Le maire Yves Lévesque

Le végé en apéro électoral

Produit à moins d'une semaine du déclenchement officiel de la campagne électorale municipale à Trois-Rivières,  le rapport annuel de la vérificatrice générale risquait d'être dévastateur pour l'administration sortante... et surtout pour le maire Yves Lévesque.
Ces rapports sont toujours une excellente source de renseignements qui garnissent en munitions l'opposition.
Après sept ans de tension annuelle renouvelée avec parfois la haute direction de la ville, mais surtout avec le maire Lévesque qui n'a pas manqué d'échapper chaque fois quelques grognements de mécontentement sur son contenu, parce qu'il se sentait visé, le dernier rapport de la vérificatrice Andrée Cossette n'aura pas échappé à la règle.
On ne peut cependant pas dire qu'à l'expiration de son contrat de sept ans, elle ait profité de ce dernier rapport sur l'année 2016 pour régler de vieux comptes. Elle est par contre loin pour autant d'avoir sorti l'encensoir. Si ce n'est pour concéder qu'on avait largement donné suite à ses recommandations dans le passé.
Mais le rapport n'est pas aussi incendiaire que certains auraient pu l'espérer, à moins de six semaines de la vérité des urnes.
Ce qui n'empêche pas que dans la sobriété des mots qu'elle utilise, la vérificatrice n'ait pas mis le doigt sur plusieurs points sensibles. Mais oublions les phrases croustillantes. 
Quand elle passe en revue les sept organismes municipaux, Andrée Cossette tire la couverture juste ce qu'il faut pour que certains doutes surgissent dans certains cas sur certaines façons de faire. À comprendre qui veut comprendre... Mais il faut faire un effort d'interprétation, ce qui reste périlleux.
On a vu par contre qu'elle a décelé des failles dans la gestion des permis de construction et de rénovation, mais surtout, elle nous a appris que peut-être, beaucoup d'employés de la ville pouvaient «gazer» à bon compte aux pompes municipales. Elle n'a pas écrit que ça s'est fait, mais que c'était très facile de le faire. À chacun de conclure du niveau de débrouillardise des employés municipaux.
Andrée Cossette a surtout, avec ses spécialistes, braqué ses projecteurs sur deux gros engagements financiers de la Ville: l'entente de 38 millions $ sur 20 ans, conclue avec G3R pour la construction et la gestion d'un centre de congrès à l'hôtel Delta et la construction du futur colisée, au coût réactualisé par la vérificatrice à 60 millions $.
On n'y trouve pas matière à indignation ou à scandale. Sauf que dans le cas du centre de congrès, on juge plutôt sommaires et incertaines les prévisions sur lesquelles on s'est basé pour établir la contribution de la Ville.
Dans le cas du colisée, là aussi on semble avoir tourné les coins ronds en ne considérant pas d'autres avenues qui auraient pu être plus profitables, économiquement, pour la ville. Par contre, on y apprend que pour le colisée, on a racheté, du District 55 au prix du marché, une partie de terrain que la Ville avait cédée quelques années auparavant... à la moitié de sa valeur marchande estimée. Cherchons l'erreur!
Que le rapport de la vérificatrice générale ne devienne pas la bible des adversaires à Yves Lévesque, dans laquelle puiser des versets sataniques, il y aura une campagne électorale à Trois-Rivières.
On peut dire qu'il y a au moins un candidat, le conseiller municipal Jean-François Aubin, qui a plongé dans la lutte.
Il a inauguré officiellement sa campagne jeudi soir par une démonstration de force avec 200 partisans enfiévrés en lançant un grand appel au changement. Aubin est en campagne depuis le début de l'année et ses pancartes étaient prêtes. Il a apporté le crédit nécessaire à sa candidature. 
Est-ce qu'il parviendra à sortir Yves Lévesque de son apparente zone de confort? Ce dernier ne s'est pas empressé hier pour déposer son bulletin de présentation, comme l'ont fait la plupart des maires sortants dans les grandes villes, dont Coderre et Labeaume. Il n'a même pas confirmé qu'il solliciterait un nouveau mandat, ce qui ne fait de doute dans l'esprit de personne. 
Yves Lévesque n'a pas encore mobilisé son équipe de campagne ni fait ramasser du financement. Ça fait un peu zen. Un peu trop sûr, pourrait-on penser, convaincu qu'il est que son bilan des 16 dernières années parlera très fort, comme des trompettes de Jéricho qui vont abattre toute opposition.  
Ce serait oublier que ceux qui ne l'aiment pas, ne l'aiment vraiment pas et qu'ils vont se lever de bonne heure le 5 novembre pour aller voter. 
Par contre, si Lévesque s'applique à paraître au-dessus de ses affaires, lui qui en a l'art et l'aisance s'est remis ces derniers mois à distribuer les accolades chaleureuses et les poignées de main à tout venant. Là-dessus, il est d'une efficacité redoutable.
On peut penser, il est vrai, que le maire sortant ne craint pas l'entrée en scène d'un second adversaire, l'ex-commissaire industriel André Bertrand.
Malgré toutes ses explications pour son entrée aussi imprévisible que tardive dans la lutte à la mairie de Trois-Rivières et toutes ses dénégations, il n'aura probablement pas assez de temps d'ici le jour du scrutin pour convaincre tout le monde de son indépendance politique et de ses bonnes intentions. 
Chez le gros des adversaires à Yves Lévesque, qui ont fait d'Aubin leur général de combat, Bertrand n'est là que pour diviser le vote d'opposition. Ils ne peuvent le voir autrement. Ce n'est peut-être pas fondé, mais on n'a encore vu personne vouloir gager un gros montant sur la victoire de celui-ci. Si personne ne lui accorde de chances de victoire, que vient-il alors faire dans cette galère?
Curieusement, on n'entend pas de reproches à son endroit du côté des supporteurs de Lévesque. À n'y rien comprendre?
Au moins à Trois-Rivières, à comparer aux autres villes de la région, on a l'impression qu'il y a une campagne électorale. Et elle est déjà particulièrement vive dans plusieurs secteurs. Là, la chicane est ben poignée.
Coup de griffe
Louiseville est sûre d'en avoir, Trois-Rivières en espère, Bécancour y est ouverte et Nicolet ne serait pas contre: la production de cannabis. La région deviendra-t-elle la «pot country» ou la petite Colombie du nord?
Coup de coeur
À l'homme d'affaires, mais surtout grand travailleur humanitaire Rénald Laquerre, «acquitté» parce qu'il avait par mégarde contribué 100$ de trop à une caisse électorale. On est parfois pas loin de l'insignifiance.