Le plan secret du remplaçant

CHRONIQUE / Je n’aime pas parier. Surtout pas de l’argent. J’embarque dans le groupe de loterie du bureau mais c’est le seul montant que je mets en jeu.

Mon conjoint a rapidement compris à notre première visite au casino que ce serait probablement notre dernière…

Il insistait pour que je parie une petite somme, juste pour le plaisir. Après avoir extirpé un caribou de mon portefeuille, je l’ai donné à manger à une machine qui faisait clignoter de façon agressante ses lumières multicolores. Elle a recraché 75 sous. Je les ai empoignés, mis sous le nez de mon chum et je me suis déclarée gagnante de cette visite dans la maison de jeu.

Pour sa part, mon conjoint aime bien jouer au poker. Il a essayé à maintes reprises de me partager son intérêt. Ça fonctionne, tant et aussi longtemps qu’il n’y a pas de véritables sommes en jeu.

Un matin, on s’est relayé à la barre du segment scolaire de notre horaire de confinement. Je lui ai fourni quelques exercices mais il avait un plan en tête, qu’il s’est bien gardé de me partager.

Je m’enferme dans le bureau, délivrée de cette tâche quotidienne, pour travailler tranquille, pour une fois! J’essaie de ne pas porter attention à ce qui se passe l’autre côté de la porte… mais une mère n’est jamais vraiment en congé, n’est-ce pas? À un moment, je n’entends plus le bruit de fond habituel… je suis intriguée. Est-ce que mon amoureux aurait plus de succès que moi comme prof? Est-ce que les enfants vont le préférer à moi? J’ouvre la porte légèrement… et je ne perçois que des murmures accompagnés de claquements de jetons de plastique.

Je ne peux plus me concentrer sur mon travail. Que se passe-t-il? Je me dis que je n’ai pas le choix d’aller voir en douce ce qui se passe.

C’est avec stupéfaction que je constate que mon époux chéri a décidé d’apprendre les pourcentages aux deux plus vieux en leur apprenant à jouer... au poker!

Il n’y avait pas d’argent en jeu, je vous rassure. Il avait ressorti, avec un plaisir enfantin, ses jetons de jeu colorés qui s’empoussiéraient depuis longtemps dans le sous-sol.

Les enfants étaient attentifs… et tranquilles! Juste pour ça, je ne pouvais certainement pas m’insurger contre l’idée.

Je me suis jointe à eux et je dois avouer que j’ai eu beaucoup de plaisir à essayer de lire les visages de mes apprentis mais surtout à voir leur fierté quand ils réussissent à faire croire aux autres que les deux cartes qu’ils ont en main sont les meilleures… même si c’est loin d’être le cas!

Je ne sais pas si mes enfants ont vraiment amélioré leur habileté à calculer les pourcentages mais je peux vous assurer qu’on a passé un sacré bon moment! Je n’aurais pas parié là-dessus.

Mon remplaçant était bien fier de son coup…

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À la suite de ma chronique Super mamie à la rescousse, j’ai reçu plusieurs messages de grands-parents qui s’impliquent dans l’éducation de leurs petits-enfants. Une de mes anciennes enseignantes, Mme Bergeron, m’a mentionné qu’elle accompagnait aussi sa petite-fille qui habite dans la région de Québec dans ses apprentissages tous les jours. Quelle belle opportunité de rester connectées malgré la distance!

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Pour me partager vos expériences familiales en ces temps d’isolement écrivez-moi à kim.alarie@lenouvelliste.qc.ca