Stéphan Frappier
Après deux longs mois à être obligés de s’échanger des «bye bye» à travers la haie, ils pouvaient enfin retrouver une vie presque normale sous les yeux de parents aux aguets encore sur le gros nerf de voir le virus leur sauter dessus au moindre relâchement.
Après deux longs mois à être obligés de s’échanger des «bye bye» à travers la haie, ils pouvaient enfin retrouver une vie presque normale sous les yeux de parents aux aguets encore sur le gros nerf de voir le virus leur sauter dessus au moindre relâchement.

Les vertus du doute et de la peur

CHRONIQUE / «Peux jouer avec Roseline?»

La question était inévitable en cette période de déconfinement et Édouard a bien pris soin de la lancer assez fort pour que les voisins l’entendent clairement. N’allez jamais sous-estimer l’instinct d’un enfant de trois ans qui voit les gens autour de lui revenir à leurs bonnes vieilles habitudes. Le temps d’un rapide échange parental de regards approbateurs et les deux enfants étaient dans la cour à se lancer le ballon. Après deux longs mois à être obligés de s’échanger des «bye bye» à travers la haie, ils pouvaient enfin retrouver une vie presque normale sous les yeux de parents aux aguets encore sur le gros nerf de voir le virus leur sauter dessus au moindre relâchement.


« Think Big! »
La ministre Marguerite Blais qui a l’objectif de trouver et former 10 000 nouveaux préposés aux bénéficiaires en quelques mois pour les CHSLD.

Édouard et Roseline n’ont pas été les seuls à profiter du beau temps des derniers jours et du leste autorisé par le gouvernement pour reprendre contact avec une réalité qu’on ne se pouvait plus d’attendre. Des réunions autour du barbecue, de longues files d’attente devant les commerces, des dizaines de personnes réunies dans les parcs et aux abords des plans d’eau. Visiblement, ce déconfinement était follement attendu. Tellement que nous avons assisté à quelques scènes frôlant l’hystérie collective. Fallait voir toutes ces personnes réunies cette semaine sur la plage de la Petite Floride à Bécancour. Comment expliquer une telle attitude de champions? De l’insouciance? De la provocation? Allez savoir.

Et des exemples comme ça, il y en a un peu partout: au golf, sur le bord du lac Saint-Pierre, dans les magasins.

Difficile de croire qu’il y a quelques semaines à peine les consignes du gouvernement étaient suivies à la lettre et qu’on changeait carrément de bord de rue quand on rencontrait une autre personne.

Que s’est-il passé? Est-ce le normal retour du balancier d’un trop long confinement? Est-ce que les gens ont tellement entendu «japper» le gouvernement qu’ils ne craignent plus le virus aujourd’hui? En sont-ils venus à penser que ce sont seulement les personnes âgées en CHSLD qui meurent de la COVID-19? Chose certaine, la peur a disparu avec le déconfinement et c’est inquiétant. On se demandait si les gens allaient oublier rapidement. On a la réponse.

Remarquez qu’il ne faut pas généraliser. Il y a encore des gens qui agissent prudemment, mais on aurait pensé qu’après deux mois entre quatre murs une majorité de personnes allaient continuer à faire preuve d’une vigilance exemplaire pour leur bien-être et surtout pour celui des membres de leur entourage qui sont plus vulnérables.

Oui, on commence à voir la lumière au bout du tunnel. Oui, le nombre de cas et de décès est à la baisse. Mais il est capital qu’un petit doute subsiste pour que les gens continuent à pratiquer les règles de distanciation et d’hygiène essentielles au contrôle de la propagation. Sinon, on pourrait rapidement se retrouver à la case départ et de nouveau encabanés dans nos maisons pour encore plusieurs mois.

Si vous sentez un jour que ce doute commence à s’estomper, n’oubliez jamais que ce virus a tué plus de 4400 personnes au Québec et plus de 360 000 dans le monde, qu’on ne sait pas encore si quelqu’un peut l’avoir plus d’une fois, qu’une deuxième vague plus forte pourrait nous frapper plus vite qu’on le pense et que le risque sera toujours là tant et aussi longtemps qu’il n’y aura pas de vaccin.

Pas question ici de virer fou, de déclencher une chasse aux sorcières et de fermer nos portes aux régions plus touchées comme Montréal. Il faut juste garder en tête que le risque est toujours là et qu’il faut apprendre à vivre de façon prudente, avisée et résiliente. Bref, rien à voir avec ce qu’on a vu cette semaine à la Petite Floride.

Pour ce qui est d’Édouard et Roseline, ils ont conclu cette sympathique journée de retrouvailles… en profitant d’un moment d’inattention pour se faire une petite accolade. À chacun ses écarts de conduite!

À la mémoire de Sunny D.

Le doute, la peur et la prudence ne sont pas seulement de bon aloi quand on parle de déconfinement.

À l’approche de la belle saison, ces réflexes autoprotecteurs peuvent faire toute la différence entre une belle journée à s’amuser sur le bord de l’eau et un événement tragique qui nous marquera à tout jamais.

Nous en avons eu un autre triste exemple dimanche dernier alors qu’un jeune homme de 24 ans s’est noyé dans la rivière Shawinigan, à la hauteur de la Place du Centenaire. C’est à cet endroit que le jeune Sunny Desbiens avait connu le même sort en 2007. La rivière étant tumultueuse dans ce secteur, elle ne laisse aucune chance à la témérité, l’insouciance et à la distraction.

«J’ai déjà été jeune moi aussi, et je sais à quel point on peut se sentir invincible. Mais une simple erreur peut entraîner un drame», a commenté cette semaine le père de Sunny, Alain Desbiens, qui a lancé la fondation Sunny D. Extrême à la mémoire de son fils qui aimait se retrouver en présence des personnes âgées. Aujourd’hui, cette initiative permet à des jeunes de partout au Québec d’aller visiter des aînés dans les CHSLD.

Si le père de Sunny a trouvé une façon de survivre à travers cette fondation, il préférerait assurément avoir encore son garçon à ses côtés et c’est pour cette raison qu’il invite la population à la prudence à l’aube des vacances estivales.

«En voyant les nouvelles dimanche soir, ça m’a fait revivre tout ça. (…) Évidemment, ça m’a donné un choc. On ne peut jamais oublier ça.»

En effet, ne l’oublions jamais et agissons en conséquence.

Coup de coeur de la semaine

Un seul spectacle de la fête nationale aura lieu cette année au Québec et celui-ci sera télédiffusé à partir de Trois-Rivières, plus précisément de l’Amphithéâtre Cogeco. Comme le veut la tradition, les grands noms de la chanson d’ici devraient participer à cette grande fête qui se déroulera seulement devant les caméras. Il faut s’attendre à ce qu’un nombre record de Québécois regardent ce spectacle sur les principales chaînes de télé puisque la majorité des manifestations locales ont été annulées un peu partout dans la province en raison de la pandémie. Quelle belle visibilité pour l’Amphithéâtre Cogeco et pour Trois-Rivières.