Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
Le directeur national de Santé publique, le Dr Horacio Arruda s’est excusé en toute fin de point de presse, devenant même trop ému quelques secondes pour parler.
Le directeur national de Santé publique, le Dr Horacio Arruda s’est excusé en toute fin de point de presse, devenant même trop ému quelques secondes pour parler.

Le faux pas du Dr Arruda [VIDÉO]

CHRONIQUE / Encore beaucoup d’incertitudes avec la COVID-19 et la sortie de crise, mais une chose ne fait sûrement plus aucun doute maintenant pour le Dr Horacio Arruda : il y a un danger à mélanger les genres et à sortir de son rôle de directeur national de Santé publique.

Autant j’éprouvais un malaise à voir le Dr Arruda annoncer la xième saison d’une émission radiophonique, se plaindre des gérants d’estrade comme Mona Nemer, ou jouer les rappeurs alors que la situation demeure catastrophique à Montréal, autant j’ai trouvé désolant mardi de voir ce scientifique en larmes lors de la conférence de presse de 13h, aux côtés de François Legault et Danielle McCann. 

On dit souvent que la vie politique est difficile et ingrate. On sait maintenant que le rôle d’un directeur national de Santé publique peut l’être aussi en temps de crise.

Le système de santé avait des lacunes avant l’arrivée du coronavirus. Les opérations de confinement, puis de déconfinement, sont des opérations inédites et fort délicates. La tâche du directeur est ardue, tous en conviendront. 

Le Dr Arruda s’excuse s’il a blessé des familles endeuillées avec son rap. Il a exécuté un faux pas. 

Cela ne devrait pas minimiser tout le travail réalisé par celui-ci et son équipe depuis des semaines.

Quand une situation est hors de contrôle, ce n’est pas le meilleur moment de danser et de faire une vidéo-clip, même si quelqu’un prétend que c’est pour une bonne cause. Il y a pire cependant comme faute.

Vous en connaissez beaucoup de gens qui se réveillent à 2h du matin et dont le coeur tourne en regardant les décès? Vous en connaissez beaucoup de docteurs qui voudraient travailler jour et nuit à sa place et qui sont convaincus que leur stratégie et leur approche seraient meilleures que les siennes?  

Au début de la crise, une page a été créée en l’honneur du Dr Arruda sur Facebook. «Horacio, notre héros». Si les Québécois ont été très nombreux à suivre les consignes de confinement- nous étions parmi les meilleurs selon Google- c’est notamment parce que la population avait confiance au jugement et aux analyses du directeur national de Santé publique. 

Pour une danse avec un rappeur alors que des centaines de personnes meurent de la COVID-19, il passe maintenant de héros à zéro aux yeux de certains.

Le choc est brutal. On comprend l’homme d’être bouleversé par la hargne exprimée à son égard sur les médias sociaux, et de pleurer. 

Ce qui était des qualités du DHoracio Arruda dans les premières semaines de confinement- sa sensibilité, sa spontanéité, sa joie de vivre, son langage accessible- se mute en des défauts plus la crise s’étire et fait des victimes.

Ses mimiques, sa gestuelle pour aplatir la courbe, ses pas de danse, ses envies de tartelettes et les efforts qu’il fait pour alléger l’atmosphère, ne passent plus aussi bien auprès d’une partie du public. 

Il est d’ailleurs étonnant que la personne d’expérience embauchée pour le conseiller dans ses communications publiques ne l’ait pas avisé du danger à confondre les rôles d’amuseur public et de directeur de santé publique.  

Même si Horacio Arruda a été tenté par des études en théâtre, la gravité de la situation, notamment dans les CHSLD et à Montréal, commande de ne pas déroger au texte attendu d’un directeur de Santé publique.

Rappelons que le Dr Arruda n’est pas le seul à tenter parfois de mettre une note de légèreté dans cette période funeste et inquiétante. François Legault l’a fait à sa manière en parlant de la Fée des dents et du Lapin de Pâques, tous deux immunisés et services essentiels. 

Scientifique et politiciens doivent cependant doser savamment ce type d’interventions.

La confiance de la population à l’égard des décisions prises et du plan de match pour la suite des choses est plus importante que jamais durant le déconfinement.  

La critique populaire était presque sur pause depuis la mi-mars. Elle ne l’est plus.