Durant leur assemblée générale tenue lundi à Sherbrooke, les producteurs de lait de l’Estrie ont exprimé leur confiance en Marie-Claude Bibeau, nouvelle répondante de l’Agriculture à Ottawa, pour livrer les compensations financières promises.

L’argent du beurre et le siège de la fermière

CHRONIQUE / La nomination de Marie-Claude Bibeau à la tête du ministère fédéral de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire est-elle garante pour les producteurs laitiers d’indemnités qui seront à la hauteur de leurs attentes pour compenser les pertes découlant des accords commerciaux qui grignotent peu à peu le modèle canadien de gestion de l’offre?

Le sujet a évidemment alimenté les discussions lors de l’assemblée générale du Syndicat des producteurs de lait de l’Estrie, lundi à Sherbrooke, dans la foulée du remaniement fédéral de vendredi dernier.

« Certains de nos membres sont sceptiques. La réaction a cependant été plus positive que négative. L’écoute dont la ministre Bibeau a fait preuve ces dernières années nous rassure. Elle a une bonne maîtrise du dossier. C’est pourquoi j’ai exprimé devant l’assemblée un optimisme modéré », a résumé le président de la Fédération des producteurs de lait du Québec, Bruno Letendre, lui-même agriculteur en Estrie.

Aux yeux de ce leader syndical, la faible participation parmi les 600 producteurs de lait que compte la région traduit d’ailleurs cette perception.

« À la base, ce n’était pas une grosse réunion. J’ai compté entre 65 et 70 personnes et il y en aurait probablement eu le double si l’assemblée générale avait eu lieu avant le remaniement. Sans prétendre que l’entrée en scène de Mme Bibeau vient tout changer, elle calme certaines appréhensions. Nos membres sont prêts à lui accorder leur confiance. Il faut dire que l’approche gouvernementale a, cette fois, été plus ouverte. La semaine dernière encore, nous faisions des représentations devant être prises en considération par le gouvernement ».

« Nous présumons pour le moment que le premier ministre Trudeau n’a pas envoyé Mme Bibeau au front sans lui fournir des munitions. Nous jugerons si tel est le cas d’ici quelques mois », décode également le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de l’Estrie, François Bourassa, présent à cette réunion.

M. Bourassa relève un gain tangible.

« La production de lait, c’est au Québec que ça se passe, et jusqu’à maintenant nous discutions avec des ministres unilingues qui avaient besoin d’interprètes pour nous comprendre. La communication avec Mme Bibeau sera directe, sans filtre », se réjouit-il.

Le mandat des négociateurs a ainsi été exposé aux producteurs en attente.

« Il n’est pas question d’accepter un programme d’investissement comme programme d’indemnisation comme cela nous a été proposé jusqu’à maintenant. Compenser des pertes, ça implique le versement d’un dédommagement à tous les producteurs pénalisés par une plus grande ouverture de nos marchés », cible le président des producteurs de lait.

« Nous n’avons pas obtenu de grands résultats à rassembler 500 à 600 producteurs devant les bureaux du premier ministre Trudeau durant les négociations avec les Américains, mais nous n’hésiterons pas à recourir de nouveau à cette capacité de mobilisation », se limite à dire Bruno Letendre.

Bien qu’avec son nouveau rôle la ministre Bibeau soit devenue une intervenante de premier plan dans ce dossier, le mode de compensation envisagé par le gouvernement fédéral est en analyse au Conseil du trésor et devra également passer par l’étape d’approbation budgétaire aux Finances.

« Bien que conscients de cela, nous comptons sur la vigilance de Mme Bibeau au conseil des ministres lors des étapes cruciales. Je ne pense pas que nous ayons à le lui dire, elle sait sûrement qu’en fin de compte, c’est elle qui portera le chapeau », précise quant à lui le président de l’UPA régionale.

L’expression grossière étant répandue est qu’avec le beurre, on veuille souvent l’argent du beurre et même le cul de la fermière.

Les producteurs laitiers font preuve de retenue et démontrent de la classe. On décode tout de même des propos de leurs dirigeants que sans l’argent du beurre, les appuis pourraient vite se fissurer et le siège de la députée de Compton-Stanstead être mis en danger. Au risque même que la ministre finisse sur la paille.

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