Les crayons à la rescousse

CHRONIQUE / Je vous glissais, dans une chronique passée, à quel point je pense qu’il est important de conserver des traces, des archives de cette période de confinement dans laquelle nous sommes tous plongés. Les appareils électroniques qui règnent dans nos vies sont certainement des outils précieux pour cette mission de repérage des petits bonheurs du quotidien.

Par contre, nul besoin d’avoir un équipement élaboré. Chaque année, lors de nos vacances annuelles, je prends soin de fournir à mes enfants un cahier avec des pages blanches dans lesquelles ils peuvent écrire ou dessiner leurs plus beaux moments, les choses intéressantes qu’ils voient ou encore écrire comment ils se sentent. Je ne vous cacherai pas que ce n’est pas toujours parfait. Une année, la démarche artistique d’Alexis a été d’écraser des moustiques sur les pages de son cahier… c’était une utilisation que je n’avais pas anticipée.

Vous comprenez pourquoi je me procure généralement des cahiers à dessin bon marché et qu’on utilise le matériel qu’on a sous la main. Ce n’est pas ça qui gonfle le budget des vacances!

Cette habitude est tellement ancrée chez ma plus vieille que maintenant elle a en permanence tout un attirail sous la main pour créer sa vision du monde. Je suis vraiment impressionnée par ce qu’elle crée. Il faut dire que je suis pas mal fière qu’elle ait hérité de mon gène créatif. On a d’ailleurs eu beaucoup de plaisir en décembre dernier à faire un album de l’Avent dont chaque page illustrait un beau moment de la journée en photo ou en dessin. On s’est inspiré l’une et l’autre dans ce projet que l’on revisitera avec bonheur dans quelques années.

C’est un peu dans cet esprit que je tente selon l’humeur de mes petits loups de leur rappeler qu’en plus de savourer avec leurs yeux les choses qui les émerveillent, ils peuvent en faire des dessins que l’on conservera dans un cahier. Alexis aime dessiner mais il aime particulièrement écrire des poèmes. Oui, oui, des poèmes pour mon grand sportif!

Sam, lui, est le Lucky Luke du croquis et peut réaliser une représentation de tout ce qui l’entoure plus vite que son ombre! Fascinant de voir comment la censure ne s’est pas encore immiscée dans leur monde créatif.

Pour la période de confinement, je me suis tournée vers la récupération pour créer à mes cocos des cahiers dans lesquels ils pourront conserver les belles choses qu’ils auront vécues durant ces vacances forcées.

J’ai utilisé du carton pour la couverture (boîtes céréales ou autre) et des feuilles (ce qu’on a sous la main). J’ai regroupé le tout, avec une aiguille et du fil, en un livret de quelques pages qui deviendra précieux quand il portera les marques que les petites mains assurées y auront déposées… en espérant que ces livrets ne deviennent pas des cimetières à maringouins!

Un cahier Canada ou un cahier spiral qui a perdu quelques feuilles feraient aussi l’affaire, nul besoin d’avoir du matériel de haute qualité. Le processus de création est beaucoup plus important que le résultat. Utilisez ce que vous avez sous la main, dessinez des arcs-en-ciel, des soleils et des fleurs. Faites-le avec vos enfants mais faites-le aussi pour vous. Aucun talent requis. Si le crayon ne vous allume pas plus qu’il faut, utilisez des magazines et faites des collages de ce qui vous inspire. Des images, des mots, des phrases… Il y a du beau dans ce que l’on vit malgré les immenses défis et difficultés qui en découlent. Honorez-le, ce beau, en gardant des traces, le support importe bien moins que votre démarche.