Denis Boisvert et Dominique Duguay ne forment plus un couple, mais leur amitié est à toute épreuve.

L’ex devenu ange gardien

Ils sont des ex, mais s’aiment quand même. Pas comme des amoureux qu’ils ne sont plus depuis cinq ans. Plutôt à la façon d’un ange gardien qui veille sur celle qui lui en est tellement reconnaissante. Voici leur histoire de cœur. Et de masse au cerveau.

Denis Boisvert et Dominique Duguay ont formé un couple pendant 28 ans. Ou peut-être 29. Ils ne s’entendent pas sur le nombre d’années exactes, mais pas au point où chacun reste campé sur ses positions. Les deux s’accordent pour dire qu’en neuf ans de concubinage et dix-neuf ans de mariage, ils ont su éviter les brouilles inutiles. Si l’on en croit monsieur et madame, leurs «seules petites prises de bec» se limitent au montage de quelques meubles Ikea, le test par excellence pour vérifier si on est fait l’un pour l’autre.

Denis, 58 ans, et Dominique, 57 ans, se sont néanmoins séparés en 2012 pour des raisons qui ne nous regardent pas et avec la volonté de «faire ça comme du monde», soutiennent-ils, c’est-à-dire avec respect, sans accabler l’autre de reproches.

L’homme et la femme étaient à ce point en paix avec cette décision prise d’un commun accord qu’ils sont demeurés colocataires pendant quelques mois, le temps que Dominique se trouve un logement à son goût et qu’elle donne quelques trucs de départ à Denis qui allait devoir se débrouiller tout seul dans une cuisine et avec les boutons de commande de la machine à laver. Chacun ses forces. Lui, c’était l’entretien autour de la maison, un peu moins à l’intérieur.

Bien décidé à demeurer des amis, le duo a gardé contact. «On a continué de s’appeler tous les jours», souligne Denis comme si ça allait de soi. «On se voyait de temps en temps», renchérit Dominique qui le seconde lorsqu’il affirme que leur nouvelle relation excluait tout quiproquo d’ordre sentimental, même que Denis a fini par se refaire une blonde et son ex s’en est sincèrement réjouie pour lui.

Denis Boisvert est agent de sécurité à l’Aluminerie de Bécancour. Dominique Duguay est préposée à la stérilisation à l’hôpital de Trois-Rivières. Au dire de Denis, celle qu’il surnomme «Dodo» a toujours été une employée à son affaire jusqu’à ce qu’elle se mette à arriver en retard au boulot. Un petit quinze minutes par ci, un trente minutes par là, pour finalement se présenter à son poste de travail deux heures après le moment où elle aurait dû commencer.

Le plus bizarre dans tout ça, c’est que Dominique s’en balançait, d’être en retard, tout comme d’être convoquée dans le bureau du patron, d’avoir un avertissement ou même des mesures disciplinaires telles que trois journées de suspension.

«Je ne faisais plus ma job», se souvient-elle en racontant que des problèmes de vision s’étaient ajoutés à la perte du goût et de l’odorat, quelques années plus tôt.  

«Il y a quelque chose qui ne marche pas» se répétait Denis qui n’avait jamais connu Dominique comme ça. Craignant de la voir perdre son emploi, il allait jusqu’à faire un détour par chez son ex pour la sortir du lit. Il la trouvait recroquevillée sous les couvertures, l’appartement laissé pratiquement à l’abandon, elle dont la réputation de Madame Blancheville n’était plus à faire.

«C’est le bout que j’ai trouvé le plus dur. Dodo me regardait en ayant l’air de me dire ‘‘Aide-moi’’, mais elle ne me le disait pas.»

Denis a passé l’aspirateur de fond en comble, a lavé la montagne de vaisselle sale sur le comptoir et a obtenu un rendez-vous chez le médecin. 

Dominique avait beau lui répéter qu’elle n’avait pas besoin de consulter personne, son ancien chum en pensait heureusement le contraire.
Un diagnostic de dépression a d’abord été posé, des médicaments et un arrêt de travail ont été prescrits, mais la femme ne s’est pas mise à aller mieux pour autant. Prise de violents maux de tête, elle est retournée voir le médecin sous l’insistance de Denis de plus en plus inquiet pour son ex.  

Dodo a passé un scanneur qui a révélé la présence d’un méningiome bénin, une tumeur non cancéreuse aussi grosse qu’un pamplemousse qui perturbait le fonctionnement du cerveau. C’était donc ça, les changements du comportement et de l’humeur, les troubles de la vue, les oublis, la confusion...

L’intervention chirurgicale s’est déroulée en février dernier, un véritable ultra-marathon d’une quinzaine d’heures durant lequel il a fallu ouvrir le crâne pour retirer l’impressionnante masse. Camouflée sous les cheveux qui sont en train de repousser, la cicatrice ressemble à une fermeture éclair. C’est drôlement bien fait même si une infection du volet osseux a nécessité deux autres opérations dont la plus récente, en octobre, pour remplacer une partie de la boîte crânienne par une prothèse.

C’est Dominique Duguay qui parle de Denis Boisvert comme de son ange gardien. Il a su réagir avec clairvoyance alors qu’elle était en train de sombrer en raison de graves problèmes de santé.

Aujourd’hui encore, son ancien conjoint est à ses côtés pour s’assurer que tout va pour le mieux durant sa convalescence qui se poursuit. Même sa blonde a eu la gentillesse de lui préparer des repas à sa sortie d’hôpital.

L’homme se contente de sourire en rappelant que Dodo aurait fait la même chose pour lui. Ils sont des ex, mais avant tout des amis.