Mathieu Naud, alias Monsieur Reptile, et la petite Morigane, 2 ans. Sans oublier Denise...

Le meilleur ami des reptiles

«Dans cou! Dans cou!»
Morigane sautille devant l'étagère en pointant un bac de plastique que Mathieu Naud fait glisser vers lui, comme un tiroir. Triomphante, la bambine de 2 ans cesse immédiatement de piaffer d'impatience pour devenir sage comme une image. Elle n'a plus besoin de répéter sa phrase de deux mots. Son papa a compris qu'elle veut «Denise» dans son cou.
À l'âge où les enfants se prennent d'affection pour leurs animaux en peluche, Morigane n'en a que pour la peau écailleuse du serpent des blés qu'elle caresse de ses petits doigts. Pendant qu'un frisson me passe dans le dos à seulement regarder cette bestiole qu'on dit inoffensive, la fillette manipule avec confiance sa copine qui se nourrit de rongeurs congelés. 
Morigane, dont le prénom s'inspire d'une déesse de la mythologie celtique, est bien la fille de son père, un drôle de spécimen, certes, mais avant tout un professionnel. Le technicien en santé animale féru d'herpétologie (la science qui étudie les reptiles et les amphibiens) sait ce qu'il fait en permettant à sa blondinette de l'accompagner au sous-sol où ça grouille et ça rampe un peu partout. 
Mathieu Naud scrute ces animaux sous toutes leurs coutures et trouve le moyen de les rendre intéressants, voire sympathiques. À force de les côtoyer, c'est devenu son boulot de démystifier un univers qui lui vaut le titre de Monsieur Reptile, nom que porte également le zoo mobile qu'il a fondé en 2011 avec sa conjointe, Sophie Guillemette.
C'est un iguane qui est à l'origine de leur rencontre. «Cocotte» (l'iguane, pas sa blonde) doit faire au moins un mètre et demi. C'est un ado longiligne de 15 ans coiffé d'une crête punk, un végétarien qui s'empiffre de légumes sous le regard amusé de Morigane dont les parents sont faits pour vivre ensemble. 
Mathieu et Sophie se marient ce week-end. Pour le meilleur, pour le pire et par amour pour la centaine de lézards, tortues, crocodiles et serpents qui ont élu domicile dans leur duplex, à Trois-Rivières.
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Mathieu Naud est comme son père, un mécanicien qui était reconnu à Lanoraie pour recueillir les animaux rejetés, perdus ou dont plus personne ne pouvait s'occuper. L'homme les gardait sous son toit ou leur trouvait une nouvelle famille. Même les agents de la faune savaient qu'ils pouvaient compter sur le monsieur pour prendre sous son aile un bébé Grand-duc d'Amérique avant de le retourner, remplumé, dans la nature. 
Son fils avait 16 ans lorsqu'il a jeté son dévolu sur les reptiles que des gens se procuraient puis abandonnaient, réalisant souvent trop tard que ces animaux de compagnie sont plutôt introvertis et exigent de vivre dans un environnement aux conditions optimales. 
Quand Mathieu Naud a mis la main sur son premier serpent, en 1993, il a tout de suite su que ce serait pour longtemps.
«Je l'ai toujours! C'est un python royal. Il a 27 ans et s'appelle Lucifer.» 
Fasciné, le jeune homme en a adopté un autre, puis un autre et un autre, sans oublier les nouveau-nés qui sont venus s'ajouter à tout ce beau monde. Au final, une trentaine de serpents ont grandi dans sa chambre où la température devait être maintenue entre 28 et 30 degrés Celcius. 
«J'ai transformé des bibliothèques en terrariums et j'ai construit des cages que j'ai accrochées au plafond pour occuper tout l'espace disponible!» 
Pauvre mère... Elle qui avait une phobie des rongeurs, fiston en faisait l'élevage pour nourrir ses colocs. 
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Titulaire d'un permis de jardin zoologique émis par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, Mathieu Naud est autorisé à posséder des animaux exotiques que la loi interdit de faire entrer dans nos chaumières. Considérés dangereux, les crocodiles en font partie. Le Trifluvien en possède trois dont Capitaine Crounch, un caïman à lunettes d'un mètre de long. Crounch, c'est pour le bruit qu'il fait en mangeant ce qui lui tombe sous la dent.
Pas un peu (beaucoup) risqué de concilier vie de famille et reptiles? Après tout, même le plus gentil des chiens peut mordre, alors un crocodile... 
Le vivarium est verrouillé à quadruple tours et les serrures sont hors de la portée de Morigane. Les serpents qui présentent une menace potentielle ont droit au même traitement, assure le technicien en santé animale qui redoute davantage la morsure du chat. La peau s'infecte profondément alors que les dents de Denise chatouillent et ne laissent aucune trace. 
«Tous les animaux qui sont ici sont faciles à domestiquer», assure Mathieu Naud en me présentant Xena, un anaconda de couleur vert olive qui mesure 3 mètres et demi (12 pieds). Un petit spécimen y paraît. 
«Dans les films d'horreur, ce serpent passe pour un monstre épouvantable alors qu'il est d'une douceur incroyable. Il faut juste prendre le temps de le connaître, de le manipuler et de l'habituer à la présence humaine.»
D'où la pertinence de trimbaler son zoo, notamment dans les écoles, camps de jour et fêtes de quartier où les enfants sont également sensibilisés contre les abandons d'animaux. 
D'ici quelques mois, le refuge devrait avoir quitté la maison pour s'installer dans un local aménagé en conséquence. Mathieu Naud souhaite y ouvrir un centre d'interprétation... et récupérer son sous-sol en le transformant en une vraie salle de jeu pour Morigane, pas un endroit où ça grouille et ça rampe un peu partout.