Le trip de Billy

CHRONIQUE / Un centième de seconde avant que la réceptionniste de la clinique vétérinaire ne réponde, j’ai soudainement réalisé à quel point la raison de mon appel était d’une absurdité sans nom.

Puis, le temps que ma pulsation cardiaque se mette à s’emballer, voilà que je me retrouvais plongé au cœur du volcan, car à l’autre bout du fil, on me demandait ce qu’on pouvait faire pour m’aider.

« Bien le bonsoir madame, j’ai un problème plutôt embarrassant concernant un de vos patients qui s’appelle Billy le chien », que j’ai dit avec un ton de voix qui m’a rappelé celui que j’utilisais à l’adolescence lorsqu’on passait nos vendredis soirs à enregistrer sur des cassettes nos meilleurs coups de téléphone, sauf que cette fois-là, la raison de mon appel était diablement vraie.

Avec du recul, j’imagine que lorsque la dame au bout du fil a entendu « problème plutôt embarrassant », un petit arbre de possibilités est apparu dans sa tête et gageons qu’elle avait déjà une très bonne idée de ce dont il s’agissait.

C’est alors que je lui ai raconté que nous arrivions d’un souper chez ma belle-mère, puis qu’en entrant dans la maison, nous avions découvert avec horreur que Billy était parvenu à ouvrir un pot scellé qui contenait des gélules de cannabis. En d’autres mots, non seulement notre chien avait mangé du pot, mais en plus, il était tombé dans le caviar du pot.

Billy, lui, agissait encore bien normalement, mais à la différence de votre « pote » qui vous jette un drôle de regard tout en vous confiant avec amusement un truc du genre « hey boboy que chus buzzé là », je ne pouvais que me fier à son état général.

Comme c’était le vendredi soir et qu’il approchait 21 h, la dame m’a gentiment expliqué qu’il n’y avait aucun vétérinaire disponible pour le moment et que je devrais payer un montant assez salé pour en faire déplacer un. La dame m’a ensuite rappelé quelques minutes plus tard pour m’informer que le mieux que je pouvais faire pour l’instant était de lui faire boire du peroxyde pour qu’il expulse le plus possible le pot de son estomac, avant qu’il soit ingéré par son système.

Quelques minutes plus tard, je vais vous épargner les détails, mais bon, le peroxyde semblait avoir fait son effet.

À partir de ce moment, tout ce qu’il nous restait à faire, c’était de croiser les doigts en espérant que Billy n’ait pas trop un gros badtrip. D’ailleurs, il y a vraiment avantage à lui éviter un badtrip, parce que chez les chiens, un trip de pot peut durer jusqu’à 72 heures.

Malheureusement pour Billy, j’ai compris plus tard en soirée que le pauvre chien était complètement déchiré. Ici, je dis « complètement », mais vous comprendrez que ce n’est pas dans ces mots-là qu’il me l’a dit. En fait, j’ai déduit cela quand il est venu me voir sur le divan et que j’ai réalisé qu’il n’avait jamais bouffé la petite croquette que je lui avais donné une heure auparavant. Lui, il devait être convaincu de l’avoir mangée, car il a bondi de surprise en la voyant soudainement retomber de sa gueule.

Un peu plus tard, il est revenu me voir sur le divan et cette fois-ci, il avait une barbe. Et là, je ne blague même pas en vous disant ça. Comme il venait de jouer avec une de ses peluches, il avait toute une barbe de rembourrure autour de la gueule, alors je lui ai dit : « Hey Billy, ça te dirait d’écouter un peu de Pink Floyd ? »

À un autre moment aussi, il s’est soudainement réveillé pour se placer au milieu du salon et il a jappé un seul coup. Après ça, il m’a regardé comme pour me dire : « Bordel, c’est moi ou ce jappement était con comme la lune ? » Et il est allé se recoucher.

Maintenant, que tout le monde se rassure : Billy est redevenu tout à fait normal. Et pour ceux et celles qui pourraient penser que j’ai passé trois jours à me marrer de mon chien, sachez qu’en fait, j’ai été en semi-panique pendant près de trois jours.

En tout cas, ça aurait été l’événement déclencheur pour que je me décide enfin à acheter un petit coffre-fort, question d’y ranger mes trucs « dangereux », et chaque fois que j’active le code électronique pour l’ouvrir, je m’assure que Billy ne regarde pas par-dessus mon épaule.