Sonia Blain et Francis Pelletier ont accepté de revenir sur cette première année sans leur fils Alexandre décédé en janvier 2018 d’une surdose de fentanyl.

Lettre à son fils

Il y a un an était retrouvé sans vie, dans son lit, Alexandre Pelletier. Un arrêt cardio-respiratoire provoqué par une dose mortelle de fentanyl. Un grain de trop dans la petite pilule que le jeune homme de 27 ans a avalée de son plein gré, sans se douter qu’il n’allait plus jamais se réveiller.

Quelques mois auparavant, son père lui avait écrit un texte intitulé «Lettre à mon fils» dont il me récite cet extrait alors que l’entrevue débute à peine...

«Je sais que tu traverses une période difficile. C’est éprouvant, mais ce sont les étapes les plus importantes et les plus intéressantes de notre vie, celles qui nous apportent et nous apprennent le plus. Les autres nous permettent simplement de nous reposer. La vie n’est jamais un long fleuve tranquille. C’est une rivière sauvage, avec ses remous, ses rapides, ses chutes, mais aussi tous les moments magiques où on se la coule douce...»

Alexandre s’était montré reconnaissant pour ce message d’encouragement. Francis Pelletier en garde un précieux souvenir.

«Nous vivions alors une belle période de complicité, lui et moi.»

Depuis l’adolescence, Alexandre souffrait d’un important problème de toxicomanie. À l’été 2016, il avait décidé d’entreprendre une cure, une autre, oui, mais cette fois, ça allait être la bonne.

Ses parents voulaient y croire. Alex leur avait dit: «Je n’en peux plus. Je veux changer de vie.»

Il a malheureusement quitté le centre une semaine après son admission. Sa thérapie devait durer un mois.

«Je n’en ai pas besoin. Ce n’est pas ma place ici. J’ai compris.»

Alexandre est décédé le 17 janvier 2018, à quatre jours de l’anniversaire de sa mère pour qui il devait confectionner un gâteau.

Quand Francis Pelletier a appris la mort de son garçon, il s’est fait la promesse de donner un sens à ce drame.

Un an plus tard, l’homme reste fidèle à cet engagement même si l’absence d’Alex fait mal et qu’il en sera toujours ainsi.

Je suis retournée cette semaine à sa résidence de Nicolet où nous avons repris les mêmes places autour de la table de cuisine.

«On va bien, avec des hauts et des bas. Sonia a parfois des montées de tristesse. Moi aussi. Il ne faut pas que je croise trop de photos d’Alexandre...»

Francis Pelletier est un médecin qui s’est toujours présenté comme un «pelleteur de nuages», le nom qu’il a donné à l’entreprise fondée il y a une trentaine d’années. Maintenant que ce photographe et poète a un pied dans la retraite, il veut encore plus soulager avec ses mots.

L’auteur achevait la rédaction de son livre «Je te souhaite... Un baume pour le cœur et l’âme» lorsqu’est survenu le décès d’Alexandre, le plus jeune de ses fils.

Francis Pelletier ne peut s’empêcher d’y voir un signe prémonitoire. Ce livre est devenu son propre phare qui l’éclaire les jours sombres.

Écrire a toujours été sa thérapie. C’est encore plus vrai aujourd’hui.

(...) «À présent, comme sa mère avant moi, je porte mon enfant. Je pourrai enfin le protéger du monde et de lui-même. Ensemble, nous parlerons tous deux d’une même voix et nous écrirons d’une même main.»

Francis Pelletier s’est livré à cette réflexion trois jours après le décès d’Alexandre. Elle résume plus que jamais son état d’esprit actuel.

«Je l’ai intégrée en moi. Ça m’empêche d’avoir une peine qui s’extériorise trop.»

Sonia Blain dépose sa tasse de café avant d’ajouter que la mort d’Alexandre l’a rattrapée en septembre, lorsque le temps s’est mis à ralentir pour lui permettre de faire place au deuil.

La femme était très proche d’Alexandre. La veille de sa mort, elle était avec lui. Le jeune homme venait de s’installer dans un nouvel appartement. Une fois de plus, tous les espoirs étaient permis pour ses parents aimants dans les bons comme dans les pires moments.

Il lui arrive de croiser des amis de son fils, mais qu’elle ait envie de passer tout droit. Leurs paroles se veulent réconfortantes et elles le sont, mais ça fait mal de les entendre lui dire à quel point Alex était un jeune homme brillant, toujours prêt à aider son prochain.

«Il aurait dû s’aider lui-même...», laisse-t-elle tomber avec tristesse.

«Pourquoi es-tu parti? À quoi as-tu pensé?» se demande parfois Sonia Blain qui, à l’été dernier, a intercepté dans un commerce ce commentaire teinté de commérages.

«Je ne comprends pas. Son père est médecin et il n’a pas été capable de sauver son fils.»

L’homme ignorait l’identité de la dame à côté de lui jusqu’à ce qu’elle le regarde droit dans les yeux: «Je suis la blonde du médecin et la mère de son fils. Qui êtes-vous pour juger?»

Francis Pelletier écoute sans rien dire. Faire du bien avec du beau, s’est juré le médecin qui a été inondé de témoignages de gens touchés par la mort d’Alexandre et la mission de son père.

Des patients ont pleuré dans son bureau, comme si ce drame les ramenait à leurs propres maux.

Il y a un an, au plus fort de la tempête médiatique qui a suivi la mort d’Alexandre dans des circonstances troubles, Francis Pelletier et Sonia Blain n’ont pas cherché à fuir. Ils ont ouvert la porte de leur maison pour raconter leur histoire, sans tabou et sans jamais chercher à déresponsabiliser Alexandre de son triste sort.

«On se disait que ça allait peut-être aider des jeunes qui ont la pensée magique de se dire que ça ne leur arrivera pas.»

Ce qui ne veut pas dire que le besoin de rester chez soi et à l’intérieur de soi ne s’est jamais fait ressentir.

«À un moment donné, on a eu besoin de le faire», souligne Francis en regardant Sonia avec qui il fait cette autre promesse: «Nous étions déjà des battants. C’est sûr que nous allons poursuivre dans cette direction.»