Le face-à-face qui fesse

CHRONIQUE / Ce n’est pas la campagne électorale et pas davantage le premier débat en français des chefs politiques fédéraux qui a enfiévré cette semaine les Trifluviens et leurs voisins.

C’est plutôt le face-à-face «impromptu» de la conseillère municipale Mariannick Mercure avec Yves Lévesque, son ancien maire pas adoré (par elle, bien sûr) et actuel candidat conservateur dans Trois-Rivières, criminalisé... sur le plan climatique, qui a fait jaser dans les chaumières comme en dehors. L’incident s’est même hissé au niveau national.

Si les opinions ne sont pas encore toutes complètement forgées sur quel parti devrait former le prochain gouvernement, tout le monde avait le goût de faire connaître la sienne sur le «topo» de Mariannick Mercure.

Peu importe ce qu’on en pense, on peut au départ tous convenir que son intervention a avant tout profité à Yves Lévesque. Il a pris des allures de victime et tous les projecteurs ont été détournés vers lui, faisant même glisser au second plan une participation citoyenne sans précédent sur ce qu’on qualifie d’urgence climatique.

Ce n’était assurément pas l’objectif recherché. En cela, l’action de la conseillère a été un flop total.

En demandant à Denis Roy, lui aussi conseiller municipal, qui marchait à ses côtés, de filmer la scène, on peut penser qu’on s’attendait à ce qu’Yves Lévesque, dont le caractère bouillant est de grande notoriété, s’emporte, vocifère, lui crie des bêtises, l’insulte même, bref qu’il fasse un fou de lui.

Cela aurait fait des images truculentes à partager le plus largement possible, des images qui auraient fait le national, en lui donnant mauvaise image.

Au contraire, si c’était un piège, Yves Lévesque l’a habilement déjoué. D’ailleurs, la surprise, s’il y en a vraiment une dans cette confrontation, c’est justement qu’il ne se soit pas emporté. Ça ne lui ressemble pas. Peut-être la longue convalescence qu’il a traversée l’a transformé plus qu’on pense. Un nouvel homme? On n’ira pas jusqu’à dire «amélioré», car ce serait déclencher une nouvelle volée de protestations, car on s’entend qu’il ne fait l’unanimité.

L’explosion de réactions qui a suivi la diffusion de la vidéo montre bien que les opinions sont encore très partagées, sur Yves Lévesque comme maintenant sur la conseillère du district des Forges.

Si on en faisait un décompte, on devrait cependant admettre qu’il y a eu plus de critiques, et des sévères, à l’endroit de Mariannick Mercure qu’envers Yves Lévesque, qui n’a quand même pas été épargné.

Les deux protagonistes ont souvent croisé le fer à l’hôtel de ville. Cela explique peut-être que l’ex-magistrat n’ait pas plus réagi en voyant la conseillère surgir devant lui et l’apostropher comme elle l’a fait sur son présumé manque d’ardeur écologique, même s’il se promène pépèrement en auto hybride, lui qui ne connaissait qu’une pédale, l’accélérateur à gaz.

N’empêche que cette confrontation a comme sonné le réveil des vieilles chicanes.

La trêve qui s’était installée après la mise au rancart de Vision zéro, prétexte d’affrontement entre les pros et les anti-Lévesque, temporairement transposée dans la campagne à la mairie, est terminée.

On aurait dû être prévenu qu’on voulait de part et d’autre regagner le champ de bataille (verbale, s’entend) avec la fin d’une certaine lune de miel pour le maire Jean Lamarche.

Avec Lévesque en personne comme «victime» de «l’insolente» Mercure, la pluie des insultes réciproques s’est rabattue dans les médias sociaux, avec sensiblement les mêmes protagonistes.

Les attaques à l’endroit de Lévesque sont connues et elles n’ont guère changé. Par contre, l’arrivée de Mariannick Mercure comme objet de controverses hargneuses et principale belligérante dans le film qu’elle a fait tourner, c’est nouveau.

On ne répétera pas tous les vilains mots qu’on lui a adressés, question d’éthique.

Comme en plus, à la différence du cinéaste d’occasion, Denis Roy, qui a présenté des excuses, non seulement Mariannick Mercure a refusé de le faire, mais elle a réaffirmé son ardeur au combat et prévenu de son désir de nuire aux automobilistes... sous les applaudissements de jeunes partisans.

Faut-il s’étonner qu’en plus de la blâmer, on ait réclamé à hauts cris sa démission comme conseillère municipale?

Elle n’a pas à le faire. Il appartiendra aux électeurs du district des Forges de statuer sur son sort aux prochaines élections municipales, si elle demeure sur les rangs. Car ce n’est pas encore acquis que ce sera le cas. Elle y réfléchit.

Son geste était déplacé, cela fait peu de doute. En fait, ce qui en a fait un geste sujet à critiques, c’est qu’il avait été planifié, enregistré et diffusé. C’est moins banal, comme elle l’a suggéré, ou anecdotique, comme l’a perçu le conseiller Roy.

Autrement, oui, on a bien le droit entre opposants de se faire des remontrances.

Rappelons que s’il ne lui appartenait pas de décider qui a les vertus requises pour participer ou pas à cette marche, la conseillère est demeurée polie en s’adressant à Yves Lévesque en l’appelant monsieur et en le vouvoyant.

D’autre part, est-ce que comme élue, elle doit refléter les idées et les valeurs de l’ensemble de sa communauté? Pas du tout. Qui peut parler au nom de tout le monde?

Mariannick Mercure a été élue avec sa personnalité, ses valeurs et ses convictions. Elle est tout à fait légitimée de les affirmer. La démocratie décidera.

Cette démocratie ne s’en porte que mieux quand les différences et les courants marginaux ou minoritaires y sont représentés par des élus(es). C’est sain qu’il y ait des reflets plus à gauche ou plus à droite. C’est même nécessaire qu’il y ait des Catherine Dorion ou des Maxime Bernier.

T’en souviens-tu, Godin? Gérald, cet indépendant d’esprit, dont on se rappellera, dans une semaine, la disparition, il y a vingt-cinq ans, n’avait-il pas lui aussi un petit côté rebelle et une généreuse insolence?

Il en faut des Mariannick, mais peut-être pas majoritaires.

Coup de cœur: Il y aura de la nourriture pour tout le monde ce week-end: pour le corps au Festival de la galette de sarrasin et pour l’esprit, avec le Festival international de poésie. Dégustons les deux.

Coup de griffe: Les démocrates américains devraient peut-être demander à Poutine d’enquêter sur Donald Trump. On ne sait jamais.