François Legault n'a pas requalifié de «sale» le pétrole de l’Alberta, mercredi.

Legault jette le mot «sale» à la poubelle

CHRONIQUE / La solidaire Manon Massé aurait bien aimé mercredi que François Legault requalifie de «sale» le pétrole de l’Alberta. Le piège à ours était si gros…

Bien qu’il soit sale, reparler ainsi du pétrole albertain aurait été de la part du premier ministre du Québec un doigt d’honneur politique adressé au tout nouveau chef du gouvernement de l’Alberta, Jason Kenney. Cela aurait été irresponsable.

M. Legault a donc choisi un langage plus diplomatique pour redire qu’il n’y aura aucune relance du projet Énergie Est au Québec, n’en déplaise à Jason Kenney. Il l’a réaffirmé très clairement en s’appuyant sur l’absence d’«acceptabilité sociale». Une position devenue quelques instants plus tard celle de toute l’Assemblée nationale grâce à une résolution de Québec solidaire.

On a beau dire que les motions parlementaires ne valent souvent que le papier sur lequel elles sont rédigées, celle-là est plutôt solide. C’est que le gouvernement de François Legault paierait un prix politique d’un éventuel recul sur ce front, ne serait-ce que parce qu’il manquerait ainsi à sa parole.

Cela étant, jusqu’ici, on est dans une non-nouvelle. Une vraie nouvelle aurait été que le gouvernement caquiste dise soudainement oui à Énergie Est.

François Legault a cependant tellement voulu être diplomate dans ses propos qu’il s’est enthousiasmé comme jamais pour le projet de gazoduc et de terminal au Saguenay, un ensemble par lequel passerait du gaz naturel de l’Alberta pour être ensuite acheminé ailleurs dans le monde.

Ce projet devra pourtant faire l’objet d’une rigoureuse évaluation environnementale et aussi, selon la même logique, bénéficier d’«acceptabilité sociale», non? Quoi qu’il en soit, M. Legault met désormais tout son poids politique derrière ce projet. Il s’en fait le promoteur.

Toujours sur cette «acceptabilité», en existe-t-il une pour le transport de pétrole par rail? Je ne le crois pas, mais je pose la question, car elle est bien souvent éludée à l’Assemblée nationale.

13 milliards $

Jason Kenney connaît assez le Québec pour ne pas s’être bercé de la moindre illusion. Il ne pensait pas convaincre le gouvernement québécois d’embrasser le projet Énergie Est.

Dans son discours de victoire, en parlant en français de pipeline et de péréquation, il s’est certes adressé aux Québécois, mais aussi beaucoup à ses électeurs et aux Albertains. On a ainsi pu dire en Alberta que M. Kenney ne baissait pas les bras sur Énergie Est, la preuve en étant justement qu’il s’adressait aux Québécois...

Plus globalement, la situation est gênante. Même si le Québec, per capita, n’est pas le plus grand bénéficiaire de la péréquation canadienne, la somme qu’il touche à ce seul chapitre s’élève cette année à 13,1 milliards $. C’est 1,4 milliard $ de plus que l’an dernier.

Bon pour le Bloc?

Le conservateur Jason Kenney a beaucoup fait campagne contre Justin Trudeau. Mais il pourrait finir par devenir encombrant pour le chef conservateur fédéral Andrew Scheer au Québec s’il ramène constamment sur la table ce projet d’Énergie Est et s’il devait se mettre à dénoncer et dénoncer le refus du gouvernement Legault d’ici les prochaines élections fédérales.

Voilà qui ferait plaisir au Bloc québécois, qui entend s’appuyer sur le maximum de sujets de friction entre Québec et Ottawa et entre le Québec et le reste du Canada.