Il y en a qui ont assurément sauté de joie en apprenant qu’Yves Lévesque a l’intention d’aller au fédéral, aux prochaines élections qui auront lieu en octobre 2019.

Lévesque: la sinueuse route d’Ottawa

CHRONIQUE / On ne nommera pas de noms, pas encore, mais il y en a qui ont assurément sauté de joie en apprenant qu’Yves Lévesque a l’intention d’aller au fédéral, aux prochaines élections qui auront lieu en octobre 2019.

Les plus forts applaudissements à cette perspective ne sont pas venus de ses proches ou de ses appuis, mais d’adversaires municipaux.

On peut penser qu’on aurait pu entendre des propos genre «on va l’aider au besoin, pour être sûr qu’il ne change pas d’idée et qu’il débarrasse de la mairie».

Mais c’est surtout que s’il veut tenter de se faire élire à la Chambre des communes, cela entraînera à mi-mandat des élections à la mairie de Trois-Rivières.

Sans Lévesque dans la course, tout devient possible aux aspirants, avoués ou pas. On pense tout suite à Jean-François Aubin qui a recueilli 45 pour cent des voix aux élections, soupçonné d’agir comme ombre grise dans le présent conseil qui n’est plus, on le sait, dominé par les alliés du maire.

Mais le départ de Lévesque ne sera pas sans susciter d’autres gros appétits de mairie, peut-être même autour de l’actuelle table du conseil municipal. Jusqu’au sein de «l’alliance», si on peut l’appeler ainsi, des réfractaires à Lévesque.

Ce n’est pas une grande surprise d’apprendre que celui-ci songe à poursuivre sa carrière politique à Ottawa.

Depuis une quinzaine d’années déjà, quand Jean Chrétien, alors premier ministre, l’avait fait monter sans façon, à Shawinigan, dans sa limousine, Yves Lévesque rêve d’Ottawa. Il s’était dit que si un gars aussi simple que Jean Chrétien était devenu premier ministre, il n’y avait pas de raison pour qu’il ne le devienne lui aussi.

Depuis, à l’approche de chaque élection fédérale, la pression monte en lui. Il s’agite, s’énerve, s’étire le cou pour se faire voir des conservateurs ou des libéraux. L’ancien ministre conservateur Denis Lebel, lors d’une de ses visites à Trois-Rivières, s’était déjà publiquement interrogé sur le sens de la couleur de la cravate rouge qu’il portait.

Ce même Denis Lebel l’a quand même courtisé, mais en vain, pour être candidat conservateur en 2015. Lévesque se laissait aussi flirter par les libéraux de Justin Trudeau. Mais son écartèlement politique l’avait fait tomber entre deux chaises.

On se rappellera qu’après une discussion, semble-t-il longue, tard le soir avec l’ancien chef libéral Paul Martin, à jaser de bateaux, et de politique, la candidature libérale d’Yves Lévesque avait flotté… pendant quelques jours. Les instances du parti l’avaient rapidement jugé trop électron libre, trop imprévisible, donc trop à risques.

En 2011, les proches d’Yves Lévesque avaient encore une fois moussé sa candidature libérale. Le nouveau chef libéral, Michael Ignatieff s’était alors rendu rencontrer Yves Lévesque à son bureau de l’hôtel de ville de Trois-Rivières. À l’issue de l’entretien, les visages longs et fermés des proches du maire étaient très révélateurs de la conclusion des discussions que venaient d’avoir les deux hommes. Ignatieff lui imposait l’humiliation d’une convention ouverte.

Ce n’est donc pas, comme on l’a dit, une surprise si Yves Lévesque reluque à nouveau le fédéral. Ce qui l’est, c’est qu’il le fasse si tôt et qu’il accepte, quoique ce ne soit pas nouveau de sa part, de se laisser déjà un peu peinturer en bleu.

L’ancien maire de Victoriaville, Alain Rayes, devenu l’homme fort au Québec du Parti conservateur, vient ouvertement de le relancer pour être candidat de son parti l’an prochain. Il l’a vanté à tour de bras… Ce qui pourrait être éventuellement embêtant si Lévesque passait plutôt aux libéraux… ce qui avait été sa première hypothèse.

Il pourra peut-être nier le fait, mais sa décision d’aller tenter de finir sa carrière politique à Ottawa était déjà prise lors de la dernière campagne municipale.

Le seul engagement qu’il avait pris durant la course à la mairie, c’était de faire passer un train de passagers à grande fréquence par Trois-Rivières. Un dossier de juridiction… fédérale.

Le soir des élections, Yves Lévesque et ses proches ont pu constater que celui-ci avait probablement échappé sa majorité au sein du conseil municipal. L’adoption controversée du budget, quelques semaines plus tard, allait confirmer leurs appréhensions.

Mais ce même soir, on portait beaucoup d’attention au pourcentage de votes qu’il obtiendrait. On visait les 60 pour cent… Pourquoi? Parce qu’un tel niveau d’appuis démontrerait qu’il était encore un homme très populaire, le candidat par excellence pour qui peut espérer arracher la circonscription fédérale de Trois-Rivières.

C’était a priori décevant, car il n’a obtenu que 51,37 % des voix exprimées. Sauf qu’en analysant plus finement le vote, il s’est avéré que dans la partie de la ville de Trois-Rivières qui se moule à la circonscription fédérale, il a obtenu autour de ce 60 % d’appuis.

On pensait d’abord aux libéraux. Sauf que les sondages placent maintenant les conservateurs en avance au pays, mais pas au Québec. Et avec un ministre bien en selle comme François-Philippe Champagne, il n’y aurait pas de place pour un second ministre libéral dans la région.

L’inconfort de sa position minoritaire à l’hôtel de ville devait servir de prétexte à son éventuelle décision de ne pas compléter son mandat de maire. Elle ne sera même plus évoquée. Vaut maintenant mieux pour lui paraître un peu zen, conciliant, au-dessus de la mêlée… rassembleur. Qui l’eût cru?

Coup de griffe: Il serait assez indiqué que Walmart change le nom de la marque maison de plusieurs de ses produits de «Great Value» en «Cheap Value».

Coup de cœur: À nos super pilotes Jean-François et Louis-Philippe Dumoulin qui continuent de s’impliquer activement à recueillir des fonds pour la Fondation québécoise du cancer.