Jean-Marc Beaudoin
On verra dans une quinzaine de jours si les derniers débordements dans certains bars au Québec feront rebondir les nouveaux cas de covidi-19.
On verra dans une quinzaine de jours si les derniers débordements dans certains bars au Québec feront rebondir les nouveaux cas de covidi-19.

Le last call des OK Boomer

CHRONIQUE / Avec l’ardeur caniculaire qui se manifestait toujours jeudi soir, il a dû être difficile pour beaucoup de ne pas répondre positivement, probablement même avec un enthousiasme certain, au cri de ralliement qui leur était lancé sur certains réseaux sociaux.

Comment en effet résister à cet appel de profiter «du dernier soir où les bars seront ouverts jusqu’à 3 heures du matin»?

Bref, c’était profitons-en car c’est le dernier soir où l’on pourra faire la fête jusqu’aux petites heures sans aucune retenue, pressés les uns contre les autres, le verre en l’air, les cris festifs à pleine bouche postilllante et la musique-piston du DJ qui met les corps en eau.

On verra dans une quinzaine de jours si ces derniers débordements, comme ceux qui les ont précédés dans un certain nombre de bars au Québec (dont à Trois-Rivières), surtout chez ceux de style disco, et qui ont convaincu le gouvernement de désormais réduire immédiatement leurs heures d’ouverture et de leur imposer de nouvelles restrictions, feront rebondir les nouveaux cas de COVID-19.

C’est ce que l’on redoute par-dessus tout. Si ces rassemblements festifs excessifs ne sont pas de puissantes sources d’éclosion du virus, puisqu’il n’y a plus de distanciation physique qui tienne, pas plus que de protections sanitaires, c’est qu’il n’y aurait plus de risque. Or, cela, personne n’y croit et on se tourne volontiers vers les États-Unis, qui abattent à tous les jours des records mondiaux pandémiques, mais dans le mauvais sens, parce qu’on s’est autorisé toutes les libertés de comportement.

À propos des bars, on pourra reprocher au gouvernement de frapper sur tout le monde alors qu’il n’y a eu qu’un certain nombre de véritables délinquants. Mais dans ces derniers cas, des délinquants dangereux, car peu soucieux des risques de reconfinement massif qu’ils faisaient courir à la société, grisés par les bruits de leur caisse enregistreuse. Tant pis pour la gang de malades!

Quand vous vous permettez de faire ce que les autres n’osent pas faire parce que respectueux de l’esprit réglementaire et du bien public, vous vous accordez un avantage concurrentiel. Ce fut d’autant possible que ceux-ci ont profité d’un certain flou dans les consignes qui ont fait que les autorités policières ont jugé que leurs services n’avaient pas à intervenir pour freiner ces dérives.

Cela devrait changer.

On s’entend que dans toutes les générations, il s’est trouvé des gens qui ont allègrement transgressé les consignes sanitaires, en particulier celles de la distanciation physique. Mais, on l’a vu sur les plages et depuis deux semaines, dans certains bars, les plus jeunes ont voulu vivre plus massivement le déconfinement, volontairement perçu comme une liberté totale enfin méritée. Même s’ils entendaient bien qu’on les prévenait, comme tout le monde, du contraire.

Il faut dire que les statistiques générales sur une pandémie devenue comme matée étaient plutôt encourageantes. Surtout, les jeunes générations d’adultes ont déduit de l’expérience récente de la pandémie que s’ils étaient peut-être les plus grands porteurs du virus, c’était plus ou moins sans grand dommage pour elles. Ce n’est pas les jeunes qui ont fait la chronique nécrologique, mais les plus âgés, ceux des CHSLD.

Tout le monde a à peu près été soumis aux mêmes sacrifices. Mais dans les générations montantes, il est de plus en plus apparu dans leur esprit qu’il appartient à ceux que le virus met en danger d’appliquer les mesures préventives nécessaires, de se limiter au besoin dans l’espace public. Bref, que s’il doit y avoir à nouveau un «envoye à maison», ça ne devrait plus concerner les plus jeunes.

S’ils ont été écoutants ou disciplinés, il n’est en effet pas acquis qu’on pourra si facilement à nouveau leur imposer autant de restrictions, advenant que la pandémie soit relancée.

Le nouveau «last call» des bars, qui ne touchera essentiellement que la clientèle jeune, pourrait relancer ce «Ok boomer» qui avait commencé à prendre de l’ampleur dans le monde.

Déjà qu’entre la génération des milléniaux et les boomers, il y avait certaines incompréhensions avant la pandémie. Les premiers sont tannés de la condescendance des plus âgés à leur endroit, de leur péremptoire autorité sociale, même de leur aisance économique présumée, mais aussi de ce que plusieurs d’entre ceux-ci n’éprouvent pas les mêmes nervosités sur l’état de la planète et ce qu’ils estiment être l’urgence d’agir. Sans compter que plusieurs d’entre eux, en plus, se moquent de Greta, leur icône. Les seconds voient les jeunes adultes comme des rêveurs qui refusent de vieillir, qui ont eu tout tout cru, et qui ne font rien pour maintenir les acquis «bourgeois» de notre société.

On ne départira pas les torts des uns ou des autres, mais les générations montantes ne sont pas non plus sans comprendre que c’est à elles qu’il reviendra, bon gré, mal gré, de régler la colossale ardoise budgétaire qu’ont montée, en quelques mois seulement, nos gouvernements, en particulier celui d’Ottawa.

Alors, que dès les premiers instants du déconfinement, ils aient eu envie de crier «maintenant, vivez vos vies et laissez–nous vivre la nôtre comme on l’entend», ne devrait pas surprendre.

Il y aura un effort supplémentaire de pédagogie à faire pour les convaincre de revenir aux grandes précautions de distance. Ils n’en ont plus le goût. On peut même redouter de leur part un certain niveau de désobéissance civile. On verra !

L’argument qu’ils doivent se limiter dans leurs libertés par empathie, pour sauver la vie «des vieux», a moins de résonnance.

C’est probablement pourquoi on scrute dans les explosions pandémiques qui suivent chaque événement de masse aux États-Unis, les statistiques sur les cas concernant les jeunes et on met un grand-angle, sur ceux qui évoluent en cas d’hospitalisation.

Pour qu’à leur tour, la peur les gagne...

Coup de cœur: Puisqu’il fait et fera encore chaud, on est justifié de lever un verre de «Vide bouteille» pour célébrer les 50 ans du parc national de la Mauricie.

Coup de griffe: Avec cette nouvelle avalanche de dénonciations, et avec les noms qui sont mis en cause, le Me Too québécois fait s’en tordre de rire plusieurs. Ça suffit! Holà, les Lolos!