Le maire de Shawinigan Michel Angers.

Le risque de l’humeur sombre

CHRONIQUE / Michel Angers, le maire de Shawinigan, ne cache pas qu’il «envie» les villes de la périphérie de Montréal comme celles qui entourent Québec, de profiter d’un développement socio-économique facile qui se fait par simple effet d’entraînement.

Alors que pour sa ville, et c’est aussi le cas, reconnaît-il, des autres villes de la Mauricie, il faut se battre constamment et déployer beaucoup d’efforts pour des résultats pas toujours au rendez-vous, souvent mitigés.

Ce n’est pas la première fois que le maire de Shawinigan évoque sa frustration devant cette situation.

C’est vrai que dans les villes de la première couronne de Montréal, et c’est aussi le cas de toutes les autres couronnes, la croissance semble toujours au rendez-vous. Les emplacements industriels y sont toujours remplis à capacité, les locaux commerciaux s’y multiplient et les espaces administratifs où logent les entreprises de la nouvelle économie du savoir ne suffisent pas toujours à la demande.

Alors qu’il a l’impression qu’il lui faut se battre sans répit pour la moindre start-up et qu’en dépit de réussites bien réelles, il y a toujours plein de pépins et de déceptions qui surviennent.

On n’a qu’à penser à Nemaska Lithium, dont l’avenir était jusque-là plus que prometteur, qui est venu gâcher la fin de l’année avec une mise en faillite qui rend sa potentielle production à grande échelle incertaine.

Alors, quand lors de rencontres de maires, des collègues lui racontent comment tout roule tellement rondement chez eux, il fait quelques petites montées de pression intérieures. D’accord, il n’en fait pas qu’à ces moments-là...

On peut se tromper, mais devant la Chambre de commerce et d’industrie de Shawinigan où il prononçait cette semaine sa conférence annuelle, Michel Angers pouvait laisser l’impression d’une certaine lassitude et qu’il aurait peut-être besoin d’un bon «pep-talk».

C’était pourtant l’auditoire le plus susceptible de lui distribuer les tapes dans le dos et de lui remonter le moral.

Il ne fait pas de doute que le maire Angers demeure très apprécié et respecté des membres de la Chambre de commerce et de leurs invités. Mais si on l’a applaudi avec une certaine vigueur, on ne lui a pas réservé le bonheur d’une ovation debout, ce «standing ovation» qui grise tous les orateurs qui l’obtiennent.

Même la formule d’échanges directs qu’il avait conçue pour dynamiser la rencontre est tombée presque à plat puisqu’on a finalement très peu réagi à ses invitations d’apporter des suggestions ou des solutions aux dossiers qu’il leur soumettait.

Il faut dire que les fins et débuts d’année ne sont pas toujours faciles pour le maire à Shawinigan. Il lui faut toujours s’expliquer, sans toujours convaincre, sur les comptes de taxes ou/et sur le déneigement, dont les coûts, à hauteur de 10 pour cent du budget municipal, sont devenus exorbitants.

Cette année, il lui a fallu ajouter la colère de résidents de Lac-à-la-Tortue, qui ont maintenant de la bonne eau potable et des égouts pour tout évacuer, mais qui digèrent mal la taxe d’amélioration locale qu’ils devront désormais acquitter.

On sent son exaspération quand il mentionne que «des taxes d’amélioration locale, ça existe ailleurs dans la ville et dans les autres villes». Ou quand il rajoute, avec une pointe de cynisme, que «quand ça va mal, on en parle et on en parle...»

Michel Angers a atteint en novembre sa dixième année comme maire de Shawinigan et commence probablement à vivre le spleen du troisième mandat.

Avec 60 pour cent des suffrages exprimés, il a toute la légitimité d’agir et, même s’il est régulièrement confronté à de la grogne citoyenne, on ne lui décèle pas d’opposition structurée en vue des prochaines élections, dans deux ans. Certes, l’ex-député Pierre Giguère sonde le terrain, mais on est encore loin d’une annonce officielle.

Le maire Angers n’a donc pas de raison d’être rongé par l’inquiétude, ce qui ne l’empêche pas d’exprimer plus promptement ses impatiences et n’a peut-être pas tant besoin que ça de justifier les moindres décisions prises par son conseil municipal, même si elles peuvent lui apparaître injustement contestées.

On le voit maintenant aux réunions du conseil municipal. On limite la période de questions et un gardien monte la garde dans le fond de la salle, au cas où...

C’est vrai qu’on était loin de toujours y mettre la forme, qu’il faut tenter de faire baisser le ton et un peu apaiser les humeurs (en fait, les mauvaises humeurs).

Ce n’est pas facile et on le voit souvent dans d’autres assemblées municipales où il y a des débordements et des engueulades sévères, mais il faut probablement consentir à un petit défoulement citoyen. Il faut laisser à ces gérants d’estrade, même si ce sont souvent les mêmes qui montent au micro, un peu d’exutoire. C’est long attendre quatre ans pour exprimer ses ressentiments, d’autant que ce n’est pas parce qu’il y a une campagne électorale qu’on est plus entendu.

C’est vrai que les missions à l’étranger qu’on lui reproche génèrent des retombées et sont payées par Québec et Ottawa ; que le compte de taxes moyen à Shawinigan est dans la moyenne par rapport aux villes comparables; qu’on mérite une zone d’innovation parce qu’on s’est fait voler la direction du Réseau national des pôles d’innovation; que même si ça chiale, Shawinigan aura la plus belle marina du Québec, fortement subventionnée; que si la ville possède un grand parc industriel vide, on lui trouvera bien une vocation... et tant pis s’ils étaient 400 citoyens en début d’année à protester contre leurs évaluations municipales et même plus une centaine en novembre pour entendre ses savantes explications sur les finances de la ville...

Tant pis si les compliments ne pleuvent pas toujours au mérite, après dix ans, ce qui guette maintenant Michel Angers, c’est, comme cela est souvent arrivé à plusieurs autres maires, qu’il devienne ombrageux.

Coup de griffe: Il y aurait peut-être moins de controverses sur qui occupera le nouveau colisée de Trois-Rivières si le Canadien avait enfin un club pour faire les séries.

Coup de cœur: Si ça continue, il va peut-être falloir construire un second amphithéâtre à Trois-Rivières sur Saint-Laurent!