fonctionner parce qu’il rend séduisantes des tâches qui vous rebutent. Ce n’est pas un Cycflix, mais ça devrait rouler quand même. 

Ils vous aiment plus que vous pensez

CHRONIQUE/ Début octobre, j'ai fait trois heures de route pour aller passer la soirée avec des inconnus.

C'était un samedi. Avec les enfants, j'accompagnais ma blonde à l'anniversaire d'une copine de longue date qui célébrait ses quarante ans.

Un superbe chalet dans Lanaudière, planqué dans la forêt d'automne, sur le bord d'une rivière. En arrivant, mes filles sont descendues au sous-sol rejoindre les autres flos. Dix secondes plus tard, elles jouaient avec leurs nouveaux amigos et on ne les a pas revues de la soirée. 

C'était un peu plus compliqué pour nous, les adultes. On est était entourés d'une bonne vingtaine d'étrangers, venus d'un peu partout au Québec et même de la Floride pour souligner les quatre décennies de la fêtée. 

Toute la soirée, j'ai donc fait du «small talk» avec des inconnus dont je n'avais pas retenu les prénoms. Finalement, j'ai beaucoup jasé et beaucoup ri avec eux. Et je les ai trouvés tous très sympathiques. 

Le lendemain, en conduisant vers Québec, je repensais à la soirée et à aux gens que j'ai connus. C'est là que le DOUTE m'a rattrapé.

Peut-être qu'ils m'ont trouvé emmerdant finalement... Peut-être que j'ai trop posé de questions (déformation professionnelle)... ? Peut-être que j'aurais pas dû célébrer aussi fort quand mon équipe a gagné aux mimes? Finalement, ils ne m'ont peut-être pas aimé... 

C'est comme ça chaque fois que je rencontre des gens. La plupart du temps, je les trouve très aimables. Mais je crains que ce ne soit pas réciproque. 

Cette semaine, j'ai été rassuré d'apprendre que j'étais loin d'être le seul à douter.

Dans une étude publiée en septembre dans la revue scientifique Psychological science, la psychologue sociale Erica J. Boothby, de l'Université Cornell, aux États-Unis, et ses collègues ont constaté que les gens s'inquiètent effectivement beaucoup de mal paraître aux yeux des gens qu'ils rencontrent. 

Mais les chercheurs sont allés plus loin : ils ont voulu voir si c'était vrai. Dans une série de cinq expériences, ils ont demandé à des inconnus de converser. Ensuite, ils ont demandé à chaque interlocuteur : pis, comment penses-tu qu'il t'as trouvé ? Et ils ont vérifié si la perception correspondait à la réalité. 

Leur conclusion ? Les gens vous haïssent bien plus que vous le pensez.

Ben non, c't'une blague! C'est le contraire : les gens que vous venez de rencontrer vous ont sûrement trouvé bien plus sympathique que vous le pensez. 

Voyez ce que les chercheurs écrivent : «Nous avons constaté que suite aux interactions, les personnes sous-estimaient systématiquement à quel point leurs partenaires de conversation les aimaient et appréciaient leur compagnie.»

C'est pareil pour les gars et les filles, peu importe la durée de la conversation. En anglais, les chercheurs ont surnommé ce phénomène le «liking gap», qu'on pourrait traduire machinalement par «fossé d'appréciation». 

Le problème de ce fossé, ce n'est pas tant qu'il existe. C'est que non seulement il nous stresse sur le coup, mais il peut nous empêcher de se faire de nouveaux amis.

Quand on suppose que quelqu'un ne nous aime pas la face, on est moins susceptible de tendre des perches pour développer de nouvelles relations.

Mais la question  reste : pourquoi les gens se déprécient-ils autant lors d'une première rencontre ?

Parce qu'ils ne voient pas les signaux positifs, trop occupés à se demander s'ils trop ci ou pas assez ça. 

«Ils semblent trop attachés à leurs propres préoccupations quant à ce qu’ils devraient dire ou ont dit pour que les autres les aiment», explique Margaret S. Clark, coauteur de l'étude dans une entrevue publiée sur le site de l'Université Yale. 

Il y a aussi une part d'autoprotection là-dedans, poursuit Mme Clark. «Nous sommes pessimistes et nous ne voulons pas présumer que les autres nous aiment avant de savoir si c'est vraiment vrai.»

Vous le savez maintenant : c'est vrai. Les nouveaux venus dans votre vie vous trouvent pas mal plus sympas que vous pensez.

Morale de l'histoire: on devrait être plus optimistes après les becs ou la poignée de main d'au revoir. Le doute peut aller se faire foutre.  

La menace invisible

CHRONIQUE / Si des extraterrestres voulaient envahir la Terre, ils ne débarqueraient pas avec une armée de bonshommes verts et des soucoupes volantes.

Ils ne sont pas niaiseux; ils savent que les Terriens risqueraient de riposter en menant une guerre à la Independance Day.
Non, les extraterrestres seraient plus futés que ça : ils inventeraient une arme de destruction massive trop abstraite pour qu’on s’énerve avec ça : les changements climatiques.
De leur planète, ils s’esclafferaient en décryptant le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Ah oui? Les Terriens devront «modifier rapidement, radicalement et de manière inédite tous les aspects de la société» pour éviter un réchauffement de 1,5 °C?
Hahaha! Ils savent bien que ça n’arrivera pas.
Pourquoi? Parce que le réchauffement climatique a tous les ingrédients psychologiques pour ne pas être pris au sérieux. Ou plutôt, il ne les a pas.
Il y a une douzaine d’années, Daniel Gilbert, professeur au département de psychologie de l’Université Harvard, a écrit un article auquel je reviens chaque fois que je me demande pourquoi les humains font si peu pour contrer une menace potentiellement si dévastatrice.
Le cerveau humain, explique le psychologue social, réagit particulièrement à une menace lorsqu’elle est : A) humaine plutôt qu’inanimée; B) moralement transgressive; C) à court terme plutôt qu’à long terme; et D) soudaine plutôt que progressive.
Bref, les changements climatiques ont tout pour passer sous le radar cérébral. Ils ne sont pas humains comme des terroristes. Ils ne franchissent pas de normes morales comme le viol. Ses pires conséquences sont encore relativement loin, contrairement à la crise du fentanyl, mettons. Et elles se produisent graduellement, sans trop qu’on les remarque, à l’inverse des fluctuations de la météo, par exemple.
«Le cerveau humain est extrêmement sensible aux changements de lumière, de son, de température, de pression, de taille, de poids et de presque tout le reste, écrit Gilbert. Mais si le taux de changement est suffisamment lent, le changement ne sera pas détecté. Si le bourdonnement d’un réfrigérateur augmentait en quelques semaines, l’appareil pourrait chanter en soprano d’ici la fin du mois et personne ne s’en aviserait».
Ça ne veut pas dire que les humains sont incapables de se dresser contre les changements climatiques. L’évolution nous a quand même dotés d’une certaine préoccupation pour le futur. C’est pour ça qu’on pense à mettre de l’argent dans nos REER et qu’on installera bientôt nos pneus d’hiver.
Mais cette innovation de l’esprit n’en est qu’à ses débuts, note Daniel Gilbert. «L’application qui nous permet de réagir aux balles de baseball visibles est ancienne et fiable, mais l’application additionnelle qui nous permet de réagir aux menaces qui se profilent dans un futur invisible est encore en phase de test bêta», écrit-il.
Ce n’est pas rassurant pour l’avenir de l’humanité, je sais. On peut espérer que le rapport du GIEC va entraîner un énorme mouvement social et politique dans le monde. Qu’on va se mettre à consommer beaucoup moins et réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre.
Mais si j’étais un extraterrestre, je dormirais tranquille. 

Nous les humains

La visualisation négative

CHRONIQUE / Tim Ferriss venait de perdre un ami proche, mort du cancer, et sa blonde, qu’il pensait marier, lui a écrit une lettre pour lui dire que c’était fini.

À l’époque, l’auteur de best-­sellers sur la productivité comme La semaine de 4 heures ou La tribu des mentors travaillait 14 heures par jour. Il prenait des stimulants pour tenir le coup et des antidépresseurs pour se calmer et dormir. Des idées noires le hantaient.

Pour comprendre son mal de vivre, il s’est mis à lire frénétiquement. Et il est tombé sur une citation de Sénèque, un des plus célèbres représentants du stoïcisme, une philosophie gréco-romaine qui s’est révélée pour lui un bouclier contre la souffrance.

La citation disait : «Nous souffrons plus souvent de l’imagination que de la réalité». 

Intrigué, Ferriss a lu Sénèque et s’est approprié une ses stratégies pour contrer l’anxiété — la præmeditatio malorum, qui signifie «la préméditation des maux». 

Au moment où tant de gens prônent la «pensée positive», l’idée est assez contre-intuitive. Elle consiste, en gros, à imaginer le pire scénario qui puisse se produire si on fait quelque chose, une sorte de visualisation négative.

Pour Ferriss, la visualisation passe par un crayon et du papier. Sur la première page, on détaille nos peurs, on songe aux conséquences potentielles d’un échec et aux manières de diminuer la probabilité que ça arrive. Sur la deuxième, on imagine les bénéfices qu’on peut tirer d’avoir au moins essayé.

Et, sur la troisième page, on réfléchit à ce que l’auteur appelle le «coût de l’inaction», c’est-à-dire que ça coûte de rester paralysé. Ferriss suggère qu’on se demande : si j’évite les choses qui me font peur, à quoi ressemblera ma vie dans six mois, douze mois, trois ans?

Disons, par exemple, que vous êtes célibataire et qu’un gars ou une fille vous intéresse. Mais que vous êtes terrorisé à l’idée de lui proposer une date

Alors, vous imaginez le pire qui pourrait arriver. Elle ou il pourrait vous dire non? Vous pourriez vous sentir rejeté? Votre estime pourrait en prendre un coup? 

Et même s’il ou elle a dit non, se pourrait-il que vous réalisiez que ce n’était pas si pire, finalement? Que vous avez réuni le courage de lui demander. Que ce sera plus facile la prochaine fois?  

En revanche, que se passera-t-il si vous ne faites rien? Vous pourriez passer à côté d’une future blonde ou d’un futur chum? 

Ferriss va jusqu’à attribuer une note de 1 à 10 aux conséquences d’un échec ou aux bénéfices d’une réussite, selon l’impact qu’ils auront dans sa vie. OK, s’il ou elle refuse d’aller prendre un café? Mettons 3 sur 10 — ça fait mal, quand même. S’il ou elle accepte et que ça fonctionne entre vous deux? Un bon 8 sur 10. 

Quand on compare les deux scores, les gains potentiels dépassent clairement les pertes. Le cœur comblé supplante l’ego cabossé. 

«Les êtres humains sont doués pour considérer ce qui pourrait aller mal quand ils font une chose nouvelle, dit Ferris dans une présentation Ted Talk. [...] Nous ne considérons pas souvent l’horrible coût du statu quo, de ne rien changer.» 

C’est une manière très rationnelle de voir des enjeux émotionnels. Mais c’est une des idées fortes du stoïcisme : se détacher de la peur par la raison.

Ferriss est aujourd’hui un auteur à succès et il est aux commandes d’une des baladodiffusions les plus populaires au monde dans le domaine des affaires sur iTunes. Il est aussi bipolaire et a fait plusieurs dépressions au cours de sa vie.

Dans sa présentation sur Ted Talk, il explique que le stoïcisme et l’exercice du pire scénario lui ont permis de ne pas rester paralysé par ses peurs. C’est son «filet de sécurité le plus fiable contre la chute libre émotionnelle», dit-il. 

La visualisation négative est une étrange technique, c’est vrai. Mais au pire, ça ne coûte pas grand-chose d’essayer...  

Chroniques

La compétence faciale

CHRONIQUE / Le 26 septembre 1960, John F. Kennedy a affronté Richard Nixon lors du premier débat présidentiel télévisé aux États-Unis.

Kennedy était bronzé et reposé. Nixon était pâle et fatigué à la suite d’une récente hospitalisation.

Le premier avait l’air calme et confiant; le second malade et en sueur. 

À l’époque, de nombreux électeurs écoutaient encore le débat à la radio, mais la télé la surpassait déjà.

Les téléspectateurs disaient que Kennedy avait gagné le débat. Mais surprise: la grande majorité de ceux qui l’avaient écouté à la radio disaient que Nixon l’avait emporté. 

Est-ce que les apparences comptent en politique? C’est une bonne question à se poser, je trouve, en cette période de campagne électorale québécoise.

Aux dernières nouvelles, on est censé voter selon nos convictions. Quand vous écoutez les débats entre Philippe Couillard, Jean-François Lisée, François Legault et Manon Massé, ce qu’ils disent est supposé avoir beaucoup plus de poids que ce dont ils ont l’air, non?

Bon, vous êtes peut-être prêts à avouer que l’apparence joue un rôle mineur. Vous devriez peut-être vous méfier davantage de vous-mêmes. 

Une série d’expériences fascinantes en psychologie politique a montré qu’un facteur compte plus que tous les autres lorsque vient le temps d’élire un candidat: l’«apparence de compétence». 

Non, ça n’a pas grand-chose à voir avec la beauté physique, mais tout à voir avec la perception qu’un candidat est qualifié et capable de faire le boulot. 

Et ce qui est particulier, c’est que les gens peuvent se former une opinion de la compétence d’un candidat seulement en voyant son visage — il n’a même pas besoin de parler. Appelons ça la compétence faciale.  

Il y a une dizaine d’années, le professeur de psychologie Alexander Todorov, de l’Université Princeton, a demandé à un millier d’étudiants de donner leur avis sur une série de candidats à une centaine d’élections sénatoriales américaines en se basant uniquement sur leurs photos.

Pour chaque paire de visages inconnus, les étudiants devaient répondre à des questions comme: «qui a l’air le plus honnête?», «à qui feriez-vous le plus confiance?», «qui est le plus compétent?» 

Plus que l’honnêteté ou la confiance, la perception de compétence permettait de prédire le résultat des élections. Ainsi, les candidats qui avaient l’air les plus compétents remportaient la course dans 70 % des cas. 

L’étude de Todorov a aussi été reproduite dans plusieurs pays: Brésil, Bulgarie, Danemark, Finlande, France, Italie, Japon, Mexique et Royaume-Uni. Plus étonnant encore: des enfants suisses ont réussi à prédire les résultats d’élections françaises juste en se basant sur des visages. 

Ces résultats démontrent tout le pouvoir des premières impressions. Imaginez : avant de décider quel politicien avait l’air le plus compétent, les répondants voyaient les paires de photos pendant moins d’une seconde et parfois aussi peu que 100 millisecondes. 

Dans son livre Face Value: The Irresistible Influence of First Impressions (non traduit en français), Alexander Todorov explique que les électeurs indécis ou peu informés sont plus susceptibles de se laisser influencer par leurs premières impressions et de chercher à les confirmer avec des faits aléatoires. 

Chez les hommes, les visages plus masculins, plus étroits, avec un menton plus proéminent et un nez plus large, apparaissaient plus dominants. Et les visages «dominants» donnaient la plus forte impression de compétence.

Mais est-ce une illusion? Oui. La science n’a montré aucun lien entre certains traits du visage et la compétence. 

Vrai, «les politiciens qui ont l’air compétents sont plus susceptibles de gagner les élections», affirme Todorov. Mais une impression n’est pas la réalité. 

Alors attention aux pancartes électorales, elles pourraient vous influencer plus que vous pensez.

Marc Allard

Ikigai: l’art japonais de vivre vieux et heureux

CHRONIQUE / Je cherchais à en savoir plus sur l’ikigai, présenté comme le «secret» japonais pour vivre longtemps et heureux. Alors, j’ai appelé dans un restaurant de sushis.

Je suis tombé sur la douce voix de Tatsuko Miyanagi, serveuse au Hosaka Ya, à Limoilou. Je pensais que l’ikigai était un mot mineur au Japon, le genre qu’on lance quand tout va bien, une sorte de «tiguidou» du soleil levant. J’ai demandé à Tatsuko ce qu’elle en pensait. 

Elle m’a dit qu’au contraire, c’est un mot chargé d’une signification existentielle. Ikigai veut dire «raison d’être» ou «raison de vivre». Plusieurs Japonais pensent que chacun est né pour accomplir un destin particulier, et qu’il faut le trouver et le suivre pour bien vivre sa vie. 

Bon, ce n’est quand même pas un sujet de conversation quotidien, nuance Tatsuko. À Kyoto, d’où elle vient, les gens ne se demandent pas chaque jour: «Pis, as-tu trouvé ton ikigai?» N’empêche, c’est une préoccupation latente.

Tatsuko est bien placée pour le savoir. C’est en quelque sorte son ikigai qui l’a amenée à Québec. 

Depuis l’adolescence, Tatsuko rêve de devenir bijoutière-joaillière. Et c’est dans un atelier du Vieux-Québec qu’elle a trouvé son mentor. Il s’appelle Michel Zimmerman. Il pratique le métier depuis 37 ans dans sa plus pure tradition: il fabrique tous ses bijoux à la main, à partir de métal laminé, sans moulage.

«Je suis venue à Québec juste pour apprendre sa méthode, dit Tatsuko à propos de M. Zimmerman. Et je ne l’ai jamais regretté.»

Il y a quelques années, après avoir vu les vidéos de M. Zimmerman sur YouTube, elle lui a demandé de faire un stage. Il a dit oui. Depuis, Tatsuko s’est établie à Québec, qu’elle considère chez elle. D’autant plus qu’elle est tombée amoureuse d’un gars de la place: le fils de M. Zimmerman, Pierre. 

Maintenant, Tatsuko travaille trois jours par semaine dans l’atelier de Michel Zimmerman, sur la côte de la Fabrique. Elle fabrique notamment des bagues pour la bijouterie Zimmerman et pour des clients japonais. Elle profite toujours des conseils de son mentor et tripe toujours autant sur son métier. 

«J’adore ça!, dit-elle. C’est ma passion.»

Les joies gratuites

CHRONIQUE / Vous ne pourrez pas dire que je ne pense pas à vous. Parfois, il m’arrive même de relire vos courriels un an plus tard.

Récemment, j’ai croisé la chute Montmorency en auto et j’ai relu le message d’un monsieur qui m’avait écrit au printemps 2017 pour me parler des «grouillants».

«Hier, à l’heure du souper, je suis passé par la chute Montmorency. Je ne saurai pas trouver les mots pour décrire cette chute gonflée à ce temps-ci de l’année. De partout où je me déplaçais, elle m’apparaissait différente, je ne me lassais plus de l’observer, de l’entendre», m’a-t-il écrit. 

Pendant ce temps-là, me ­décrivait-il, une bonne dizaine de coureurs montaient les 487 marches de l’escalier «panoramique» au flanc de la falaise. «Certains avaient des moniteurs cardiaques attachés à leur avant-bras. Combien parmi eux ont pris le temps de faire une méditation devant la chute après leur exercice? Je lance un chiffre comme ça : 0.»

Par «méditation», le lecteur ne voulait pas dire de s’asseoir, de fermer les yeux et de se concentrer sur sa respiration. Il parlait de méditer dans le sens de contempler la beauté d’une chute majestueuse. Une chute que seuls les touristes s’arrêtent pour regarder, mais que les coureurs ont réduit à un accessoire de jogging. 

Le monsieur, un homme dans la soixantaine, avait un nom pour ces gens très actifs qui n’ont pas de temps pour la contemplation. Ils les appelaient les «grouillants».

L’expression m’est restée en tête depuis. Et je dois vous dire que ces temps-ci, j’en vois partout, des grouillants. Sur les trottoirs, au parc, dans la forêt, sur les lacs. Ils courent, ils nagent, ils roulent, ils grimpent, ils pagaient.

Je n’ai rien contre le sport, même que je joue à la pétanque le dimanche soir. Reste que quand on passe son temps à surveiller son rythme cardiaque sur sa montre, difficile d’admirer la beauté qui nous entoure. 

Il peut y avoir un temps pour les deux, bien sûr. Mais comme le notait mon envoyé spécial à la chute Montmorency, on dirait qu’il y en a juste pour le premier. 

«La beauté des choses existe dans l’esprit de celui qui les contemple», disait le philosophe David Hume, que je n’ai jamais pris le temps de lire, mais qui a de très belles citations sur Internet. 

Peu importe, c’est vrai : on ne peut apprécier la grâce des choses qu’en s’arrêtant pour les contempler. L’observation attentive donne accès à tous les remous de la conscience : images, sons, saveurs, sensations, émotions et pensées susceptibles de nous procurer des expériences positives.

Au secondaire, j’avais un prof de morale qui nous parlait souvent des «joies gratuites», ces petits moments du quotidien qui nous font du bien et qui ne coûtent rien, genre enfiler un vêtement propre, faire la grasse matinée le samedi, plonger dans une piscine un jour de canicule, recevoir un compliment, boire une bière après une journée de travail et, oui, regarder un coucher de soleil.

Durant des années, j’ai trouvé cette idée épouvantablement quétaine. Mais en lisant sur la populaire pratique bouddhiste de la «pleine conscience» — qui consiste, en gros, à être attentif au moment présent —, j’ai réalisé qu’on loupait effectivement beaucoup de joies gratuites dans une journée. Or, qui peut vraiment se passer d’un truc gratuit? Et joyeux? 

Pour que les joies gratuites enchantent notre cerveau, le neuroscientifique Rick Hanson recommande de les savourer au moins 20 à 30 secondes, en ne se laissant pas distraire par autre chose. 

Je ne sais pas si les grouillants y arrivent. Chaque fois que je roule vers la Côte-de-Beaupré et que je passe devant la chute Montmorency, j’ai une petite pensée pour eux. J’espère qu’ils prennent le temps d’apprécier la beauté de ce vertigineux plongeon de la rivière Montmorency vers le fleuve Saint-Laurent. Et je me dis que, moi aussi il serait peut-être temps que je m’y arrête. 

En attendant, il y a bien d’autres joies gratuites. Encore plus en vacances...! De retour dans trois semaines. 

Chronique

Comment créer sa chance

CHRONIQUE / Les milliers d’acteurs qui courent les auditions à Los Angeles rêvent d’être chanceux comme Harrison Ford.

Vous ne le saviez peut-être pas, mais l’inépuisable comédien derrière deux des plus illustres héros hollywoodiens — Han Solo et Indiana Jones — a failli tomber dans le ravin de l’anonymat.

Quand il est arrivé à Los Angeles dans les années 60 en espérant briller à l’écran, Ford a reçu si peu d’attention qu’il a été obligé de se trouver un boulot de menuisier. Un jeune réalisateur l’a embauché pour installer des armoires dans sa maison. Ils se sont bien entendus, et le réalisateur lui a confié un petit rôle dans un film à petit budget qu’il était en train de tourner.

Le film, refusé par six studios jusqu’à ce que Universal se lance, s’intitulait American Graffiti. Contre toute attente, il a finalement été un énorme succès. Son réalisateur? Un dénommé George Lucas. Quelques années plus tard, Lucas allait donner un rôle à son ami dans un autre film qui n’excitait guère les studios: Star Wars. The rest, comme on dit, is history.

«Pour Ford, la rencontre fortuite avec Lucas a mené à une cascade d’événements qui l’ont conduit à devenir une des plus grandes stars de sa génération. Si ce n’avait pas été des armoires, il n’aurait peut-être jamais été catapulté dans la célébrité internationale avec Star Wars», écrivent Janice Kaplan et Barnaby Marsh dans leur fascinant nouveau livre sur la chance, intitulé How Luck Happens (Comment la chance se produit, pas encore traduit en français).

Un jour ou l’autre, on fait tous des rencontres chanceuses. On ne croise peut-être pas des George Lucas, mais des gens qui nous aident à trouver un boulot formidable, notre BFF ou l’âme sœur.

Plusieurs personnes ont l’impression que la chance ne relève que du hasard. Or, on aurait beaucoup plus de contrôle sur elle qu’on le pense, font valoir Kaplan, journaliste, éditrice et productrice de télé, et Marsh, un expert de la prise de risque, chercheur aux prestigieuses universités Harvard et Princeton.

D’entrée de jeu, les auteurs citent le philosophe stoïcien Sénèque qui disait: «La chance est ce qui arrive quand la préparation coïncide avec l’opportunité», et ça résume bien leur conception de la chance.

Les gens chanceux, expliquent-ils, sont en général plus persistants que les autres. Ils cognent aux portes jusqu’à ce qu’elles s’ouvrent et ne se laissent pas abattre quand elles restent fermées. L’auteur John Grisham, par exemple, a été rejeté par 28 maisons d’édition avant qu’il y en ait qui accepte de publier son premier roman, Le Droit de tuer. Trente ans plus tard, Grisham a vendu plus de 275 millions de livres dans le monde.

Savoir se placer au bon endroit est aussi une habileté caractéristique des chanceux. Kaplan et Marsh donnent l’exemple de Wayne Gretzky. Le célèbre numéro 99 est réputé pour sa stratégie qui consiste «à aller où la rondelle s’en va, et pas où elle est».

On peut voir cette stratégie à l’œuvre dans l’immobilier. Les entrepreneurs achètent des propriétés dans des quartiers qui commencent à être populaires, juste avant que des nouveaux résidents s’y précipitent et fassent augmenter les prix.

Ceux qui gravitent dans le monde des affaires ont tous entendu parler des vertus du réseautage. C’est vrai que plus on «réseaute», plus les probabilités augmentent que la chance nous tombe dessus.

Pour un chercheur d’emploi, par exemple, Kaplan et Marsh parlent de l’importance de mobiliser non seulement ses «liens forts» (famille, amoureux, amis), mais ses «liens faibles» (connaissances), ce qui multiplie les opportunités. Le même principe s’applique à l’amour. Les célibataires qui enchaînent les séries télé ou fréquentent toujours le même bar ont moins de chances de se trouver un partenaire. Par contre, s’ils sortent de leur zone de confort et vont parler à des inconnus dans un 5 à 7 ou s’inscrivent à un cours de danse, ils devraient faire beaucoup plus de rencontres intéressantes.

Bien sûr, le hasard compte aussi pour beaucoup. Oui, le beau blond ou la belle brune que vous croisez dans un resto, le chercheur de têtes que vous rencontrez dans une ligue de volleyball, l’ami potentiel qui vient de déménager à côté de chez vous donnent l’impression d’être tombés du ciel, et leur arrivée dans votre vie est effectivement fortuite. Mais si vous n’osez pas proposer une «date», offrir vos services ou inviter le voisin à prendre une bière, c’est certain: il ne se passera rien.

Au final, répètent Kaplan et Marsh, c’est ce qu’on fait de notre chance qui compte encore plus que la chance elle-même. Oui, Harrison Ford a été chanceux de rencontre George Lucas. Mais s’il ne l’avait pas persuadé de lui confier les rôles de Han Solo et Indiana Jones, il installerait peut-être encore ses armoires.