L’avenir de Sebastian Aho est entre les mains des Hurricanes pour les sept prochains jours. Pendant ce temps, Marc Bergevin est condamné à regarder passer la parade.

L’art de se lier les mains

CHRONIQUE / Marc Bergevin a dû se piler sur le cœur pour déposer cette offre hostile à Sebastian Aho. Il est reconnu pour être très amical avec ses homologues au sein de ce country club fermé. Il sait que certains ponts vont être brûlés avec cette décision, il a quand même décidé de faire preuve d’audace. Le job avant les chums, en somme. Pour ça, bravo.

Aho n’était d’ailleurs pas le seul joueur autonome avec restriction qui pouvait susciter la convoitise. Paraît que le Canadien avait aussi dans sa mire Braydent Point, alors que le Lightning est étouffé par le plafond. Faut espérer que Bergevin et son groupe ont également étudié le dossier Mitch Marner, le joueur qui cadrait le mieux avec ses besoins.

En bout de piste, c’est le cas Aho qui a été ciblé. Le Canadien a ficelé une entente avec des paramètres financiers qui est susceptible d’embêter les Hurricanes. S’ils décident de conserver Aho plutôt que d’empocher la compensation prévue, les Hurricanes devront verser 21 millions $ en un an à leur surdoué Finlandais. Ce ne sont pas des pinottes pour un club de petit marché!

Attendez quand même avant de vous réjouir. Les Hurricanes viennent tout juste de se remettre sur la carte en Caroline, avec une fin de saison puis des séries emballantes. Vous croyez vraiment qu’ils vont se contenter de choix de premier, deuxième et troisième tours pour leur joueur vedette de 21 ans? Tom Dundon est un joyeux pistolet comme propriétaire, et il a la réputation d’être un peu pingre avec son club de hockey. Mais le gars est milliardaire, il ne va pas tuer ce bel élan uniquement pour quelques dizaines de millions. Et puis la structure du contrat n’est pas parfaite pour lui, mais le chiffre global est très acceptable pour un joueur de 80 points…

Tout ça pour vous dire que les Hurricanes, à moins d’une très grande surprise, vont retenir Aho. C’est la décision logique. C’est de l’ordre du dix pour un, les chances de voir le jeune homme dans un maillot tricolore la saison prochaine, si vous voulez mon avis.

Trop tôt

Ceci dit, on ne peut quand même pas reprocher à Bergevin d’avoir essayé.

Le timing de l’offre est plus discutable, par contre. Voyez-vous, Bergevin s’est lié les mains pendant sept jours en présentant cette offre à Aho. Les Hurricanes disposent en effet de ce délai pour rendre leur verdict. Et à entendre Don Waddell, il ne va pas se presser!

Comme Aho pourrait gruger la très grande portion de la marge de manœuvre salariale du Canadien, impossible dans l’intervalle de continuer à magasiner sérieusement. Il restait des candidats intéressants comme Jake Gardiner, Anders Lee et Marcus Johansson sur le marché des joueurs autonomes au moment où Marc Bergevin s’est fièrement présenté sur l’estrade, en insistant sur le fait que Sebastian Aho voulait, lui, jouer à Montréal. Ces vétérans ont moins de valeur qu’Aho, certes, mais ils auraient quand même été en mesure de bonifier les effectifs de Claude Julien. Lee a signé son nouveau contrat dans les heures qui ont suivi, les trois autres seront eux aussi vraisemblablement sous contrat ailleurs quand les Hurricanes vont annoncer leur décision.

Bergevin aurait pu attendre de voir le dénouement dans ces dossiers avant de faire la cour à Aho. Après tout, s’il a créé une commotion avec cette offre hostile, c’est justement parce qu’il y en a très peu. Et puis, si Bergevin dit vrai et qu’Aho meurt d’envie de venir jouer dans la métropole, ce n’est pas une journée ou deux qui auraient fait la différence…

héros ou zéro

S’il a vraiment coincé les Hurricanes et qu’Aho est un Canadien dans une semaine, Bergevin sera le grand gagnant du 1er juillet dans la LNH. À l’inverse, si le plan échoue, il n’a aucun plan b pour améliorer sensiblement son équipe, à moins de piger dans sa banque d’espoirs et de choix, ce qu’il s’est toujours refusé de faire depuis deux ans. Héros ou zéro.

Pour un directeur général qui a mené son équipe une seule fois en séries lors des quatre derniers printemps, voilà une stratégie risquée. Depuis la fin de la saison, le seul ajout à date est un gardien auxiliaire (Keith Kinkaid) qui a connu une dernière saison très difficile. Bergevin s’est aussi départi de trois vétérans (Andrew Shaw, Jordie Benn, Nicolas Deslauriers) dont deux qui amenaient une présence physique dans une petite équipe. Toujours un trou béant côté gauche en défensive, et une aile droite très mince.

Or, derrière le Canadien, quelques clubs connaissent une bien meilleure saison morte.

Les Panthers vont être plus structurés avec Joel Quenneville derrière le banc et ils ont ajouté Sergei Bobrovsky entre les poteaux, les Devils vont profiter du retour en santé de Taylor Hall et de l’arrivée de Jack Hughes, P.K. Subban et Wayne Simmonds. Les Flyers ont eux aussi misé sur un entraîneur chevronné en Alain Vigneault, et ils ont enrôlé Kevin Hayes. Il faut se méfier également des Sabres et surtout des Rangers, qui misent sur un paquet de jeunes surdoués en formation et qui ont ajouté Artemi Panarin au puzzle lundi.

Devant, des questions légitimes se posent sur la capacité des Islanders à garder le même niveau de performance. Et les Blue Jackets ont perdu de gros morceaux. Mais pour le reste du peloton, rien n’indique un ralentissement. Donc, il se dessine une lutte à huit équipes, pour deux laissez-passer en vue des prochaines séries.

Même avec Sebastien Aho, le Canadien pourrait être encore exclu du bal de fin d’année. Imaginez maintenant s’il reste en Caroline…

Nill vole le spectacle!

Jim Nill a connu une superbe journée au bureau ce lundi lors d’une journée où il y a plus d’erreurs que de bons coups qui sont répertoriés. 

Le directeur général s’est d’abord entendu avec l’un des joueurs autonomes les plus convoités en Joe Pavelski, sur un contrat très raisonnable. Sept millions $ par saison, pour trois ans. De l’argent très bien investi!

Puis, Nill a récupéré deux vétérans rachetés par leur équipe. Corey Perry et Andrej Sekera vont donner de la profondeur aux Stars, à prix modique. Ils ont ralenti, c’est une évidence. 

Mais en les signant sur une seule saison à un salaire de col bleu, le risque est nul. Et puis s’il fallait que Perry retrouve un peu sa touche, ça pourrait devenir un vol en plein jour! 

Nill est le gagnant de cette grande journée du marché des joueurs autonomes. 

Il y a du talent au mètre carré dans le vestiaire des Stars. Si cette équipe bourrée de vétérans reste en santé, elle pourrait faire pas mal de dégâts la saison prochaine...