Le maire de Shawinigan, Michel Angers.

Les meilleurs prix à Shawi?

CHRONIQUE / Habitué aux fortes majorités, Michel Angers, le maire de Shawinigan, risquerait une grosse déception s’il devait aller en élection en ce moment.

Il serait sûrement réélu, mais on peut croire que les 60 % de la faveur électorale qu’il a obtenue en novembre 2017 seraient entamés.

C’était quand même un solide vote pour un troisième mandat. Son ex-collègue de Trois-Rivières, Yves Lévesque, qui avait lui aussi joui d’une bonne popularité, n’avait fait que 55 % à son troisième mandat.

À en juger par les récentes protestations citoyennes, il ne manquerait pas de bras dans la ville pour faire de la cabale contre lui.

La semaine qu’il vient de traverser a dû être assez éprouvante.

Le maire Angers n’y peut rien, mais il se serait bien passé d’un dépassement de coûts de 6,8 millions $ au chantier du réseau d’égout et d’eau du secteur Lac-à-la-Tortue.

D‘autant qu’au même moment, une pétition contenant plus d’un millier de signatures réclamait de Québec qu’il procède à une vérification en profondeur de la gestion financière et de la gouvernance de la ville.

La pétition, qui dans son libellé ne correspondait pas aux critères de l’Assemblée nationale pour y être déposée, illustre quand même que la colère citoyenne qui a éclaté lors de l’envoi des comptes de taxes persiste toujours.

Le texte de la pétition ne souffrait pas de vulgarité et il aurait été facile de le rendre conforme, mais on a refusé de le faire.

Au contraire, l’un des principaux instigateurs de la pétition, Yves Gélinas (qui a vu son compte de taxe exploser), reprenait cette semaine les mots de l’ancien syndicaliste Michel Chartrand quand il disait qu’il «y a trop de monde poli au Québec, c’est pour cela que les choses n’avancent pas». En rappelant que le bon peuple, à Shawinigan comme ailleurs, «n’a pas dans sa grande majorité appris le latin et suivi un cours classique». Tout un argument pour faire comprendre que pour le langage châtié dans une pétition citoyenne, on repassera.

Il faut dire que l’homme n’a jamais manqué de couleur dans ses propos et ses prises de position. Sa verve vigoureuse n’avait quand même pas été suffisante en 2013 quand il avait affronté Michel Angers qui était sorti victorieux avec 77 % des voix exprimées. Yves Gélinas n’avait quand même pas si mal fait avec 22 % des votes en sa faveur.

C’est vrai que la qualité de l’écriture n’est pas l’élément le plus important dans une pétition. C’est plutôt ce qui y est dit, ce qu’il traduit du sentiment des signataires et ce qu’il réclame en conséquence.

Est-ce que Shawinigan dépense trop, vit au-dessus de ses moyens, du moins de ceux de ses contribuables et est-ce que son endettement, qui a doublé en quelques années, est devenu troublant?

Shawinigan, et c’est le cas des autres villes en Mauricie, ce qui inclut Trois-Rivières, souffre effectivement d’une richesse collective plus faible qu’ailleurs.

La valeur foncière des propriétés résidentielles qui génèrent entre 70 et 80 % des revenus des villes y est toujours parmi les plus basses au Québec. Quand on fait l’exercice de comparer maison pour maison, on découvre qu’il y a dans bien des cas des écarts considérables de valeur. Pour compenser, on doit faire monter le taux de taxe.

Si l’assise foncière n’est pas la même d’une ville à l’autre, les frais d’opération restent eux sensiblement comparables. C’est plate, mais il n’y a pas d’escompte, ou vraiment peu, dans le prix des biens, services et travaux ainsi que dans les coûts de la main-d’œuvre parce qu’une ville est moins riche.

L’ennui, c’est que les valeurs foncières faibles révèlent souvent un niveau de revenu qui est lui aussi faible et même très faible.

C’est ce qui explique d’ailleurs que Shawinigan soit devenue la championne de la péréquation municipale. Mais les 4,8 millions $ qui lui seront envoyés par Québec pour compenser ont été insuffisants pour alléger le fardeau fiscal de ses contribuables… à un niveau qui aurait été satisfaisant, si tant cela peut exister.

Peu importe la statistique à laquelle on se réfère, que ce soit pour le revenu moyen ou médian par personne ou par ménage ou pour le revenu d’emploi, la Mauricie se situe toujours au bas de l’échelle dans l’ensemble des régions du Québec.

Alors là, on a un problème. S’il faut assurer les mêmes revenus municipaux mais que le revenu moyen dont dispose le contribuable est parmi les plus faibles du Québec, il y a un arrimage à faire qui devient douloureux.

Le contribuable, à juste titre, se sent étranglé. En fait, il l’est.

Cela dit, on peut bien scruter à la loupe la gestion de Shawinigan et vouloir soupeser la pertinence de la moindre dépense, on n’a pas l’impression que c’est une ville gaspilleuse.

Et ce serait une erreur et un manque à ses responsabilités de ne pas investir dans le développement économique, comme on le suggère pour faire des économies.

Il y avait un important rattrapage à faire au niveau des infrastructures et dans la modernisation de la ville.

Après une longue agonie industrielle, Shawinigan semble sortie de la grande déprime dont elle était affligée et on a beaucoup parlé au cours des dernières années d’une fierté retrouvée.

La ville a un passé glorieux, un présent qui est rassurant et un avenir qui reste à définir. La ville électrique peut devenir électrisante. Quel prix est-on prêt à payer pour y arriver ?

Coup de cœur

On retiendra peut-être notre souffle lundi, mais c’est aux travailleurs d’ABI de décider de leur sort et à personne d’autre.

Coup de griffe

Si le siège social de SNC-Lavalin était à Toronto, est-ce qu’on aurait eu le même niveau d’indignation dans le Reste of Canada? Hum..!