L’intersection

CHRONIQUE / Début de la huitième semaine, du moins si je me fie sur notre premier ministre François Legault. Personnellement, je n’avais pas envie de compter depuis combien de temps notre vie a été mise sur pause.

On dirait qu’on oublie progressivement notre vie d’avant. La routine de se lever, de préparer les enfants pour l’école, de se préparer pour aller au bureau, c’est tellement 2019! Le déconfinement graduel, la réouverture des magasins et le retour en classe apportent une lueur d’espoir, mais on commence tranquillement à se faire à l’idée que plus rien ne sera pareil. Pas tout de suite en tout cas.

D’ordinaire, j’aime préparer le début des classes avec mes enfants. J’aime magasiner les fournitures scolaires et adoucir ce nouveau départ de petits bonheurs qui leur font plaisir. Au début de la présente année, j’avais confectionné, à chacun de mes garçons, un étui à crayons en forme de requin. Je leur ai dit que de cette façon, je serais un peu avec eux en classe. Le retour en classe du printemps 2020 n’est pas l’occasion de faire l’inventaire des crayons de plomb ou des cahiers lignés nécessaires mais il aura certainement besoin d’être agrémenté d’une bonne dose de douceur.

Au lieu d’étiqueter les cartables, on revoit les consignes de sécurité mises en place pour assurer un retour en classe sécuritaire. On tente de préparer du mieux possible les enfants à ce qui les attend quand ils remettront les pieds dans cette école dont ils reconnaîtront les murs mais plus l’action qu’ils sont habitués d’y voir, d’y vivre. Ils devront s’habituer à faire prendre leur température tous les jours avant de mettre les pieds à l’école, à demeurer à deux mètres de tout le monde, à ne plus avoir accès à la fontaine, à manger à leur pupitre et à ne plus faire d’éducation physique. Alexis a écarquillé les yeux quand on lui a parlé, son père et moi, du retrait de ce cours dans le nouvel horaire. Avec un réservoir d’énergie difficilement épuisable, l’éducation physique c’est, pour mon gaillard de 10 ans, l’une des motivations principales pour aller à l’école. Les jeux d’équipe dans la cour de récréation aussi. Combien de fois Alexis est revenu de l’école en me racontant que le plus beau moment de sa journée était d’avoir marqué un but impressionnant en jouant contre des 6e année lors de la récréation… Ou encore en se félicitant d’avoir lessivé l’équipe adverse lors d’une enlevante partie de baseball que les plus vieux pensaient bien gagner avant que la cloche sonne…

Quel sera le meilleur moment de sa journée maintenant? Avoir réussi à respecter toutes les règles? Avoir réussi à toutes les retenir?

Ça c’est s’ils y retournent.

S’ils n’y retournent pas, il faut se préparer à tenir le coup dans la routine pédagogique instaurée il y a déjà deux mois sous notre toit. Ce n’est pas gagné non plus. Lundi matin, Samuel, avec la candeur de ses cinq ans et demi, a dit que je n’étais pas une professeure et que j’étais très mauvaise pour lui apprendre des choses! Il m’a aussi dit que la maison ce n’était pas l’école et que l’école à la maison, c’était NUL!!!! Donc, on se prépare aussi à ça.

Nous avons discuté toute la fin de semaine de tous les scénarios possibles et de tout ce que ça impliquait comme réorganisation. On en a fait des plans et on en a défait. On a changé d’idée puis on doit admettre que, peu importe l’option choisie, le plan ne sera pas parfait. Que peu importe la direction que nous prendrons, il faudra s’habituer, s’ajuster et surtout, faire preuve de beaucoup d’écoute pour nos petits loups qui sont plongés dans un tourbillon qu’ils n’ont pas beaucoup de temps pour apprivoiser.

Le plus rassurant dans tout ça, c’est de retrouver le personnel dévoué qui les accueille quotidiennement et pour qui la situation n’est pas parfaite non plus. J’envoie un gros arc-en-ciel au personnel qui travaille d’arrache-pied pour accueillir nos petits marmots et qui apportera toute la chaleur humaine à cette fin d’année rocambolesque… même à deux mètres de distance.