Le premier ministre Philippe Couillard disait vendredi matin ne pas être surpris que son candidat vedette Enrique Ciccone ait d’abord sollicité la Coalition avenir Québec… alors que ce dernier ne l’a pas fait.

Le nouveau danger

Commençons par un détour distrayant, révélateur et d’une bouillante actualité.

La rumeur à l’effet qu’Enrico Ciccone lorgnait la politique roulait depuis un moment déjà lorsque j’ai raconté sur les ondes de Cogeco, le 9 août, qu’il aurait d’abord — selon la CAQ — sollicité le parti de François Legault, exigé un comté gagnant, puis, devant un refus, se serait rabattu sur le PLQ.

Dans les heures suivantes, j’échangeais avec Enrico Ciccone dans le style franc et coloré qu’on lui connaît. Il m’a assuré ne pas avoir sollicité, mais bien avoir été sollicité par la CAQ. Ce n’est pas la même chose. Il peut ainsi revendiquer un engagement par conviction plutôt que par opportunisme. Il aurait cependant accepté de rencontrer le controversé candidat et président de la CAQ, Stéphane Le Bouyonnec. Pas d’affinités. Le fier-à-bras sympathique s’en serait allé au PLQ. C’est ce que j’ai raconté le lendemain, 10 août, toujours sur les ondes de Cogeco. Je m’étonne qu’on en fasse une «nouvelle» nouvelle une semaine plus tard.

La CAQ a en main, me dit-on, les courriels prouvant la sollicitation de Ciccone auprès d’eux. Vendredi matin, voulant tirer ça au clair, j’ai joint le présumé intermédiaire entre Ciccone et la CAQ. Le défenseur au verbe facile ignorait, assure-t-il, que son ami avait contacté une ancienne collègue devenue députée de la CAQ. Mieux : les courriels que la CAQ aurait évoqués et que personne n’a vus ne contiendraient pas le nom d’Enrico Ciccone, mouillant irrémédiablement le pétard. Pourtant, le premier ministre disait vendredi matin ne pas être surpris que son candidat vedette ait d’abord sollicité la CAQ… alors qu’il ne l’a pas fait.

Dans l’intervalle, donc, le PLQ décide de céder la circonscription de Marquette au hockeyeur. Pour ce faire, on en dégomme sans ménagement le député et vice-­président de l’Assemblée nationale François Ouimet, qui ne ménage à son tour ni larmes ni colère pour se dire trahi par Philippe Couillard. La réaction média est dévastatrice. On ne demande toutefois pas pourquoi il fallait, d’entrée de jeu, qu’un élu doive demander s’il allait être de nouveau candidat dans son propre comté. Normalement, c’est une évidence. On ne tasse pas un député sans de très bonnes raisons. Ou encore ça faisait partie de l’entente initiale, certaines circonscriptions «sûres» étant «prêtées» aux élus et le parti se gardant le droit de les reprendre pour y investir des candidats de prestige. On doit donc supposer que François Ouimet avait des raisons de s’inquiéter et a voulu être rassuré par le premier ministre, lequel s’est exécuté… avant de revenir sur sa parole.

Quel est le rapport avec le BAROMÈTRE ÉLECTIONS 2018 de Groupe Capitales Médias et Mainstreet? La date!

Le PLQ a choisi de laisser connaître, «fuir», le nom de la circonscription où Enrico Ciccone se présenterait mercredi. Tel que mentionné, la réprobation publique s’est avérée très sévère à l’encontre des libéraux. Mercredi était aussi le premier jour de sondage roulant du BAROMÈTRE. 

Quelque 800 répondants interrogés dans la journée de mercredi remplaçaient ceux de dimanche dans l’échantillon de 2400 appels. Or jeudi matin, on y observait un repli de 0,7 % du PLQ et un progrès de 0,9 % de la CAQ. Écart accru de 1,6 % en faveur des troupes de François Legault. En un jour. Marge d’erreur. Pas significatif peut-être… Sauf que ce matin, l’écart se creuse d’un autre 1,5 % avec un nouveau repli de 0,7 % du PLQ et un gain de 0,6 % de la CAQ. 3,1 % en deux jours.  

Une tendance se dessine. Dévastatrice pour le PLQ, elle place davantage la CAQ en territoire majoritaire avec un écart de 5 % chez les décidés et enclins et, surtout, de près de 15 % chez les francophones. De plus, ce n’est pas tant sur l’île de Montréal que le PLQ subit un recul — sa base y est solide —, mais ce sont plutôt les électeurs de l’ensemble du territoire qui le sanctionnent.

Chaque matin, soyez assurés que les passionnés de politiques iront voir si de telles tendances se maintiennent. Les journalistes tenteront, sous réserve de la propriété intellectuelle sur les données et leur publication, d’en extraire de la nouvelle. Les stratèges y mesureront l’efficacité de leurs tactiques de la veille pour soutenir ou renverser les tendances.

Ainsi, les nouvelles et les tendances seront influencées par cette mesure quotidienne que plusieurs partis faisaient déjà au cours des campagnes, à ceci près que le renouvellement des 2400 répondants du BAROMÈTRE chaque trois jours et la précision des données rendues publiques auront un effet d’entraînement. Le procédé pourrait agir comme accélérateur et stimulant de ces mêmes tendances. Une nouvelle réalité politique que les partis politiques devront apprivoiser pour éviter, comme le Parti libéral, de faire les frais de la mesure immédiate d’une possible mauvaise décision au mauvais moment.

Le BAROMÈTRE ÉLECTIONS 2018 est un nouveau danger dans le quotidien du conseil de guerre des partis au Québec. Sauront-ils lire et influencer des tendances mesurées au jour le jour?