Stéphan Frappier

Le Cirque du Soleil et ses nuages

CHRONIQUE / Le ciel n’a jamais été aussi nuageux au-dessus de l’Amphithéâtre Cogeco. L’annulation de tous les événements majeurs jusqu’au 31 août vient porter un dur coup à la Corporation des événements qui avait le vent dans les voiles et qui se préparait à entreprendre (déjà) une sixième saison estivale. Dans le contexte actuel, on peut même se demander s’il y aura une programmation automnale en cabaret. Bref, c’est l’incertitude la plus totale alors qu’on ne peut même pas dire à quel moment il sera possible de reprendre les spectacles en salle.

Cette crise majeure, qui frappe tous les diffuseurs du Québec, serait moins «difficile» à vivre si elle ne s’inscrivait pas dans un contexte général encore plus inquiétant. En effet, le Cirque du Soleil est au bord du gouffre et tout le monde se demande ce qu’il adviendra de ce fleuron québécois qui traîne aujourd’hui une dette d’un milliard de dollars et qui n’est plus en mesure de payer ses employés en raison de la pandémie.

Il y a cependant de l’espoir: la compagnie vient de recevoir un prêt d’urgence de 50 millions $ qui lui permettra de survivre encore un certain temps. Guy Laliberté parle aussi de rentrer au bercail pour participer à la relance et le gouvernement a déjà mentionné qu’il n’allait pas rester impassible devant la situation. Même Québecor veut faire sa part pour sauver l’entreprise. N’en reste pas moins que la situation actuelle fait craindre le pire à plusieurs partenaires.

La fin des opérations du Cirque du Soleil aurait notamment de graves conséquences à Trois-Rivières. Les cinq premières saisons de l’Amphithéâtre Cogeco n’auraient sûrement pas été autant couronnées de succès sans les prouesses des artistes de la légendaire troupe québécoise.

On peut même avancer que l’imposante infrastructure aurait eu beaucoup plus de difficulté à justifier sa présence dans le décor culturel trifluvien sans l’inestimable apport du Cirque et de son pdg Daniel Lamarre.


« Quand vous sortez de chez vous, mettez-vous un masque »
François Legault

Ce départ canon est d’ailleurs venu faire taire une grogne politique qui mettait en doute la pertinence de cet équipement culturel en région. Il faut aujourd’hui être vraiment malhonnête pour critiquer ce concept hommage unique dans le monde, qui met de l’avant la musique francophone et, surtout, qui attire des milliers de touristes des quatre coins de la province. Dire qu’il y en a encore qui n’attendent que des années plus difficiles pour ramener ce vieux débat sur la table…

Les commerçants du centre-ville de Trois-Rivières, eux, sont convaincus et n’osent sûrement pas envisager des étés sans Amphithéâtre Cogeco et, pire, sans Cirque du Soleil. Déjà qu’ils auront toutes les difficultés du monde à se relever de la pandémie et du prochain été sans événements majeurs, plusieurs d’entre eux ne se remettraient tout simplement pas d’une telle catastrophe.

Chose certaine, les dirigeants de l’Amphithéâtre Cogeco auraient à travailler fort pour trouver un nouveau produit pouvant attirer les quelque 65 000 spectateurs en moyenne qui se déplacent depuis cinq ans pour voir le Cirque du Soleil à Trois-Rivières. En 2019, des 72 000 spectateurs qui ont assisté au spectacle en hommage aux Cowboys Fringants, plus de 70 % provenaient de l’extérieur de la région.

Ces chiffres font réaliser à quel point le Cirque du Soleil est devenu important pour l’Amphithéâtre Cogeco. En fait, les deux entités sont pratiquement devenues indissociables. L’équipe en place fait un excellent travail pour attirer d’autres grands noms du spectacle, mais il est pratiquement impossible d’imaginer l’été touristique trifluvien sans les artistes du Cirque.

Il est d’ailleurs primordial que l’équipe de Steve Dubé continue à solidifier son offre parallèle pour ne pas dépendre exclusivement du Cirque du Soleil et risquer ainsi la catastrophe si le pire devait arriver.

À la Corporation des événements, on est cependant loin d’appuyer sur le bouton panique et on a la certitude que le Cirque du Soleil sera encore à Trois-Rivières dans cinq ans, soit à la fin de son nouveau contrat avec la Corporation des événements. Pour l’instant, on laisse l’inquiétude de côté et, comme partout ailleurs, on travaille davantage à trouver des solutions pour contrer les effets de la pandémie.

En attendant un ciel plus ensoleillé, le spectacle intitulé Vive nos divas, qui devait être présenté cet été, a été remis à l’été 2021. Et pratiquement tous les détenteurs de billets auraient gardé leur place. Preuve que le Cirque du Soleil à Trois-Rivières fait aujourd’hui partie des incontournables estivaux de plusieurs touristes québécois. Preuve aussi que la majorité des gens n’ont pas peur de voir le Cirque du Soleil disparaître de sitôt.

Et les Patriotes ?

Autre dossier régional qui pourrait payer le prix des difficultés financières du Cirque du Soleil: celui des Patriotes de l’UQTR. On le sait, le pdg Daniel Lamarre s’est beaucoup impliqué dans les discussions pour permettre à l’équipe de hockey universitaire d’occuper le nouveau colisée de Trois-Rivières. La participation de M. Lamarre dans les négociations donnait du lustre au projet et permettrait d’envisager un volet événementiel très intéressant.

Est-ce qu’il aura encore du temps à y consacrer alors qu’il doit sauver le Cirque du Soleil?

Est-ce que cela ouvrira finalement la porte à une équipe de la East Cost League au nouveau colisée ou, comme le mentionnait cette semaine le collègue Steve Turcotte, à une équipe de la LHJMQ?

Dossier à suivre.

À surveiller:

François Legault et ses acolytes des points de presse quotidiens sur la COVID-19 viennent sûrement de passer l’une des pires semaines depuis le début de la pandémie. Fallait s’y attendre, le poids de la crise commence à avoir le dessus sur la magie de l’efficace trio. Résultat: les critiques sont de plus en plus véhémentes. Le sympathique Dr Arruda en a chèrement (un peu trop même) payé le prix cette semaine, lui qui a dû s’excuser après avoir dansé sur un rap sur les réseaux sociaux. La satisfaction de la population concernant la gestion de la crise par le premier ministre est aussi à la baisse. À ce stade-ci de la pandémie, les résultats du déconfinement auront d’énormes retombées politiques et le gouvernement Legault est assurément le premier à espérer que ça va bien aller.

Gilles Bourassa nous a quittés le week-end dernier.

Un grand homme nous a quittés 

Sympathique, souriant, disponible, passionné. C’est un grand bâtisseur que la région a perdu le week-end dernier. Discret mais efficace, le golfeur professionnel Gilles Bourassa a consacré sa vie à la jeunesse du Centre-Mauricie. Entre autres, il a été cofondateur du Club Optimiste à Shawinigan-Sud et fondateur de l’Omnium Gilles-Bourassa dédié à la relève. 

Entraîneur de golf et enseignant, il avait un don spécial pour partager son savoir et amener les jeunes à se dépasser tout en s’amusant. «Le golf, c’est un jeu», rappelait souvent celui qui est intronisé au Panthéon du golf au Canada. Grand bénévole, le frère de la célèbre golfeuse Jocelyne Bourrassa a également été impliqué dans l’organisation de plusieurs événements, dont le tournoi midget de Shawinigan-Sud qui se déroulait dans l’aréna qui porte aujourd’hui son nom. 

Salut Gilles!